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Quelles sont les îles grecques les moins touristiques?

Chaque été, la même scène se répète sur les quais de Santorin ou dans les ruelles de Mykonos : des files d’attente devant les restaurants, des plages où il faut arriver à l’aube pour espérer poser sa serviette, des prix qui ont depuis longtemps quitté toute logique locale.
En 2024, la Grèce a accueilli plus de 40 millions de visiteurs, un record absolu, et ceux-ci se concentrent massivement sur une poignée de destinations. 
Pendant ce temps, à quelques heures de ferry, des îles d’une beauté saisissante vivent au rythme de leurs habitants, leurs tavernes restent abordables, leurs plages désertes, et leurs couchers de soleil n’ont pas encore été transformés en produit marketing. C’est là, sur ces terres que l’on ne photographie pas encore à l’infini, que l’on retrouve l’idée de la Grèce que l’on avait en tête.

Une île grecque, c’est d’abord une idée. Celle d’un espace délimité par la mer, d’une communauté à taille humaine, d’une lumière particulière qui tombe sur la mer, d’une taverne qui sent les grillades et l’origan. C’est une promesse de lenteur, d’authenticité, de contact direct avec les gens et les lieux.
Le problème, c’est que cette promesse attire désormais des foules qui la transforme au passage. Le surtourisme n’est pas un concept abstrait : c’est une réalité vécue chaque saison par les habitants de Santorin, forcés de quitter leur île faute de pouvoir y louer un logement, ou par les visiteurs de Mykonos qui découvrent avec stupeur que les prix y dépassent ceux de Saint-Tropez.

Mais la Grèce compte entre 1 200 et 6 000 îles selon le critère retenu, dont environ 200 sont habitées en permanence. Une immense majorité d’entre elles n’apparaît dans aucun classement.

Le surtourisme, une réalité très inégalement répartie

La pression touristique à Mykonos ou à Santorin en saison n’a absolument rien à voir avec ce que vivent la majorité des îles grecques. Notre index annuel du surtourisme dans les îles grecques le montre année après année : la saturation touristique est un phénomène très concentré sur une dizaine de destinations.
Le mécanisme est bien connu : les grandes îles disposent d’aéroports internationaux et sont desservies par des vols directs depuis toute l’Europe. Elles bénéficient d’une notoriété construite sur des décennies de guides touristiques et, plus récemment, de millions de publications sur les réseaux sociaux. Les capacités hôtelières ont suivi, puis les compagnies de croisière, puis les tour-opérateurs.
Les îles ont bien compris le danger et Lls autorités locales ont par exemple commencé à limiter les escales de paquebots, passant de 63 à 48 jours autorisés pour la haute saison. Dans le même temps, à Agathonisi ou à Gavdos, les habitants se demandent comment maintenir une épicerie ouverte toute l’année.

Quels types d’îles échappent au tourisme de masse ?

Il n’existe pas de profil unique de l’île « peu touristique ». On en trouve de toutes les tailles, dans tous les archipels, pour tous les types de voyageurs.

Les petites îles oubliées : une échelle humaine radicale

Les îles les moins peuplées de Grèce sont souvent les moins touristiques; mais pas toujours. La taille n’est pas un critère absolu : Paxos ne fait que 25 km² et subit une pression touristique intense en saison, tandis que Kasos, plus grande, reste méconnue du grand public. Mais certaines petites îles offrent une expérience que les grandes destinations ne peuvent tout simplement plus proposer.

Agathonisi, dans le Dodécanèse septentrional, illustre parfaitement ce paradoxe grec. L’île ne couvre que 13,5 km² et comptait 185 habitants au dernier recensement. Reliée au réseau électrique et téléphonique seulement dans les années 1980, elle offre encore aujourd’hui ce sentiment rare d’être quelque part que le monde n’a pas encore formaté. On s’y attarde au port de Saint-Georges, on marche jusqu’à Megalo Chorio, et l’on mange du poisson pêché le matin même dans uen des deux ou trois tavernes de l’île.

