Skip to content

Index du surtourisme dans les îles grecques

Pourquoi créer un index du surtourisme en Grèce ?

La Grèce est l’une des destinations touristiques les plus prisées de la Méditerranée. Ses quelque 6 000 îles dont une centaines habitées accueillent chaque année des millions de visiteurs venus du monde entier. Cette attractivité est une chance économique pour des territoires insulaires souvent éloignés du continent. Mais elle est aussi, pour un nombre croissant d’îles, une source de pression dont les effets se font sentir au quotidien : sur les habitants, sur les ressources naturelles, sur les infrastructures, sur l’identité même des lieux.

L’Index de Pression Touristique des Îles Grecques est un indicateur annuel publié par hellenica, guide de voyage francophone spécialisé sur la Grèce. Il vise à mesurer, île par île, l’intensité de la fréquentation touristique rapportée à la taille et à la population de chaque destination. Son objectif n’est pas de dresser un palmarès des îles à éviter, mais de donner une lecture objective et comparable d’une année sur l’autre d’une réalité que les chiffres bruts du tourisme ne permettent pas toujours de percevoir : la concentration du flux touristique sur des territoires à la capacité d’accueil limitée.
L’index couvre 74 îles grecques habitées, des plus fréquentées (Santorin, Mykonos, Rhodes) aux plus confidentielles (Agathonisi, Psara, Arki). Il est mis à jour chaque année au printemps, avec les données vérifiées.

Pourquoi le surtourisme est un enjeu critique pour les îles grecques ?

Le surtourisme prend dans les îles grecques des formes très concrètes : des ruelles de Fira (Santorin) engorgées par des colonnes de croisiéristes dès 9h du matin, des plages de Mykonos où l’espace entre les transats ne laisse plus de place au sable, des villages de pêcheurs devenus inaccessibles à leurs propres habitants faute de logements abordables.
Mais la pression touristique dans les îles grecques soulève aussi une question que l’on évoque rarement : celle de l’eau. La Grèce est le pays européen qui compte le plus d’îles, et une grande partie d’entre elles ne disposent pas de ressources en eau douce suffisantes pour subvenir aux besoins de leur population permanente (et à fortiori à ceux d’une population estivale qui peut les multiplier par dix ou vingt).
L’État grec organise chaque année un service de ravitaillement en eau douce par bateau vers les îles les plus vulnérables. Ce sont des navires-citernes qui approvisionnent régulièrement des îles comme Hydra, Spetses, Astypalaia, Kastelorizo ou certaines des Petites Cyclades. Cette logistique, invisible pour la plupart des visiteurs illustre mieux qu’aucun autre indicateur la fragilité structurelle de ces territoires face à une affluence touristique massive.

À cette fragilité hydrique s’ajoutent d’autres vulnérabilités : la gestion des déchets sur des îles sans décharge permanente, la saturation des liaisons maritimes, la spéculation immobilière qui chasse les habitants permanents vers le continent, l’érosion des écosystèmes côtiers et des fonds marins.
Mesurer la pression touristique, c’est donc aussi rendre visible ce que le tourisme de masse impose silencieusement à des territoires qui n’ont ni la taille, ni les ressources, ni les infrastructures pour l’absorber durablement.

Santorin victime du surtourisme

Ce que révèle l’index 2026

L’offre d’hébergements (Booking, Airbnb) est le paramètre qui évolue le moins vite d’une année sur l’autre : le parc hôtelier et para-hôtelier d’une île se construit sur le long terme. C’est donc principalement la dynamique du trafic de croisière et du trafic aérien qui explique les mouvements les plus marquants dans le classement.

Les grandes îles touristiques sous pression croissante

La Crète enregistre la progression la plus spectaculaire de cette édition : elle passe de la position 47 à la position 22, soit un bond de 25 places. Cette évolution s’explique par la croissance simultanée de ses deux grands flux de visiteurs. Le trafic de croisière atteint 984 300 passagers en 2025 (+ 16 % par rapport à 2024), répartis entre les quatre ports crétois d’Héraklion, Chania, Rethymno et Agios Nikolaos. Dans le même temps, ses aéroports totalisent plus de 13 millions de passagers annuels, faisant de la Crète la première destination aérienne de Grèce après Athènes.

