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Symi, l'île néoclassique qui retrouve son calme quand les bateaux repartent

Symi est une île du Dodécanèse située une heure de ferry au nord-ouest de Rhodes et à moins de 7km de la côte turque. Elle tient dans 58 km² de calcaire aride et culmine à 616 m au mont Vigla. Sa réputation tient à une image : l’amphithéâtre de maisons néoclassiques ocre, terre de Sienne et bleu pâle qui enserre le port de Gialos, héritage de la fortune bâtie au XIXe siècle sur la construction navale et la pêche aux éponges. L’agglomération est protégée et l’île entière classée zone archéologique, avec 159 sites et monuments recensés. Le tourisme y est d’une concentration extrême : jusqu’à 6 000 visiteurs à la journée débarquent de Rhodes en pleine saison, sur quelques centaines de mètres de quai, et repartent le soir.

Au sommaire

Symi mesure 13 km sur 8, ne possède qu’une seule route transversale et presque aucune plage accessible à pied. Quatre ensembles structurent un séjour. Symi Town réunit le port de Gialos et le village haut de Chorio : c’est là que vivent les habitants, que se tiennent les commerces, et là que se concentre la totalité de la pression touristique. Pedi et la côte est alignent la seule baie habitée hors de la ville, puis une série de criques encaissées desservies par taxi-boat. Le nord-ouest, de Nimborios à la pointe d’Agios Emilianos, est le domaine des sentiers et des monastères isolés. Le sud, boisé de cyprès et de pins, descend vers Panormitis, second port de l’île.

Que voir à Symi ? Le tour de l’île zone par zone

Que voir à Gialos et à Chorio, le port et le village haut ?

Derrière les quais rectilignes, une rangée de demeures de l’époque italienne s’accroche au pied des versants, chacune peinte dans une palette d’ocres, de terre cuite, de crème ou de bleu pâle et coiffée d’un fronton triangulaire. Sur le quai, l’horloge de 1881, don de la famille Petridis, sert de repère. À quelques pas, la place du 8-Mai rappelle que le protocole de reddition allemande du Dodécanèse a été signé ici le 8 mai 1945, dans la maison Kampsopoulos. Le musée maritime, installé depuis 1990 dans un bâtiment néoclassique de la place, expose des scaphandres, du matériel de plongée du XIXe siècle et des maquettes des bateaux d’éponges : la meilleure demi-heure à passer à Gialos quand le soleil tape. Vers le nord, la petite baie de Harani était le chantier naval de l’île et garde de grandes coques de bois tirées au sec.

De Gialos, la Kali Strata monte vers Chorio par un escalier de pierre d’environ cinq cents marches, bordé de demeures de capitaines dont certaines ne sont plus que des coques vides. Un second escalier, le Katarraktes, grimpe le versant ouest et sert surtout aux habitants. En haut, Chorio est un labyrinthe. Une partie du village a disparu en septembre 1944, quand l’explosion d’un dépôt de munitions déclenchée par les Allemands en retraite a soufflé des centaines de maisons, jamais toutes relevées. Au sommet, le château des chevaliers occupe l’acropole antique, dont subsiste un pan de mur polygonal ; l’une des cloches de l’église est l’ogive d’une bombe. Le musée archéologique et folklorique, aménagé dans la maison Gianneskis, se prolonge dans la demeure Hatziagapitos en contrebas, pour ses coffres sculptés et ses peintures allégoriques. Plus haut, le quartier des Myloi aligne des moulins restaurés et le tumulus préhistorique de Pontikokastro.

C’est ici que se joue le problème de Symi. Trois mille habitants permanents reçoivent environ 500 000 visiteurs par an, dont 1 000 à 5 000 excursionnistes par jour de mai à octobre, venus de Rhodes ou de Turquie pour trois heures. En juillet et en août, le quai est saturé de 10 h à 16 h, les prix des terrasses du front de mer sont ceux d’une île bien plus riche, et l’eau comme les déchets dépassent ce que l’île peut absorber. En juillet 2025, le maire Lefteris Papakalodoukas a demandé aux ministères concernés un droit d’entrée de trois à cinq euros pour les visiteurs à la journée, collecté par les compagnies maritimes ; la mesure n’était pas appliquée à la dernière vérification. Dans notre index du surtourisme des îles grecques, Symi se classe 24e sur 74 îles habitées. La parade est gratuite, et c’est celle que j’applique à chaque passage : monter à Chorio entre 11 h et 16 h, quand la Kali Strata est presque vide, et redescendre une fois les bateaux d’excursion partis. Pour la même architecture sans les flux, Chalki et Tilos sont à quelques heures de mer.

Que faire à Pedi et sur la côte est de Symi ?