Gavdos, l’île la plus méridionale d’Europe, accrochée au large de la Crète, n’héberge qu’une cinquantaine d’habitants permanents répartis en quelques hameaux. Le voyage lui-même, une journée au moins depuis Athènes, avec un passage par la route jusqu’au sud de la Crète pour prendre le ferry, est un sas de décompression forcée qui filtre naturellement les visiteurs pressés. Ses plages de sable fin et ses forêts de cèdres sont à ceux qui ont le temps.

Donoussa, aux confins orientaux des Cyclades, à 220 km du Pirée, compte à peine une centaine d’habitants répartis dans quatre hameaux. Elle offre des plages de sable blond, des falaises plongeant dans des eaux émeraude, et une grotte marine (Fokospilia) d’une beauté saisissante. On y randonné, on plonge, on oublie l’heure.

Kasos, dans le Dodécanèse méridional, à l’est de la Crète (Sitia) est l’une des îles habitées les moins visitées de Grèce. Située entre la Crète et Karpathos, elle vit encore au rythme de sa communauté, entre traditions maritimes, maisons néoclassiques abandonnées et une fierté locale intacte.

Kastelorizo (ou Mégisti), à quelques centaines de mètres des côtes turques, est techniquement le point le plus oriental de l’Union européenne. Elle ne fait que 12 km² et héberge moins de 500 habitants permanents. Connue du grand public depuis le film Mediterraneo (1991), elle vit malgré tout dans une quiétude que ses dimensions imposent naturellement.

Les îles difficilement accessibles : l’éloignement comme protection naturelle

Certaines îles restent peu fréquentées simplement parce qu’elles sont difficiles à atteindre. Ce n’est pas un obstacle : c’est un filtre.

Ikaria, dans la mer Égée orientale, est connue des amateurs de zones bleues, ces rares territoires du monde où l’on vit significativement plus longtemps que la moyenne.
Ikaria résiste. Elle résiste aux horaires, à l’organisation, au tourisme de masse. Les ferry y arrivent souvent à des heures indues, les routes sont tortueuses, et c’est précisément pour cela que l’île a conservé son caractère. Sa végétation dense, ses sources d’eaux chaudes naturelles, sa musique et ses fêtes nocturnes (les panégyris) en font une destination à part, pour des voyageurs à part.

Samothrace, dans le nord de la mer Égée, est accessible depuis Alexandroupolis, loin de tout grand aéroport. Dominée par le Fengari, le mont qui atteint 1 611 mètres d’altitude, le plus haut des îles grecques, elle abrite le sanctuaire des Cabires et le site où fut découverte la Victoire de Samothrace. Une île majestueuse et sauvage, à laquelle son isolement a épargné le destin des Cyclades photogéniques.

Fourni, archipel entre Samos et Ikaria, est un véritable secret méditerranéen. Ses eaux sont parmi les plus riches en épaves antiques de toute la mer Égée et des plongeurs du monde entier viennent discrètement y explorer des trésors sous-marins. En surface, c’est une vie de village que l’on y trouve, des caïques de pêcheurs, et une douceur de vivre que l’on ne monnaye pas encore.

Tilos, dans le Dodécanèse, mérite une mention particulière. L’île a été la première en Méditerranée à fonctionner exclusivement avec des énergies renouvelables, grâce à un projet pilote combinant éolien et solaire. Ses habitants ont choisi depuis longtemps un modèle touristique durable et limité. Elle est accessible mais délibérément protégée du flux de masse.

Les grandes îles avec des zones préservées : un tourisme géographiquement inégal

Les grandes îles touristiques ne sont pas uniformément saturées. Leur taille même crée des zones d’ombre où le voyageur curieux peut trouver ce qu’il cherche.

