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Kastelorizo, un parfum d'Asie mineure aux confins de la Grèce

Kastellorizo, officiellement  Megisti (en grec Καστελόριζο ou Μεγίστη) est un bijou à l’extrémité sud-est de la Grèce; Si loin que l’ile apparait parfois dans un encart rapporté sur les cartes géographiques. Un petit bout de Grèce d’à peine 9 km², posée à plus de 100 km à l’est de Rhodes et à environ 2 km seulement des côtes d’Asie Mineure, face à la ville turque de Kas. Un seul village, construit en amphithéâtre autour d’un des plus beaux ports naturels de Méditerranée, concentre toute la vie de l’île : maisons néoclassiques à toits de tuiles, balcons de bois et volets bleus ou verts. Son éloignement extrême l’a longtemps tenue à l’écart du tourisme de masse, et ce n’est qu’en plein été que le petit village se remplit, sans jamais ressembler aux îles les plus fréquentées du Dodécanèse.

Au sommaire

Le meilleur de Kastelorizo

Kastellorizo est rocheuse, sans arbre ni source, et se résume en pratique à trois espaces très différents. Le village de Megisti, sur la côte nord face à la Turquie, concentre la totalité de la population, des hébergements et des commerces : c’est un lieu animé en saison, paisible le reste de l’année. Le plateau et l’arrière-pays, au-dessus du village, sont sauvages et silencieux : on y accède à pied par des sentiers et des escaliers de pierre, vers le site antique de Paleokastro ou le monastère d’Agios Georgios tou Vouniou. Le littoral et les îlots, enfin, ne se découvrent qu’en bateau-taxi : c’est là que se trouvent la grotte bleue, les criques de baignade et les confettis rocheux de Ro et Strongyli.

Le village de Megisti, cœur de l’île

Les habitants vivent tous regroupés sur la côte nord, autour du port, et dans sa « banlieue » de Mandraki, de l’autre côté de la colline du château. Le nom de Kastelorizo viendrait du grec byzantin kastello (château) et riza (racine, pied de montagne) : le village est littéralement bâti au pied de la forteresse qui domine la baie. En été, le village ressemble à ce que les Grecs appellent une klouvi, une cage à oiseaux : on y croise vite les mêmes visages, sur le quai piéton qui ceinture la baie. Les maisons d’architecture néoclassique, alignées sur le front de mer avec leurs toits de tuiles et leurs balcons de bois, témoignent de l’âge d’or maritime de l’île, entre 1835 et 1910, quand sa flotte marchande comptait plus de 160 voiliers et que le village abritait jusqu’à 12 000 habitants, avant que les bombardements et l’exode de la Seconde Guerre mondiale ne le vident presque entièrement. De petites rues pavées et fleuries serpentent entre le port et les hauteurs, jusqu’à la Strata, la promenade que l’on arpente en soirée pour un café ou une glace.

Sur le port, le musée archéologique et folklorique occupe le Konaki, un bâtiment dont le rez-de-chaussée remonte à l’époque des chevaliers de Rhodes (1309-1522) : collections d’objets antiques, costumes traditionnels et photographies du village avant les destructions du XXe siècle. La collection historique, elle, est installée dans l’ancienne mosquée du village, construite en 1755, et retrace l’histoire récente de l’île. À deux pas, la cathédrale Agios Konstantinos kai Eleni, bâtie en 1835, impressionne par ses douze colonnes de granit monolithiques rapportées du temple d’Apollon à Patara, en Lycie. Sur la colline qui domine le port, les ruines du château des chevaliers de Saint-Jean, que les Italiens surnommaient Castel Rosso (le « château rouge »), se visitent pour leur vue sur la Turquie. Juste en dessous, un tombeau lycien taillé dans la roche, daté de la fin du IVe siècle avant notre ère, rappelle la proximité immédiate avec l’Asie Mineure : ce type de sépulture, courant en Lycie, est exceptionnel en territoire grec.

Kastelorizo n’a jamais vraiment connu le surtourisme qui touche les grandes îles du Dodécanèse : aucun bateau de croisière ne s’y arrête, et le port est trop exigu pour absorber un afflux massif. La vraie difficulté, en juillet-août, n’est pas la foule mais la capacité d’hébergement, très limitée : mieux vaut réserver tôt, ou privilégier juin et septembre pour profiter de l’île dans le calme.

