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Sifnos, l'élégance discrète des Cyclades et sa capitale du goût

Sifnos (en grec Σίφνος) allie plusieurs atouts qui font d’elle l’une des îles grecques favorite des touristes français. Une île élégante qui attire des visiteurs venus pour son atmosphère emblématique du chic cycladique mais aussi de simple amoureux des Cyclades en quête de douceur. Situé entre Serifos et Milos,, elle aligne des collines sèches, des vallons cultivés, des milliers de kilomètres de murets en pierre sèche et un chapelet de villages blancs posés sur la crête centrale. Sa réputation gastronomique vient de loin : c’est à Exambela qu’est né Nikolaos Tselementes, le cuisinier qui a réformé la cuisine grecque à partir de 1910. L’île a aussi conservé plus de 350 km de sentiers et de chemins pavés. Sur le tourisme, Sifnos reste agréable, mais la construction touristique l’a fait entrer en 2024, avec Serifos et Folegandros, sur la liste des sept sites les plus menacés d’Europe.

Au sommaire

Kamares, le port et la façade ouest

Kamares occupe le fond d’une longue baie encaissée entre deux versants abrupts. Le front de mer aligne agences, cafés et tavernes, et la plage, propre et abritée, s’étire jusqu’au promontoire d’Agia Marina [vue 360°]. C’est un port de service plus qu’une destination, mais l’office d’information, face au débarcadère, y distribue la carte des sentiers. Le côté d’Agia Marina, plus calme, garde le soleil plus longtemps. Derrière le village, les pentes du Kapsalos se sont recouvertes d’une cédraie renaissante depuis que les fours des potiers ne brûlent plus de bois.

Apollonia et Artemonas, le cœur habité de l’île

À 5,5 km et une bonne montée depuis Kamares, Apollonia n’est pas une Chora classique mais l’amalgame de cinq hameaux de crête soudés au fil du temps ; les Sifniotes l’appellent aussi Stavri. Son nom rappelle le culte d’Apollon : l’or et l’argent des mines de l’île ont financé en 525 avant J.-C. le Trésor des Siphniens à Delphes, édifice ionique conçu comme une démonstration d’opulence. Derrière la place centrale, la Platia Iroon [vue 360°], court le Steno, ruelle piétonne bordée de restaurants, de bars et de boutiques, qui concentre toute la vie nocturne de l’île. En juillet-août, elle est noire de monde après 22 h : si vous cherchez le calme, dînez tôt ou remontez vers Artemonas. Le kafenio Drakakis, à la même adresse depuis 1886, y résiste sans effort. Sur la place, le musée folklorique expose poteries, costumes, dentelle au fuseau kopaneli et les archives du journal Sifnos, le plus ancien des Cyclades. La rue piétonne file au nord via Ano Petali et rejoint Artemonas en un quart d’heure.

Artemonas est un village traditionnel classé, probablement le plus abouti de l’île sur le plan architectural : maisons cubiques à escaliers extérieurs, moulins, grands archontika néoclassiques hérités d’une bourgeoisie d’armateurs. On y circule par quartiers : la Panagia tis Ammou, monument historique qui conserve une rare icône de la Vierge sans l’Enfant ; la Panagia tis Konchis, paroisse bâtie, dit-on, sur un sanctuaire d’Artémis ; la Panagia tou Bali, où le cercle culturel installe l’été son exposition ethnographique. Plus haut, le quartier d’Agia Anna, dit Bella Vista, garde deux moulins restaurés et offre par temps clair la plus belle vue de l’île, jusqu’à Antiparos et aux montagnes de Naxos. Artemonas abrite aussi le musée de la Céramique et, chaque septembre, le festival de gastronomie cycladique Nikolaos Tselementes.

Vers le sud, après Katavati, on longe le monastère restauré de Firogia avant d’atteindre l’acropole mycénienne d’Agios Andreas, fouillée, dotée d’un espace d’exposition et d’un panorama circulaire sur les îles voisines. À l’écart, le monastère de Vrysiani, à Exambela, conserve une collection d’objets liturgiques.

Kastro et la côte est

Kastro, capitale de l’île jusqu’en 1836, est le plus beau village de Sifnos et l’un des castra les mieux conservés de l’Égée. On y entre par l’une des six lotzies, portes voûtées autrefois défendues par des tours. Le plan est double : un anneau extérieur de maisons de trois étages, jointives, fenêtres hautes et portes basses, qui forme le mur d’enceinte ; à l’intérieur, des demeures à deux niveaux, balcons de bois et blasons sculptés. Des colonnes antiques sont encastrées dans les murs et, la première fois que j’y suis passé, il m’a fallu un moment pour comprendre que les auges de marbre posées le long des ruelles étaient des sarcophages romains. Le musée archéologique, installé dans une ancienne église catholique, couvre le site du VIIIe siècle avant notre ère à l’époque romaine. Un escalier mène [vue 360°] vers la chapelle des Eptamartyros, les Sept Martyrs, plantée sur son rocher : c’est le seul endroit où se baigner à proximité. Au sud, 98 marches descendent à Seralia, port de l’île pendant plus de deux millénaires.