La Crète est l’île la plus visitée de Grèce, mais son centre montagneux et sa côte sud abritent des villages montagnards que les cars de touristes n’atteignent pas. Les gorges de Samaria sont surpeuplées en juillet-août, mais celles d’Imbros ou d’Aradena restent confidentielles. L’est de l’île, autour de Sitia et de la péninsule de Zakros, est une autre Crète : lente, agricole, minérale.

Naxos résiste mieux que ses voisines des cyclades. Plus grande, plus autosuffisante, elle ne s’est jamais entièrement remise entre les mains du tourisme de masse. Son arrière-pays (les villages de Halki, Apiranthos, Filoti) vit encore d’agriculture et de fromage, dans une indifférence sereine aux modes saisonnières.

Céphalonie, dans les îles ioniennes, offre une géographie suffisamment diverse pour que ses plages emblématiques de Myrtos et d’Antisamos attirent les foules pendant que des villages comme Assos ou Fiscardo, certes connus, respirent encore à leur propre rythme.

Lesbos, dans le nord de la mer Égée, est l’une des grandes îles les plus attachantes de Grèce. Ses oliviers millénaires (la forêt pétrifiée de Sigri est un site d’une valeur géologique exceptionnelle), ses villages anatoliens, sa distillerie d’ouzo et son musée d’art naïf en font une destination culturelle dense que le tourisme balnéaire n’a jamais réellement colonisée.

Limnos, entre Lesbos et la Thrace, reste l’une des grandes inconnues de la mer Égée. Île de dimensions respectable, elle dispose d’une cuisine locale remarquable et d’une position stratégique qui lui a valu une histoire militaire dense. Les voyageurs y sont encore suffisamment rares pour que les habitants s’y intéressent.

Les îles proches et accessibles : le contrepied de la difficulté d’accès

Contrairement à une idée reçue, tous les trésors cachés ne sont pas loin. Certaines îles sont facilement accessibles mais restent peu touristiques, soit parce qu’elles ne répondent pas aux critères du voyage instagrammable, soit parce qu’elles attirent davantage les Grecs que les étrangers.

Eubée, reliée à l’Attique par un pont et accessible en moins de deux heures depuis Athènes, est la deuxième plus grande île de Grèce. Elle est presque entièrement méconnue des touristes étrangers, fréquentée essentiellement par des Athéniens qui y ont leurs résidences d’été. Son nord montagneux, ses thermes de Loutra Edipsou et ses villages de pêcheurs du sud méritent infiniment mieux que leur anonymat actuel.

Salamine, à quelques minutes de ferry depuis le Pirée, est l’île la plus proche d’Athènes. Les touristes étrangers n’y vont pas. Les Grecs, si, c’est une de leur île de week-end, une île réelle, habitée à l’année, avec des supermarchés, des embouteillages et des tavernes sans menus traduits. C’est, paradoxalement, l’une des expériences les plus authentiques que l’on puisse vivre en s’éloignant d’Athènes.

Agistri, dans le golfe Saronique, est une petite île de pins et de plages à 90 minutes du Pirée. Elle est populaire auprès des Athéniens mais reste ignorée de la grande majorité des voyageurs étrangers. L’ambiance y est décontractée, les prix raisonnables, et les bicyclettes remplacent les motos de location.

Sikinos, dans les Cyclades, n’est pas si difficile d’accès, un ferry régulier depuis Folegandros ou Ios, mais elle reçoit une fraction infime de la clientèle de ses voisines. Pourtant, sa Hora perchée, son monastère-forteresse et ses sentiers de randonnée ont une beauté cycladique sans compromis.

Kalymnos, dans le Dodécanèse, vit de la pêche à l’éponge et de l’escalade, deux activités qui attirent des voyageurs bien différents des touristes de masse, et qui ont forgé une culture locale très particulière. L’île est accessible, dotée d’infrastructures confortables, et cependant hors des circuits habituels.