Rhodes gagne 14 places. Son trafic de croisière bondit de 20 % en un an, passant de 458 373 à 547 549 passagers, tandis que son aéroport dépasse pour la première fois le seuil des 7 millions de passagers annuels (+2,5 % par rapport à 2024). La Vieille Ville médiévale de Rhodes, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, concentre en été une pression touristique que ses ruelles étroites et son tissu historique fragile absorbent de plus en plus difficilement.

Kos progresse de 6 places. L’île bénéficie d’une hausse sensible de son trafic aérien (son aéroport enregistre environ 3,5 millions de passagers en 2025), tandis que ses escales de croisière augmentent de près de 9 % (52 590 passagers en 2025 contre 44 812 en 2024).

A contrario, certaines îles perdent des places dans le classement 2026 : Meganisi (-11), Tinos (-6), Kythnos (-6), Serifos (-5). Il serait tentant d’y lire un signal positif, une baisse de pression touristique. Ces reculs traduisent surtout le fait que d’autres îles ont vu leur indice progresser plus vite, notamment sous l’effet de la croissance de leur trafic de croisière ou aérien. Pour Tinos, Kythnos ou Serifos, la pression touristique reste réelle mais elle est simplement moins portée par ces deux facteurs de flux. Dans certains cas, la congestion estivale de ces petites îles cycladiques reste très perceptible pour leurs habitants permanents, même si elle ne se traduit pas par les mêmes volumes de passagers que pour les destinations dotées d’un port de croisière ou d’un aéroport international.

Santorin et Mykonos : champions indétrônables du surtourisme

Santorin et Mykonos conservent les deux premières positions de l’index avec des scores très nettement au-dessus du reste du classement : 177,20 pour Santorin et 145,31 pour Mykonos, contre 61,35 pour Paxi en troisième position. Cet écart très important illustre la situation hors-norme de ces deux îles.

Santorin cumule tous les facteurs de pression à leur niveau maximal : 1 203 052 passagers de croisière en 2025, environ 2,4 millions de passagers aériens, plus de 2 500 établissements référencés sur Booking et plus de 5 200 logements sur Airbnb. Le tout concentré sur 76 km² et une population permanente d’à peine 15 000 habitants. En haute saison, plusieurs milliers de croisiéristes peuvent débarquer simultanément à Fira et Ammoudi, transformant les ruelles de l’une des villes les plus photographiées au monde en une file d’attente continue. L’île a instauré un système de régulation des escales pour limiter le nombre de paquebots par jour, mais la pression globale reste forte.

Mykonos présente un profil comparable, avec un trafic de croisière légèrement supérieur (1 222 748 passagers en 2025) concentré sur une île de 86 km². La saturation estivale de Mykonos Town, la spéculation immobilière qui a progressivement chassé ses habitants permanents, et la transformation de l’île en parc d’attractions haut de gamme sont des réalités que les habitants et les voyageurs qui s’y rendent hors saison observent avec une lucidité croissante.

