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Psara, l'île héroïque et secrète accessible depuis Chios

Psara est une petite île du Nord-Égée de 40 kilomètres carrés, à environ 3 à 4 heures de bateau à l’ouest de Chios, dont elle dépend administrativement avec l’îlot voisin d’Antipsara. Ses quelque 420 habitants vivent presque tous dans l’unique village de l’île, bâti en amphithéâtre autour du port. Sans aéroport, avec un seul hôtel classé et une poignée de studios, Psara reste l’une des destinations les moins fréquentées de la mer Égée. Elle porte aussi une histoire immense pour sa taille : celle de l’Holocauste de 1824, qui l’a rayée de la carte pendant près d’un siècle. On y vient pour le silence, les plages désertes et cette mémoire à fleur de pierre.

Au sommaire

Le meilleur de Psara

Psara se résume à un seul village, Chora, blotti autour du port avec sa voisine immédiate Kato Gialos. Au sud, la péninsule de Palaiokastro et la Mavri Rachi (la « crête noire ») portent la mémoire de 1824. À l’ouest et au sud s’étirent les plages, les éoliennes de Lakka et le site mycénien d’Archontiki. Au nord, l’intérieur reste sauvage : maquis, chapelles isolées et le monastère de Kimisis Theotokou. Antipsara, inhabitée, se visite en excursion depuis le port.

Que voir et visiter à Psara ?

Depuis le port, Chora s’étire en amphithéâtre autour de la baie, maisons basses et toits de tuiles le long de ruelles pavées. La place centrale porte l’Iroon, le monument aux morts, et la maison natale de Konstantinos Kanaris, le plus célèbre des brûlots de la guerre d’indépendance, devenu plus tard ministre de la Marine puis Premier ministre grec. Au point le plus haut du village se dresse l’église Agios Nikolaos, bâtie entre 1785 et 1793 avec des marbres apportés de Malte et de Marseille par des habitants de Chios, détruite en 1824 puis reconstruite en 1863 par les Psariotes revenus sur leur île : Kanaris lui même serait venu y prier avant de partir incendier un navire ottoman. Juste à côté, le bâtiment qui abritait la Voulí (l’ancien Parlement des Psariotes, construit en 1801) est aujourd’hui protégé par le ministère grec de la Culture et reconverti en hôtel. Non loin de là, le Konaki et les bustes de Ioannis Varvakis, Konstantinos Nikodimos, Dimitrios Papanikolis et Nikolaos Apostolis rappellent que Psara a donné à la Grèce plusieurs autres figures de la lutte pour l’indépendance, moins connues que Kanaris mais tout aussi vénérées sur l’île. À la sortie du port vers Katsouni, les Spitalia, un ancien lazaret du XVIIIe siècle où les marins patientaient en quarantaine avant de rentrer chez eux, sont devenues une taverne appréciée pour son cadre.

Au sud du port, un sentier pavé grimpe vers Palaiokastro, la péninsule que l’on appelle plus souvent Mavri Rachi. C’est là que se joua, en juin 1824, la dernière résistance des Psariotes face à la flotte ottomane : les insurgés firent sauter leur poudrière plutôt que de se rendre, un épisode que le poète Dionysios Solomos a immortalisé dans une épigramme que tout écolier grec apprend. Un mémorial sobre et un vieux moulin blanc dominent aujourd’hui le site, avec une vue qui porte jusqu’à la haute mer. J’y suis resté un long moment sans croiser personne, à écouter simplement le vent : c’est un lieu pour marcher lentement, au petit matin ou au coucher du soleil.

Organiser votre voyage: où dormir à Psara ?

Vers l’ouest, la route longe Kato Gialos puis Lakka, où quelques éoliennes profitent des vents soutenus de l’île pour alimenter Psara en électricité. Sur la côte sud ouest, à Archontiki, un site mycénien mis au jour dans les années 1960 a révélé un habitat et une nécropole de 163 tombes, dont un rare tombeau à tholos pour cette partie de la mer Égée ; une partie du site s’enfonce aujourd’hui dans la mer. La visite, modeste mais réelle, se fait pour un droit d’entrée symbolique.

Le nord et l’intérieur de l’île restent les plus sauvages, couverts de phrygana (le maquis bas typique des îles égéennes) et parsemés de plus de cinquante petites chapelles. Une route pavée y mène au monastère de Kimisis Theotokou (la Dormition de la Vierge), fondé en 1780 derrière le mont Profitis Ilias (534 m) sur le modèle des monastères du Mont Athos. Pillé en 1824, il abrite une riche bibliothèque de livres liturgiques imprimés à Moscou et à Venise ; son icône historique, sauvée du désastre et attribuée par la tradition au Greco, se trouve aujourd’hui à Ermoupoli, sur Syros. Inhabité depuis les années 1970, le monastère ne s’anime qu’une fois par an, début août. Plus au nord, Xerokampos marque la limite d’une zone protégée du réseau Natura 2000, qui englobe aussi l’îlot inhabité d’Antipsara, à deux kilomètres et demi au large : on s’y rend en excursion en caïque depuis le port pour ses plages désertes, notamment celle de Psili Ammos.