Plus bas sur la côte, Faros était le port principal de Sifnos jusqu’en 1833 : il en reste un mouillage de caïques et quelques tavernes de poisson [vue 360°]. De là, un sentier côtier balisé rejoint le monastère de Chryssopigi, sainte patronne de l’île, bâti en 1650 sur un îlot relié par une passerelle de pierre [vue 360°]. La faille sous le pont se serait ouverte, dit la légende, pour protéger deux jeunes filles poursuivies par des pirates. Quarante jours après Pâques, l’icône arrive par la mer et l’île converge ici.

Platis Gialos et Vathi, le sud balnéaire

Platis Gialos, à 12 km d’Apollonia, est la principale station de l’île : une longue plage que le bus dessert en quatre arrêts, et une rangée continue de bâtiments, de boutiques et d’ateliers de poterie jusqu’au bord de l’eau. Agréable hors saison, saturée en août. Sur la côte sud-ouest, Vathi occupe une baie presque fermée, avec son monastère blanc de Taxiarchis sur la pointe qui coupe la plage en deux [vue 360°]. Le village a gardé son caractère malgré la route asphaltée et un resort haut de gamme, mais l’urbanisation gagne : c’est exactement ce que vise Europa Nostra, qui a placé en avril 2024 les Cyclades, et nommément Sifnos, parmi les sept sites les plus menacés d’Europe, puis publié en mars 2025 un rapport sur la construction touristique et la gentrification. Pour situer l’île, voyez notre index du surtourisme des îles grecques.

Le nord, Cheronissos et la Sifnos rurale

Le nord de l’île est aride, presque désert, et c’est ce qui en fait le prix. À 12 km d’Apollonia, au bout d’une route interminable, Cheronissos se blottit au fond d’un bras de mer [vue 360°] : une petite plage aux eaux claires, deux tavernes, et pas de réseau mobile en bas. Un potier installé en retrait y fabrique encore ses poteries à énigmes et ses flaros, ces épis de faîtage en terre cuite qui coiffaient les cheminées. Quinze minutes de marche mènent au monastère d’Agios Giorgios, au-dessus de la baie. Toute cette campagne est semée de chapelles : sur les 235 églises recensées, chacune a sa fête, et la tradition locale en revendique 365.

Où randonner à Sifnos et que voit-on sur les sentiers ?

Sifnos est l’une des meilleures îles de randonnée des Cyclades, et pas seulement parce qu’elle est petite. Plus de 350 km de sentiers et de kalderimia pavés ont survécu, entretenus par les habitants qui les empruntent pour rejoindre leurs champs et leurs chapelles. Depuis 2012, la municipalité en a balisé environ 100 km, organisés en 10 itinéraires numérotés assortis de variantes. Le balisage n’est pas toujours entretenu ; la carte Terrain au 1:20 000 reste la référence, disponible sur l’île et en version numérique.

Quelques parcours se détachent. Le n° 2, Kastro à Chryssopigi (5,8 km, 2 h 30), facile et côtier, passe par Faros et Apokofto : c’est le meilleur premier contact. Le n° 1, transformé en boucle depuis Apollonia (11 km, une journée avec les visites), enchaîne l’acropole d’Agios Andreas, le monastère de Vrysiani, Kastro et Panagia Poulati. Le n° 4, boucle de Platis Gialos par la baie de Fykiada (11,4 km, 4 h), traverse la cédraie du sud-ouest, le plus beau paysage forestier de l’île. Le n° 5, Apollonia à Vathi (9 km), descend à travers de vieux paysages agricoles. Le n° 8 mène aux anciennes mines d’or du cap Agios Sostis, par un chemin pavé que les mineurs antiques empruntaient déjà. Enfin, le n° 6B monte au monastère du Profitis Ilias, au sommet de l’île, pour une vue qui embrasse tout l’archipel [vue 360°].

Le versant ouest, du Profitis Ilias jusqu’aux côtes et à la zone marine, est classé Natura 2000 sous le code GR4220008, sur environ 2 000 hectares, et bénéficie depuis 1976 d’un classement en site d’intérêt naturel remarquable. L’itinéraire n° 6 le traverse. Le camping sauvage est interdit sur l’île.