Le plateau et l’arrière-pays, le visage sauvage de l’île

Derrière le village, un escalier de pierre d’environ 400 marches grimpe vers le plateau central. C’est là que se trouve Paleokastro, l’acropole fortifiée de l’antique Megisti, bâtie à la fin du IVe siècle avant notre ère sur un éperon rocheux : murs cyclopéens, tour défensive haute de 4 mètres, citerne et vestiges de trois petites églises. Le site fut occupé tour à tour par les Romains, les Byzantins, les chevaliers de Saint-Jean, puis encore par les Italiens et les Allemands au XXe siècle. Un peu plus loin, le monastère fortifié d’Agios Georgios tou Vounou, bâti en 1759 par le moine aveugle Anthimos de Céphalonie, conserve le sol en mosaïque d’une basilique paléochrétienne plus ancienne. Le point culminant de l’île, le mont Vigla (environ 270 m), domine l’ensemble du plateau, semé de pressoirs à vin antiques taillés dans la roche : jusqu’au début du XXe siècle, Kastelorizo produisait du vin, avant que l’exode forcé de 1944 ne laisse les vignes à l’abandon.

Le littoral et les îlots, accessibles uniquement en bateau

L’île n’a pratiquement pas de plage : ses côtes sont une succession de falaises calcaires et de rochers, et l’essentiel de la baignade se pratique depuis des échelles, à même le quai du port. Pour découvrir le reste du littoral, il faut embarquer sur l’un des bateaux-taxis qui partent chaque matin du port. La sortie incontournable mène à la grotte bleue (Galazio Spilio), sur la côte sud-est : une ouverture de moins d’un mètre de haut, franchissable seulement allongé dans l’embarcation, débouche sur une immense salle de 70 à 75 mètres de long où la lumière, réfractée par l’eau cristalline, baigne la roche d’un bleu électrique. Plus au sud, le fjord de Navlakas offre un mouillage prisé des voiliers et une eau libre d’oursins, tandis que la grotte de Perasta, toute proche, cache des stalactites et des jeux de lumière saisissants, parfois fréquentée par des phoques moines.

 

Au large du village, une douzaine d’îlots et de rochers complètent ce petit archipel : Psoradia, qui servit longtemps de sanatorium pour l’île, Ro (1,6 km²) et Strongyli (1 km², le point le plus oriental du territoire grec). Situés à quelques kilomètres des côtes turques, ces deux derniers îlots restent une source de tensions géopolitiques : en 1975, un journaliste turc hissa son drapeau sur Strongyli, pendant que la seule habitante de Ro renvoyait simultanément un autre Turc qui avait fait de même sur son île. Sur Ro vécut la « Kyrá tis Ro », Déspina Achladiótou : née à Kastelorizo en 1890, elle s’y installa avec son mari puis resta seule après sa mort. Pendant trente-neuf ans, elle hissa chaque matin le drapeau grec face à la Turquie, et arracha en 1975 le pavillon turc planté pendant son absence. Elle est enterrée sous son mât.

À 7 minutes seulement en bateau rapide, la ville turque de Kas permet une incursion facile hors de Grèce : le vendredi matin, jour de marché, le bazar se remplit des étals des paysans des environs, dans une ambiance moyen-orientale très différente de celle de Kastelorizo. On peut y prendre un petit-déjeuner de gozleme, ces crêpes farcies aux herbes et au fromage cuites au feu de bois. Les autres jours, mieux vaut y aller en soirée, pour profiter de l’atmosphère nonchalante des cafés et des restaurants du vieux port.

Quelles randonnées faire à Kastelorizo ?

Pour une île aussi minuscule, Kastelorizo conserve un réseau de sentiers et d’escaliers de pierre étonnamment riche, recensé en 2022 par le bureau d’étude TERRAIN pour le compte de la municipalité de Megisti, qui a publié une carte de randonnée détaillée (échelle 1:15 000, également disponible en version numérique sur l’application Avenza Maps). Le projet prévoit à terme le balisage de dix itinéraires et la création de cinq sites d’escalade, mais la plupart des sentiers se parcourent déjà sans difficulté. L’itinéraire le plus emprunté grimpe les 400 marches qui partent du sud du village vers le plateau central, jusqu’au monastère d’Agios Georgios tou Vounou, en traversant une zone parsemée d’anciens pressoirs à vin taillés dans la roche (boucle de 2,5 km). Je les ai montées tôt un matin de juin, avant que la chaleur ne prenne la roche calcaire : la vue sur l’archipel de Megisti et la côte turque, depuis le plateau, vaut largement l’effort. Une marche plus courte et accessible à tous (1,2 km, ou 4,7 km en boucle) mène à Paleokastro, l’acropole antique, en passant devant le monastère d’Agia Triada.