Peut on faire de la randonnée à Psara ?

Psara n’a pas encore de réseau de sentiers balisés comparable à celui des grandes îles voisines, mais un projet doit créer, dans les prochaines années, neuf itinéraires reprenant d’anciens chemins agricoles et pastoraux liés à l’histoire de l’île. En attendant, trois parcours informels sont déjà bien identifiés localement : le sentier pavé qui grimpe du port à Palaiokastro et à la Mavri Rachi (une demi heure aller retour, accessible à tous), la route qui traverse l’intérieur jusqu’au monastère de Kimisis Theotokou, et le chemin qui rejoint Xerokampos, au nord, à travers le maquis de phrygana.

Cette zone nord, qui englobe aussi l’îlot d’Antipsara et plusieurs îlots satellites (Daskalio, Mastrogiorgi, Prasonisi), est classée en zone de protection spéciale du réseau Natura 2000 pour son intérêt ornithologique ; une partie du littoral ouest de Psara constitue également un refuge de faune sauvage, où la chasse et la cueillette de la flore sont interdites. Pour en savoir plus sur ce type d’espaces à travers la Grèce, consultez notre guide des zones Natura 2000. Sans voiture ni scooter à louer sur place, la marche et le vélo électrique municipal restent les meilleurs moyens d’explorer ces recoins.

Quelles plages choisir à Psara ?

Psara compterait une trentaine de criques et plages, la plupart accessibles seulement par la mer, mais les quelques-unes se rejoignent à pied ou en voiture depuis Chora. À l’est du port, Katsouni (parfois appelée Spitalia) est une longue plage de sable facile d’accès, prisée des familles pour ses eaux peu profondes. Un peu plus loin, Agia Kyriaki, encadrée de rochers gris, offre des eaux bleu turquoise et un petit récif propice au snorkeling. Plus au sud, Lazareta déroule un sable fin devant lequel les voiliers viennent mouiller, avec une buvette de saison et quelques parasols. À environ vingt cinq minutes de marche du port, Limnos est la plus grande plage de l’île, de galets, nichée dans une baie qui la protège des vents du nord, mais sans aucun aménagement.

À l’ouest, Kato Gialos est une plage de galets à deux pas du village, agréable pour un coucher de soleil face à la Mavri Rachi. Lakka elle même, très photogénique, prend le vent de plein fouet : les baignades y sont parfois agitées. Un peu plus loin, Archontiki et Fteliou combinent sable et galets près du site archéologique, avec des fonds intéressants pour la plongée en apnée. Sur la côte sud, Fanari, la plage la plus méridionale de l’île, se mérite par une piste carrossable mais reste l’une des plus spectaculaires, avec ses galets fins et ses rochers noirs. Pour les plages les plus isolées de la côte est, inaccessibles à pied, il faut louer un caïque au port. Enfin, sur l’îlot d’Antipsara, à une demi heure de bateau, la plage de Psili Ammos compte parmi les plus belles du secteur, dans un paysage sec où aigles et pigeons sauvages ont repris possession des lieux.

  • Plages et activités sportives - 5/10
    5/10
  • Patrimoine historique et culturel - 7.5/10
    7.5/10
  • Villages et arrière pays - 6.5/10
    6.5/10
  • Authenticité - 8/10
    8/10
6.8/10
Quelques liens pour aller plus loin
  • Superficie : 40 km² (45 km de littoral)
  • Point culminant : mont Profitis Ilias, 534 m
  • Population : environ 420 habitants (recensement 2021)
  • Port principal : Psara (Chora), unique village de l’île
  • Aéroport le plus proche : Chios (JKH)

Comparez les îles avec notre indicateur touristique des iles grecques

  • Dernier dimanche de juin : fête de Psara, trois jours de festivités populaires, Chora.
  • 22 juin : commémoration officielle de l’Holocauste de Psara, Mavri Rachi et Chora.
  • Fin juin (événement récent) : Psara Sports Festival, quatre jours d’activités sportives et culturelles, Chora.
  • 4 août (veille du 5) : pèlerinage et procession de l’icône, monastère de Kimisis Theotokou.
  • Août : fêtes populaires organisées par l’Association des Psariotes (volley, football, courses), Chora.

Les autres destinations pour :

La carte de Psara

Comment venir à Psara et s’y déplacer ?