À trente minutes de descente depuis Chorio, ou en bus régulier, Pedi occupe une baie profonde ouverte à l’est. C’était un hameau de pêcheurs doublé d’un petit chantier ; le front de mer s’est peuplé de maisons neuves construites dans le style italianisant de l’île, avec un hôtel et deux ou trois tavernes. Il n’y a pas de plage au village même, mais une plaine agricole rare sur ce caillou et une vie quotidienne sans rapport avec celle du port. La taverne The Secret Garden, tenue par Michalis et Katya, y réunit autant de résidents que de visiteurs.

Au sud de Pedi, la côte se creuse en une succession de baies étroites et profondes, presque toutes sans route : Agios Georgios Dysalonas, Nanou, Marathounda. C’est le domaine des taxi-boats, qui partent du quai intérieur de Gialos dès 10 h.

Que voir dans le nord-ouest, de Nimborios à Agios Emilianos ?

Une demi-heure de marche sur la route côtière, sans ombre mais sans circulation, mène de Harani à Nimborios (Emborios), une anse tranquille avec une taverne. un petit train touristique y fait la navette en saison. Au-dessus, le monastère Taxiarchis Michail Roukouniotis, le plus ancien de l’île, conserve une église basse voûtée et des fresques anciennes ; horaires courts et irréguliers. Une piste en descend vers la crique de Toli, à huit kilomètres du port.

La pointe occidentale se termine par le minuscule monastère d’Agios Emilianos, posé sur un îlot relié à la terre par une chaussée, accessible à pied en trois heures depuis Gialos ou en caïque. C’est dans cette moitié de l’île que subsistent les pressoirs byzantins : onze restaurés sur la centaine active entre le Xe et le XVIIIe siècle, vestiges d’une viticulture aujourd’hui disparue.

Pourquoi descendre jusqu’au monastère de Panormitis ?

L’unique route transversale monte dans une forêt de cyprès et de pins qui surprend sur une île réputée nue, puis redescend en lacets vers la baie de Panormitis. Le monastère Taxiarchis Michail Panormitis, fondé en 1775 et dont l’église date de 1783, est le grand lieu de pèlerinage du Dodécanèse : iconostase de bois sculpté, icône de saint Michel protecteur des marins, campanile de 1911. Deux musées y sont installés, l’un byzantin, l’autre folklorique, avec des ex-voto, des maquettes de bateaux et des scaphandres. Le complexe comprend une boulangerie, un restaurant et des cellules pour les pèlerins ; la tenue correcte est exigée. Une tradition locale veut que l’on confie à la mer une bouteille contenant un vœu, qui finit par dériver jusqu’à la baie.

Panormitis est aussi le second port de l’île : la plupart des ferries entre Rhodes et Symi y font escale avant de rejoindre Gialos, ce qui permet de visiter le monastère sans revenir sur ses pas. À l’écart de la route, le monastère de Kokkimidis, daté de 1697, conserve les plus belles fresques de Symi, un cycle complet consacré à l’archange et au Christ ressuscité.

Quelles randonnées faire à Symi ?

Symi est une véritable destination de marche, et c’est même la meilleure raison d’y rester plusieurs jours. L’île conserve un réseau de chemins muletiers pavés, restaurés et balisés en rouge ou en bleu, dont sept itinéraires principaux sont aujourd’hui documentés et cartographiés. Ils sont courts : de vingt minutes à deux heures, entre 1 et 5 km. Les plus intéressants relient les Myloi à Pedi par le tumulus de Pontikokastro (4,6 km, 1 h 45), descendent de la route de Panormitis à la plage de Nanou par une gorge boisée de cyprès (2,2 km, 50 min, en passant près de la grotte néolithique de Skordalou), ou mènent de la chapelle d’Agios Vasilios à la plage de Lapathos (2,1 km, 45 min).

Deux marches plus longues valent la journée : la traversée de Gialos à la pointe d’Agios Emilianos, trois heures en partie sous les arbres, en passant par le monastère de Roukouniotis ; et la descente de Chorio vers le golfe d’Agios Vasilios, une heure trente. Le sentier vers Nanou permet d’enchaîner marche, baignade, repas à la taverne et retour en taxi-boat.

La saison compte plus qu’ailleurs : l’île est sans ombre sur une grande partie de son territoire, sans point d’eau et exposée. Les mois praticables sont mars à mai et octobre à novembre. En juillet et août, les sentiers de l’intérieur sont dangereux au-delà d’une heure de marche. La partie orientale de l’île et les îlots de Seskli, Kouloundros et Troumpeto sont classés en zone Natura 2000 (site GR4210025), ce qui n’interdit pas la randonnée mais rappelle que ces criques ne sont ni équipées ni surveillées. Voir aussi nos conseils pour randonner en Grèce.

Quelles plages choisir à Symi ?