Index 2026 du surtourisme dans les îles grecques

Facebook
Email
WhatsApp
Reddit
Aegine (Αίγινα)14,8128015,2028
Agathonisi (Αγαθονήσι)0,497300,3573
Agistri (Αγκίστρι)21,1017022,7717
Alonissos (Αλόννησος)12,3033-113,8332
Ammoulianí (Αμμουλιανή)28,749031,169
Amorgos (Αμοργός)6,9048+26,9250
Anafi (Ανάφη)2,4962-22,9960
Andros (Άνδρος)5,9151-27,1349
Antiparos (Αντίπαρος)18,1320019,5620
Arki (Αρκιοί)2,1763-22,8961
Astypalaia (Αστυπάλαια)8,3447-18,5046
Chios (Χίος)2,8760+32,6163
Corfu (Κέρκυρα)46,474+141,295
Crete (Κρήτη)16,9722+258,4547
Cythère (Κύθηρα)4,2753+14,3154
Donousa (Δονούσα)10,7439+110,8740
Elafonisos (Ελαφόνησος)11,4837-413,6833
Erikoussa (Ερείκουσα)3,5956-45,3952
Eubée (Εύβοια)1,2470-11,4369
Folegandros (Φολέγανδρος)12,2834012,4134
Fourni Korseon (Φούρνοι)2,046402,2064
Gavdos (Γαύδος)1,5269-11,8268
Halki (Χάλκη)14,6129+114,1330
Hydra (Ύδρα)22,0316+222,6018
Ikaria (Ικαρία)3,5557-24,1355
Inoússes (Οινούσσες)0,697200,6972
Ios (Ίος)10,4640+210,2642
Irakleia (Ηρακλειά)3,6755+43,6759
Ithaque (Ιθάκη)8,724508,7745
Kalymnos (Κάλυμνος)9,6543-210,3241
Karpathos (Κάρπαθος)6,4150+16,8151
Kasos (Κάσος)0,937100,8371
Kastelorizo (Καστελλόριζο)15,5326+513,9931
Kea / Tzia (Κέα)9,0044-510,8739
Kefallonia (Κεφαλλονιά)15,8825-317,8022
Kimolos (Κίμωλος)9,7642+19,8643
Kos (Κως)13,4031+611,3737
Koufonissia (Κουφονήσι)38,326039,356
Kythnos (Κύθνος)11,9635-614,8429
Leros (Λέρος)8,4046-29,2144
Lesvos (Λέσβος)1,8366+11,8767
Leucade (Λευκάδα)25,3711-130,1010
Limnos (Λήμνος)2,7261+12,8362
Lipsi (Λειψοί)10,8538011,3538
Meganisi (Μεγανήσι)11,9036-1116,5625
Milos (Μήλος)23,9813+124,6914
Mykonos (Μύκονος)145,3120158,292
Naxos (Νάξος)16,5723017,2023
Nisyros (Νίσυρος)6,6949-17,2748
Paros (Πάρος)35,208-139,077
Patmos (Πάτμος)37,827+137,758
Paxi (Παξοί)61,353076,623
Poros (Πόρος)23,5714-227,9112
Psara (Ψαρά)0,057400,0274
Pserimos (Ψέριμος)1,6068+21,4070
Rhodes (Ρόδος)17,8521+1412,2135
Salamine (Σαλαμίνα)1,996502,1865
Samos (Σάμος)5,1352+15,0453
Samothrace (Σαμοθράκη)1,7967-12,1466
Santorin (Θήρα / Σαντορίνη)177,2010166,281
Schinoussa (Σχοινούσα)10,2341-511,8436
Serifos (Σέριφος)13,4032-515,5527
Sifnos (Σίφνος)23,2015024,4015
Sikinos (Σίκινος)3,6854+43,8058
Skiathos (Σκιάθος)44,175-145,254
Skopelos (Σκόπελος)26,0310-128,2111
Skyros (Σκύρος)3,2859-34,0456
Spetses (Σπέτσες)19,8719-323,1316
Symi (Σύμη)16,0424+216,5426
Syros (Σύρος)20,4518+120,9219
Thasos (Θάσος)14,4430-616,6124
Tílos (Τήλος)3,4858-13,8957
Tinos (Τήνος)15,3927-618,9721
Zakynthos (Ζάκυνθος)24,8612-126,6013

Graphique : © Hellenica.fr — Sources : Booking.com, Airbnb, ELIME, Fraport, HCAA, recensement grec 2021
Consulter l'index: Version Française - English version

Une méthodologie quantifiable et objective

Une approche multi-sources, renouvelée chaque année.
L’Index de Pression Touristique des îles Grecques repose sur une formule qui croise plusieurs indicateurs complémentaires, tous issus de sources publiques officielles ou vérifiables.

Les données d’hébergement constituent la colonne vertébrale de l’index. Nous relevons chaque année, pour chacune des 74 îles, le nombre d’établissements ou de logements référencés sur les deux principaux sites de réservation en ligne : Booking.com et Airbnb. Elles reflètent l’offre d’hébergement disponible à la location (hôtels, chambres d’hôtes, appartements, maisons) et constituent le meilleur indicateur disponible de la capacité d’accueil réelle de chaque île.