Quelles plages choisir à Sifnos ?

Sifnos n’a pas de plage spectaculaire au sens de Milos, mais un ensemble de criques accueillantes et une eau très claire. Deux d’entre elles ont le pavillon bleu : Kamares et Platis Gialos.

Sur la côte ouest, la plage de Kamares est grande, sableuse et abritée, avec une eau peu profonde qui convient bien aux familles ; elle s’étend du port jusqu’à Agia Marina. Plus au sud, la crique de Fykiada n’est accessible qu’à pied, à travers la cédraie, et reste presque toujours déserte.

Sur la côte est, Faros compte trois plages : la principale, partiellement ombragée mais bondée en saison, Fasolou, à 400 m à pied derrière le promontoire, protégée par des tamaris, et Glyfo, à l’ouest du vieux village, souvent la plus agréable des trois. Un quart d’heure de marche depuis Glyfo mène à Apokofto, plage de sable abritée voisine de Chryssopigi ; sur le promontoire du monastère, les baigneurs étendent leurs serviettes sur les dalles plates. Au nord de Kastro, la petite grève de Panagia Poulati, au pied de l’église, avec ses roseaux et son filet d’eau douce, se mérite par le sentier ou par la mer. Au sud immédiat de Kastro, la crique rocheuse de Seralia dépanne.

Au sud, Platis Gialos est la plus longue plage de l’île, entièrement organisée, avec en face l’îlot inhabité de Kitriani. Elle prend le vent par moments et se remplit vite : en août, mieux vaut y venir avant 11 h ou après 17 h, ou lui préférer Fykiada. À cinq minutes du dernier arrêt de bus, la petite anse de galets de Lazarou est occupée en totalité par un bar-restaurant. La baie de Vathi, très abritée, sableuse et peu profonde, reste le meilleur choix avec de jeunes enfants, et c’est aussi là que mouillent les voiliers.

Au nord, la plage de Cheronissos, protégée du vent et bordée de deux tavernes, se prête aux longues journées tranquilles, et Vroulidia, juste avant, offre un fond de galets et une eau limpide au bout d’une piste en terre. Le tour de l’île en bateau donne accès à des criques inatteignables par la terre, notamment sous Poulati.

Sifnos
  • Plages et activités sportives - 6.5/10
    6.5/10
  • Patrimoine historique et culturel - 8/10
    8/10
  • Villages et arrière pays - 7/10
    7/10
  • Authenticité - 6/10
    6/10
6.9/10
7.2/10
Avis des voyageurs
7.17/10 (582 votes)
Quelques liens pour aller plus loin
  • Superficie : 74 km² (environ 70 km de littoral)
  • Longueur maximum : 15 km, largeur maximum : 7,5 km
  • Point culminant : mont Profitis Ilias, 682 m
  • Environ 2 777 habitants (recensement 2021)
  • Port principal : Kamares
  • Aéroport le plus proche : Athènes (ou Milos et Santorin par ferry)

Comparez les îles avec notre indicateur touristique des iles grecques

  • 40 jours après Pâques (Ascension) : fête de la Panagia Chryssopigi, la plus importante de l’île, à Chryssopigi
  • Fin juin à début juillet : MuSifanto, festival de musique classique, entrée libre, à Artemonas et dans les monastères de l’île
  • 19 juillet : fête du monastère Profitis Ilias, au sommet de l’île
  • 26 juillet : fête d’Agios Panteleimonas, à Cheronissos
  • 14 août : vêpres de la Dormition de la Vierge, dans de nombreux monastères et chapelles de l’île, dont Panagia Toso Nero
  • 28 août : fête d’Agios Ioannis Prodromos, à Faros et à Mavro Chorio
  • 31 août : fête du monastère Agios Simeon, à Kamares
  • 5 septembre : fête de l’Archange Michel (Taxiarchis), à Vathi
  • 6 septembre : fête d’Agios Sozon, au cap Agios Sostis
  • 8 septembre : Nativité de la Vierge, au monastère de Vrysiani, à Exambela
  • Un week-end de septembre : festival de gastronomie cycladique Nikolaos Tselementes, sur la place d’Artemonas, entrée et dégustations gratuites
  • 13 septembre : fête de la Croix (Stavros), à Faros et à Choni
  • 14 septembre : fête d’Agios Nikitas, à Seladi
  • 2 octobre : célébration de Panagia Kitriani, sur l’îlot de Kitriani

La carte de Sifnos

Comment aller à Sifnos et s’y déplacer ?