Vers le nord-ouest du village, un sentier de 2 km conduit au cap Agios Stefanos, où l’on peut se baigner directement depuis les rochers. Plus spectaculaire, le chemin français (Galliko Monopati), une route pavée de 900 mètres construite par les troupes françaises en 1915 pour hisser leurs canons jusqu’au plateau, descend jusqu’au mouillage de Navlakas (3 km depuis le village). Pour les marcheurs aguerris, la traversée jusqu’au cap Pounenti, à la pointe sud de l’île (5,4 km, à parcourir idéalement avec un bateau de récupération), longe le paysage le plus aride et le plus désertique de Kastelorizo. Sur l’ensemble de ces itinéraires, prévoyez de bonnes chaussures, beaucoup d’eau et un chapeau : il n’y a quasiment aucune ombre, et la chaleur estivale est rude sur la roche calcaire.

L’ensemble de l’île, ainsi que les îlots de Ro et Strongyli et leur frange marine, est classé en zone Natura 2000 (GR4210004) pour ses formations de garrigue et de maquis et ses herbiers de posidonie. Plus d’informations sur les zones Natura 2000 en Grèce.

Où se baigner à Kastelorizo ?

Il faut le dire d’emblée : Kastelorizo n’a aucune vraie plage de sable. Les côtes sont rocheuses, parsemées d’oursins, et la baignade se pratique surtout depuis des échelles fixées aux quais du port, entre deux maisons, dans une eau d’une transparence remarquable. Les tortues marines y sont fréquentes et peu farouches, venant parfois se nourrir à quelques mètres des nageurs, sous le regard amusé des clients attablés aux terrasses voisines. Pour les familles avec de jeunes enfants, la seule option vraiment praticable à pied est Mandraki, une bande de galets juste après le cimetière, à la sortie du village, plus calme que le quai principal et un peu moins profonde à l’entrée.

Pour le reste, direction le bateau-taxi : plusieurs capitaines du village proposent chaque matin des sorties à la demi-journée ou à la journée depuis le port. L’îlot d’Agios Georgios, à quelques minutes du port, propose une taverne simple et de jolies criques : c’est une bonne option pour passer la journée, nager, déjeuner sur place et revenir au coucher du soleil. Plus sauvages, les plaques de marbre de Plakes, d’anciennes carrières qui descendent en pente douce dans une mer cristalline au nord de l’hôtel Megisti, n’offrent aucune ombre : mieux vaut s’y rendre tôt le matin ou en fin de journée, et prévoir des chaussures d’eau pour marcher sur la roche. Le fjord de Navlakas, au sud-est, est réputé pour son eau libre d’oursins et sa fraîcheur, due à des sources d’eau douce qui s’y mêlent à la mer : la plongée en apnée y est excellente jusqu’à 20 mètres de profondeur, et la grotte voisine de Perasta, avec ses stalactites, est parfois fréquentée par des phoques moines.

Enfin, la baignade dans la grotte bleue elle-même, dans l’eau intérieure de la cavité, reste l’expérience la plus mémorable de l’île, à condition que la mer le permette : les bateaux n’entrent pas si les conditions sont mauvaises, et il faut s’allonger au fond de l’embarcation pour franchir l’entrée, haute d’à peine un mètre. À l’intérieur, une lumière bleu électrique, réfractée par l’eau cristalline, baigne une salle de plus de 70 mètres de long et 20 mètres de haut : la baignade s’y fait généralement au retour du bateau, une fois les yeux habitués à la pénombre.

Kastelorizo
  • Plages et activités sportives - 5/10
    5/10
  • Patrimoine historique et culturel - 6/10
    6/10
  • Villages et arrière pays - 7/10
    7/10
  • Authenticité - 7/10
    7/10
6.3/10
7/10
Avis des voyageurs
6.97/10 (105 votes)
Quelques liens pour aller plus loin
  • Superficie : 9,1 km² pour l’île principale (19,5 km de littoral)
  • Point culminant : mont Vigla, environ 270 m
  • 594 habitants (recensement 2021, commune de Megisti)
  • Distance à Rhodes : 72 milles nautiques ; à la côte turque : 1,25 mille nautique
  • Port principal : Megisti
  • Aéroport : Kastelorizo (KZS), à environ 4 km du port

Comparez les îles avec notre indicateur touristique des iles grecques

  • 15 août : Assomption (Dekapentavgoustos), fête majeure dans toute la Grèce, célébrée au village.
  • 23 avril ou date mobile selon le calendrier : fête d’Agios Georgios, au monastère fortifié d’Agios Georgios tou Vounou, sur le plateau.
  • 21 mai : fête des Saints Constantin et Hélène, à la cathédrale du village.
  • Fin août : retour saisonnier des « Kassies », la diaspora australienne et égyptienne originaire de l’île, qui anime le village de fêtes familiales.