Psara n’a pas d’aéroport ; le plus proche est celui de Chios (JKH), à environ 50 minutes de vol d’Athènes, puis 3 à 4 heures de ferry supplémentaires jusqu’à Psara, en liaison directe ou via Volissos selon les jours. Depuis Le Pirée, comptez environ 7 heures de traversée, avec seulement deux départs par semaine ; des liaisons existent aussi avec Lesvos et l’îlot voisin d’Oinousses. Consultez notre guide des billets de ferry en Grèce pour organiser la traversée.

Sur place, il n’existe ni bus ni location de voiture ou de scooter : les distances se parcourent à pied ou, pour les zones plus éloignées, en vélo électrique grâce au service municipal de vélos en libre service installé sur la place du village. Le nombre de logements est très limité sur l’île : mieux vaut réserver longtemps à l’avance, surtout en juillet et en août.

→ Conseils pour la réservation des ferries

Prochaine(s) traversée(s)

Que goûter à Psara ?

La gastronomie de Psara reflète son climat sec et son passé de marins pêcheurs. Le miel de thym (thymarisio meli, μέλι θυμαρίσιο) de l’île, récolté une seule fois par an fin août sur des collines couvertes de thym (θυμάρι), est réputé dans tout le Nord-Égée ; il ne bénéficie toutefois d’aucune appellation AOP ou IGP, contrairement au mastic du voisin de Chios. La mer fournit poissons et langoustes en abondance, à commander en astakomakaronada (αστακομακαρονάδα), les pâtes longues à la langouste, ou grillée avec de la sauce à l’ail. Sur terre, le chevreau rôti au four, katsikaki (κατσικάκι), nourri en liberté sur les collines arides, est devenu le plat emblématique de l’île, tout comme les koufota (κουφωτά), des pâtes fraîches faites main servies avec une sauce tomate d’été. Les fromages locaux, souvent du touloumotyri (τουλουμοτύρι) au lait de chèvre, entrent dans l’anevato boureki (ανεβατό μπουρέκι) et la tyropita torsadée à la façon de Psara. Pour les grandes occasions, on sert le glyko tou gamou (γλυκό του γάμου), littéralement « le doux du mariage », un dessert traditionnel à base de sucre et d’amandes.

    • Le mémorial de l’Holocauste sur la Mavri Rachi, au coucher du soleil, pour comprendre en un lieu toute l’histoire tragique de 1824.
    • L’église Agios Nikolaos et ses 60 marches, où Konstantinos Kanaris aurait prié avant de partir incendier un navire ottoman.
    • Le site mycénien d’Archontiki, modeste mais authentique, avec sa nécropole de 163 tombes, en partie engloutie aujourd’hui par la mer.
    • Une excursion en caïque vers Antipsara, pour la plage sauvage de Psili Ammos et un sentiment d’isolement total.
    • Le monastère de Kimisis Theotokou, isolé et inhabité toute l’année, qui ne s’anime vraiment que pour le grand pèlerinage du 5 août.
    • Une astakomakaronada dans une taverne du port : langouste locale et pâtes longues mijotées, la spécialité culinaire incontournable de toute l’île.
    • Le miel de thym récolté fin août sur les collines de l’île, l’un des plus réputés du Nord-Égée.
    • Les Spitalia, l’ancien lazaret du XVIIIe siècle devenu taverne, pour dîner face au port au coucher du soleil.
    • Le vieux moulin blanc et la vue depuis Palaiokastro, qui porte jusqu’à Chios et à la haute mer.

Où dormir à Psara ? Les adresses disponibles sur l’île

Psara n’a qu’un seul lieu de vie, Chora et sa voisine immédiate Kato Gialos, à quelques minutes à pied l’une de l’autre. La question n’est donc pas où s’installer, mais quel type d’adresse choisir parmi une offre particulièrement  restreinte.

J’ai sélectionné quelques endroits pour leur situation ou le confort qu’ils offrent et qui sont, de mon point de vue, ceux qui offrent la meilleure expérience.

Dans Chora, près de l’église Agios Nikolaos : Hôtel 1801, l’ancien Parlement des Psariotes (1801), bâtiment classé par le ministère de la Culture, rénové en boutique hôtel vintage avec bar sur le balcon égéen. Gamme intermédiaire. C’est la où nous nous étions installés.

À Kato Gialos, à une minute de la plage : Kato Gialos Hotel, chambres et appartements avec cuisine et vue mer, ouvert de juin à septembre seulement. Gamme abordable à intermédiaire. Egalement à Kato Gialos : Psara Studios, à l’arrière du village, studios spacieux avec kitchenette et petit jardin planté de palmiers, ouvert de mai à septembre. Gamme abordable.

Il n’existe ni camping ni établissement haut de gamme sur l’île à ce jour. Le nombre de logements reste très limité et plusieurs adresses ferment hors saison : réservez tôt, en particulier pour un séjour en juillet ou en août.


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