Première chose à savoir : il n’y a pas de plage à Symi Town. Certains se baignent depuis le môle de Harani ou à la minuscule plage artificielle dite Symi Paradise, mais l’eau y est trop fréquentée par les bateaux pour que ce soit une bonne idée. La seule baignade correcte accessible à pied depuis le port est Nos, à cinq cents mètres au nord de l’horloge, organisée et vite pleine.

Autour de Pedi, deux plages se rejoignent à pied. Agia Marina, au nord, est une anse turquoise face à un îlot coiffé d’une chapelle, à quarante minutes de marche : très belle, et couverte de transats dès l’arrivée du premier taxi-boat. Agios Nikolaos, au sud, est la seule plage entièrement sablonneuse de l’île, ombragée de tamaris, avec une taverne et un fond qui descend doucement : c’est le meilleur choix avec des enfants, à quinze minutes de sentier depuis le quai de Pedi.

Sur la côte est, les baies-fjords sont les plus spectaculaires. Agios Georgios Dysalonas est un ourlet de galets au pied d’une paroi verticale, accessible uniquement par bateau, sans taverne ni transats, à l’ombre dès le milieu de l’après-midi : prévoyez de l’eau et de quoi manger. Nanou, la plus grande plage de l’île, aligne deux cents mètres de gravier et de galets devant une pinède, avec une taverne réputée pour le poisson, et se remplit en août. Marathounda, plus au sud, est la seule grande plage accessible par une route asphaltée ; les chèvres y descendent jusqu’aux tables de la taverne.

Côté nord-ouest, Nimborios est une bande de galets fins, calme, avec une petite taverne, et Toli reste la crique où l’on va chercher le silence, au prix d’une piste. Deux plages ne se méritent qu’à pied, Lapathos et le fond du golfe d’Agios Vasilios, sans ombre ni service. Enfin, les îlots de Seskli et de Nimos, atteignables en caïque, offrent une eau peu profonde et transparente : Seskli est un site archéologique protégé, sans aucun équipement.

Un mot pratique : les taxi-boats partent du quai intérieur de Gialos à partir de 10 h, avec au moins un départ par heure en haute saison et un dernier retour vers 18 h. Hors juillet-août, les rotations se raréfient : mieux vaut choisir une seule plage dans la journée que tenter d’en enchaîner trois.

  • Plages et activités sportives - 8/10
    8/10
  • Patrimoine historique et culturel - 5.5/10
    5.5/10
  • Villages et arrière pays - 9/10
    9/10
  • Authenticité - 7/10
    7/10
7.4/10
Quelques liens pour aller plus loin
  • Superficie : 58 km² (65 km² avec les îlots), environ 85 km de littoral
  • Longueur maximum : 13 km, largeur maximum : 8 km
  • Point culminant : mont Vigla, 616 m
  • Environ 2 603 habitants (recensement 2021)
  • Ports principaux : Symi (Gialos) et Panormitis
  • Aéroport le plus proche : Rhodes (Diagoras), à 12 milles marins
  • Îlots satellites : Nimos, Seskli, Kouloundros, Diavates, Marmaras, Chondros, Gialesino

Comparez les îles avec notre indicateur touristique des iles grecques

  • Pâques orthodoxe (date mobile) : processions dans les ruelles de Chorio
  • Pentecôte (date mobile) : panégyrie au monastère de Panormitis
  • Dimanche de la Sainte-Trinité (date mobile) : église Agia Triada, à Chorio
  • 24 juin : Agios Ioannis, chapelle d’Agios Ioannis Stafylla
  • 17 juillet : Agia Marina, sur l’îlot d’Agia Marina, face à Pedi
  • 20 juillet : Profitis Ilias, chapelle de Profitis Ilias
  • 27 juillet : Agios Panteleimon
  • Juillet à septembre : Festival de Symi, place principale de Gialos
  • 6 août : Transfiguration du Sauveur, à Nimborios et au monastère de Megalos Sotiris
  • 15 août : Dormition de la Vierge, Panagia Alithini et Panagia Myrtariotissa
  • 24 août : Panagia Ypakoi, sur l’îlot de Nimos et à Panagia Alithini
  • 8 novembre : Archanges Michel et Gabriel, monastères de Panormitis et de Roukouniotis

La carte de Symi

Comment aller à Symi et s’y déplacer ?

Symi n’a pas d’aéroport. L’aéroport le plus proche est celui de Rhodes, à douze milles marins. Depuis Rhodes, plusieurs liaisons quotidiennes desservent l’île toute l’année : environ une heure en catamaran, jusqu’à une heure quarante en ferry classique, la plupart des rotations faisant escale à Panormitis avant Gialos. Depuis Le Pirée, des départs directs existent mais ne sont pas quotidiens, et la traversée dure de 14 à 19 heures. Des liaisons hebdomadaires relient aussi Symi à TilosNisyrosChalki, Kos, Kalymnos, Leros, Lipsi, Patmos et Astypalea, ainsi qu’à Kastelorizo via Rhodes. Voir nos conseils pour les billets de ferry.