La carte de Kastelorizo

Comment se rendre et se déplacer à Kastelorizo ?

Depuis la France, le plus simple reste l’avion : il faut rejoindre Rhodes, puis prendre l’une des quelques liaisons hebdomadaires (Olympic Air ou Aegean) jusqu’au petit aéroport de Kastelorizo, situé à environ 4 km du port, sur le plateau, et relié par l’unique route asphaltée de l’île. Le seul taxi de l’île assure la navette entre l’aéroport et le port, complété en été par un minibus.

En bateau, Kastelorizo est reliée à Rhodes par plusieurs compagnies (Dodekanisos Seaways en catamaran rapide, environ 2h20 ; Blue Star Ferries, environ 3 heures ; SAOS Ferries), avec plusieurs rotations chaque semaine plutôt qu’une liaison quotidienne : il faut vérifier les horaires avant de partir, surtout hors saison. Depuis Le Pirée, la traversée directe est une véritable expédition d’une journée entière. Via Rhodes, l’île est aussi reliée à Symi, Astypalea, Tilos, Nisyros, Kalymnos et Kos. Une dernière option, très prisée, consiste à rejoindre Kas, en Turquie, en seulement 7 minutes de bateau rapide (par exemple avec Meis Ferry Lines).

Sur l’île, on se déplace exclusivement à pied : il n’y a ni location de voiture ni de scooter, et tout se fait depuis le port, y compris la découverte du littoral, accessible uniquement en bateau-taxi.

→ Conseils pour la réservation des ferries

Prochaine(s) traversée(s)

Que manger à Kastelorizo ?

La pêche locale, abondante, forme la base de la cuisine de l’île : magiatiko (sériole), fangri (pagre), barbouni (rouget), sargos, mérou, espadon, mais aussi le petit garidaki (crevette), poulpe, calamar, langouste et cigale de mer. Le poulpe se retrouve en keftedes (beignets) ou en stifado, et le pois chiche donne les revithokeftedes (ρεβιθοκεφτέδες), des beignets de pois chiche que l’on trouve dans presque toutes les tavernes du port. Côté viande, c’est la chèvre qui domine : le katsikaki (κατσικάκι), chevreau farci au riz et aux herbes et cuit au four, est le plat traditionnel des grandes occasions, notamment à Pâques. On trouve aussi des oignons farcis au riz et au cumin (salantourmasi) et un pilaf parfumé à la menthe et à la tomate (saitia).

Côté sucré, le dessert le plus typique est le katoumari (κατουμάρι), une pâtisserie ronde formée de cordons de pâte enroulés en spirale, frite à la poêle et saupoudrée de sucre et de cannelle. Les « strava » (στραβά), des roulés de pâte filo fourrés aux noix, frits puis nappés de sirop, et la confiture de figues (sykalaki) complètent la table. Le vin, en revanche, a disparu de l’île depuis la Seconde Guerre mondiale : l’exode forcé de la population en 1944 a laissé les vignobles à l’abandon, et la viticulture n’a jamais repris, alors que des pressoirs à vin antiques témoignent encore, sur le plateau, d’une production qui remonte à l’Antiquité.

Sur le port, plusieurs tavernes familiales se distinguent : Alexandra’s pour ses poissons grillés et ses mezze de la mer, Ta Platania sur la petite place pavée pour ses oignons farcis et son chevreau, ou encore Le Paragadi, qui pêche lui-même une partie de ce qu’il sert.

    • Se baigner dans la grotte bleue, la plus grande et la plus spectaculaire cavité marine d’Égée, accessible uniquement en bateau-taxi depuis le port du village.
    • Monter les 400 marches qui mènent au plateau, tôt le matin, pour la vue sur l’archipel de Megisti et les côtes turques toutes proches.
    • Flâner sur la Strata, la promenade du port, à l’heure où les maisons néoclassiques s’allument de couleurs au coucher du soleil.
    • Passer une matinée de marché à Kas, en Turquie, à seulement sept minutes de bateau, pour un dépaysement total et un petit-déjeuner de gozleme.
    • Visiter le château des chevaliers et le tombeau lycien voisin, rare témoignage de l’architecture funéraire d’Asie Mineure en territoire grec.
    • Nager depuis les échelles du port, au milieu des tortues marines qui viennent régulièrement se nourrir entre les bateaux.
    • Explorer le fjord de Navlakas et sa grotte voisine en apnée, dans une eau libre d’oursins et d’une fraîcheur inhabituelle.
    • Goûter les revithokeftedes et le katsikaki dans une taverne du port, accompagnés d’un katoumari en dessert, après une longue journée de bateau-taxi.

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