Le trafic des croisières est intégré à l’index à partir des données officielles de l’Association des Ports Grecs (ELIME) qui recensent le nombre de passagers de croisière débarqués dans chaque port grec. La croisière représente un type de tourisme particulier : elle génère une pression très intense et très concentrée dans le temps (parfois plusieurs milliers de passagers débarquant simultanément dans un port), mais sans nuitée sur place. Les croisiéristes ne dorment pas sur l’île, ne mangent généralement pas dans les restaurants locaux, et mobilisent les infrastructures (plages, sites archéologiques, attractions…) pour quelques heures seulement, avant de rembarquer en fin d’après-midi. C’est un tourisme de flux pur, dont l’impact sur la qualité de vie des habitants et sur l’expérience des touristes séjournants est disproportionné par rapport à sa contribution économique locale.

Le trafic aérien est pris en compte comme indicateur structurel d’accessibilité. Plus une île dispose d’un aéroport important (en volume de passagers) plus elle est exposée à des flux touristiques de masse. Les données proviennent des rapports annuels de Fraport Greece (opérateur des 14 principaux aéroports régionaux, dont Rhodes, Corfou, Kos, Santorin, Mykonos) et de l’Autorité Grecque de l’Aviation Civile (HCAA).

La superficie et la population permanente de chaque île constituent le dénominateur de la formule. Elles permettent de relativiser les flux touristiques à la taille et à la capacité d’absorption réelle du territoire. Une île de 5 km² avec 400 habitants permanents ne peut pas être comparée à une île de 300 km² et 20 000 habitants.

Nous prenons en compte ces différents élements pour calculer un indicateur synthétique qui ne prétend pas capturer la complexité d’un phénomène aussi multidimensionnel que le surtourisme mais qui a le mérite de quantifier des réalités mesurables, de s’appuyer sur des sources publiques vérifiables, et de permettre une comparaison cohérente d’une année sur l’autre.
C’est cette dynamique qui importe : au-delà de la position absolue d’une île dans le classement une année donnée, c’est l’évolution de son score dans le temps qui renseigne le plus utilement sur la trajectoire de sa pression touristique.

Voyager mieux en Grèce

Cet index n’a pas vocation à vous dissuader de voyager en Grèce. Bien au contraire.
Le tourisme est un pilier économique fondamental pour les îles grecques. Il représente souvent la principale, parfois l’unique, source de revenus pour des populations qui, sans lui, n’auraient guère d’autres options que l’exil vers Athènes ou les grandes villes du continent. La philoxenia, cet art de l’accueil que les Grecs considèrent comme une valeur fondatrice de leur civilisation, n’est pas un argument marketing : c’est une réalité que tout voyageur qui s’éloigne un peu des sentiers battus rencontre..

Ce que cet index invite à faire, c’est à choisir avec plus d’intention. À ne pas aller à Santorin uniquement parce que c’est la destination grecque la plus instagrammée au monde. À découvrir Folegandros, Symi, Alonissos, Leros, Ikaria ou Karpathos, des îles qui ont préservé une qualité de vie grecque authentique, où les tavernes ne servent pas de menus traduits en sept langues, où les habitants ont encore le temps de vous expliquer comment trouver la meilleure plage du coin, où l’on entend le soir des chants et non seulement des platines.
Chaque voyageur qui choisit une île moins connue, et mieux qui le fait en basse saison ou en mi-saison, contribue à une répartition plus équitable d’une richesse touristique qui, concentrée sur quelques destinations, finit par les détruire. C’est cela, le voyage responsable : non pas renoncer à la Grèce, mais l’explorer autrement.

Merci de nous contactez  si vous souhaitez republier cet index afin que l’on vous communique les éléments.

  • Données d’hébergement Booking.com et Airbnb : relevé manuel effectué la semaine du 20 avril 2026
  • Trafic de croisière 2025 (ELIME) : Association des Ports Grecs (Ένωση Λιμένων Ελλάδος): communiqué de presse du 20 mars 2026 et tableau officiel des données port par port
  • Trafic aéroports 2025 (Fraport Greece) : communiqué annuel janvier 2026
  • Trafic aéroports 2025 (HCAA) : Autorité Hellénique de l’Aviation Civile, données annuelles janvier 2026
  • Données 2024 aéroports : Wikipedia : List of the busiest airports in Greece
  • Superficie des îles : Institut National de la Statistique Grec (ELSTAT)
  • Population 2021 : Recensement général de la population et des logements, ELSTAT 2021