Sur place, la voiture ne sert quasiment à rien : il y a une route et six taxis. Un bus fait la navette toute l’année entre Gialos, Chorio et Pedi, et un minibus descend deux ou trois fois par jour à Panormitis. Le reste se fait en taxi-boat, à scooter ou à pied. Le printemps et l’automne sont les deux vraies saisons de Symi.

→ Conseils pour la réservation des ferries

Prochaine(s) traversée(s)

La gastronomie et les spécialités de Symi

La cuisine symiote est une cuisine de pénurie : peu de terre, pas d’eau, beaucoup de mer et de légumes secs. Le produit emblème est le garidaki symiako (γαριδάκι Σύμης), une minuscule crevette pêchée dans les fonds profonds autour de l’île, frite entière et mangée avec la carapace, arrosée de citron. Elle n’est protégée par aucune appellation : c’est une pêche locale, dont la saison et la disponibilité varient. Vérification faite au registre européen, aucun produit de Symi n’est enregistré en AOP ni en IGP ; seule l’IGP régionale Dodekanisos, qui couvre les vins de l’archipel, existe depuis 2009.

Le reste du répertoire mérite qu’on le cherche hors des terrasses du quai. Les gaellokeftedes (γαελλοκεφτέδες) et la gaellopita (γαελλόπιτα) sont des boulettes et une galette d’athérines, oignons et tomate. Le fakoryzo (φακόρυζο), lentilles et riz couverts d’oignons frits, et les revythokeftedes (ρεβυθοκεφτέδες) de pois chiches disent la même économie. Les tempelogiaprakia (τεμπελογιαπράκια), littéralement les dolmas des paresseux, sont des dolmas sans feuille de vigne. Le chevreau sauvage se cuit au four avec du boulgour ou des pois chiches. Côté sucré, la tourta (τούρτα) est un chausson de Pâques frit au fromage de chèvre et à la menthe, et l’akoumi (ακούμι) un loukoum moulé en forme d’oiseau ou de poisson, réservé aux fêtes. Les biscuits de l’île, zacharenia (ζαχαρένια) parfumés à la fleur d’oranger et amoniakena (αμωνιακένα) à la vanille et au zeste d’orange, se trouvent chez les boulangers de Gialos. On rapporte de la sauge (φασκόμηλο) séchée et un miel produit en très petite quantité.

Pour manger : Tholos sur la pointe de Harani, Manos et Pantelis sur le port, Meraklis dans une ruelle en retrait, Taverna Zoi et Kali Strata en haut de l’escalier à Chorio, la taverne de Marathounda les pieds dans l’eau.

    • Monter la Kali Strata en milieu de journée, quand les excursionnistes restent en bas : cinq cents marches, des demeures de capitaines, et le port qui rétrécit derrière vous.
    • Le monastère Taxiarchis Michail Panormitis, son iconostase sculptée et ses deux musées, à visiter tôt le matin avant l’arrivée des cars de pèlerins et des bateaux.
    • Le musée maritime de Gialos, pour comprendre ce qu’était la plongée aux éponges avant le scaphandre : c’est toute l’économie de l’île en une salle.
    • Une assiette de garidaki symiako, les petites crevettes frites mangées entières, dans une taverne de Chorio plutôt que sur le quai.
    • Agios Georgios Dysalonas en taxi-boat, une plage de galets écrasée par une paroi verticale, sans taverne : emportez de quoi boire et manger.
    • Agios Nikolaos à pied depuis Pedi, quinze minutes de sentier pour la seule plage de sable de l’île, ombragée de tamaris et bonne avec des enfants.
    • La traversée à pied jusqu’à Agios Emilianos, trois heures aller par les chemins muletiers, avec le monastère de Roukouniotis en chemin.
    • Le quartier des Myloi et Pontikokastro, au-dessus de Chorio : des moulins restaurés, un tumulus préhistorique et une vue sur toute la baie de Pedi.
    • Les ruines de Chorio, laissées telles quelles depuis l’explosion de 1944, qui donnent au village haut une atmosphère qu’aucune restauration n’aurait produite.
    • La fête de l’archange Michel le 8 novembre à Panormitis, la plus grande panégyrie du Dodécanèse, hors saison et sans un seul touriste d’excursion.
    • Les pressoirs byzantins de l’intérieur de l’île, onze restaurés sur une centaine, derniers vestiges d’une viticulture insulaire aujourd’hui totalement disparue.
    • Un tour de l’île en caïque, seule façon de voir les criques du sud et les îlots de Seskli et Nimos, avec arrêts baignade et pique-nique.