Il n’y a pas d’aéroport à Sifnos. On arrive par bateau à Kamares, depuis le Pirée toute l’année (2 h 30 à 5 h 30 selon le navire, jusqu’à quatre ou cinq départs par jour en été) ou depuis Lavrio en saison, en trois heures environ. Sifnos est aussi reliée à Serifos (20 à 30 min), Milos (dès 40 min, jusqu’à sept traversées par jour l’été), Kimolos, Folegandros, Sikinos, Ios, Santorin, Paros, Naxos, Mykonos, Syros et Kythnos. Pensez à réserver vos billets de ferry à l’avance en haute saison. En été, l’opérateur Hoper dessert aussi l’héliport de l’île depuis Athènes, en vols réguliers réservables en ligne.

Le réseau de bus est bon et bon marché : tous les trajets passent par Apollonia, où se trouvent les deux arrêts principaux. Voitures et scooters se louent à Kamares et à Apollonia, avec des tarifs souvent plus intéressants dans la capitale. Le printemps et l’automne restent les meilleures périodes pour découvrir l’île dans de bonnes conditions.

→ Conseils pour la réservation des ferries

Prochaine(s) traversée(s)

Que manger à Sifnos et quelles sont les spécialités locales ?

Sifnos est souvent présentée comme la capitale gastronomique des Cyclades, et pour une fois la formule tient. Elle tient à un homme, Nikolaos Tselementes (1878-1958), né à Exambela, dont les livres de cuisine ont réorienté les recettes grecques à partir de 1910, et à une technique : la cuisson lente dans des récipients de terre cuite locaux, les gastres, dont le mot grec a donné notre gastronomie.

Deux plats résument l’île. La revithada (ρεβιθάδα), soupe épaisse de pois chiches cuite toute la nuit au four à bois dans un skepastaria (σκεπαστάρια), se mange le dimanche après la messe. Le mastelo (μαστέλο) tient son nom du récipient de terre dans lequel il cuit : agneau ou chevreau au vin rouge et à l’aneth, posé sur des sarments de vigne, c’est le plat de Pâques. On trouve aussi les revithokeftedes (ρεβιθοκεφτέδες), boulettes de pois chiches, la salade de câpres, les ampelofasoula (αμπελοφάσουλα) au skordalia, la myzithra (μυζήθρα) fraîche de l’île et la manoura (μανούρα), fromage de brebis et chèvre affiné dans la lie de vin, à croûte sombre comestible et goût piquant.

Côté sucré, la melopita (μελόπιτα), tarte au miel et à la manoura fraîche, est le gâteau de Pâques ; les amygdalota (αμυγδαλωτά) aux amandes et à l’eau de fleur d’oranger sont l’achat à rapporter. Cherchez aussi la loli (λωλή), tourte sucrée au potiron, cannelle, orange, miel et raisins secs, dont la composition varie selon l’humeur du pâtissier.

    • Le monastère de Chryssopigi sur sa presqu’île, protecteur de l’île depuis 1650 : le site le plus photographié de Sifnos, et l’un des plus justement célèbres.
    • Kastro au coucher du soleil, ses six portes voûtées, ses sarcophages romains sur les pavés et la chapelle des Sept Martyrs plantée sur son rocher.
    • Un atelier de céramique : la poterie sifniote figure depuis 2023 à l’inventaire national grec du patrimoine culturel immatériel, et quinze ateliers travaillent encore sur l’île.
    • Les poteries de Georgios Atsonios, l’un des potiers les plus connus de Sifnos, pour ses flaros décoratifs et ses plats de cuisson en terre.
    • Un cours de cuisine locale chez George et Dina, à la ferme Narlis de Kato Petali, suivi du repas préparé avec leurs propres produits.
    • La confiserie Theodorou, sur les ruelles d’Artemonas, tenue par la même famille depuis un siècle : amygdalota, pastelis et loukoums maison.
    • Une soirée sur le Steno d’Apollonia, au café Botzi ou au Doloma Bar, ou à Kastro au Kavos Sunrise pour la vue.
    • Une sortie en bateau au départ de Platis Gialos avec A La Mer Sifnos Boat Rentals, pour atteindre les criques que ne desservent ni route ni sentier.
    • La montée au Profitis Ilias tou Apsilou, 682 m, et son vieux monastère : la plus belle vue de l’île, et le meilleur alibi pour se lever tôt.
    • La célébration de Panagia Kitriani le 2 octobre, sur l’îlot au sud de Platis Gialos, autour de la plus ancienne église de Sifnos, du XIe siècle.
    • Un panigyri, n’importe lequel : sur les 235 églises recensées, chacune a le sien, avec revithada, vin et violons jusqu’à l’aube.
    • Le sentier côtier de Kastro à Chryssopigi, deux heures et demie faciles qui résument tout ce que l’île sait faire de mieux.

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