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Thassos, l'île boisée que les Grecs du nord gardent pour eux

Thassos (parfois écrit Thasos) se trouve dans le nord-est de la mer Égée, à moins de dix kilomètres des côtes de Macédoine orientale, reliée au continent par les ports de Kavala et de Keramoti. La mythologie en fait la terre où Thassos, fils d’Agénor, s’installa en cherchant sa sœur Europe, enlevée par Zeus. Dans l’Antiquité, l’île prospéra grâce à ses mines d’or et à son marbre blanc, exporté jusqu’en mer Noire. Couverte de pins, de platanes et de châtaigniers jusqu’au sommet de ses montagnes, Thassos vit d’un tourisme de proximité mais très organisé : les Grecs du nord et les voyageurs des Balkans y viennent en nombre l’été, quand les grandes plages accessibles se couvrent de rangées de transats et de parasols, tandis que l’intérieur montagneux garde un rythme tranquille.

Au sommaire

Le meilleur de Thassos

Pour faciliter le repérage, je distingue cinq zones. Au nord, Limenas, la capitale et son port, concentre vestiges antiques et vie urbaine. La côte est, jusqu’à Aliki, aligne les plages les plus fréquentées et les villages de Panagia et Potamia. La région sud, autour de Potos et Limenaria, mêle stations balnéaires et criques sauvages vers Astris. La côte ouest, entre Limenaria et Limenas, reste la plus venteuse et la moins visitée : ce sont d’anciens ports de mineurs, aujourd’hui simples haltes de passage. L’intérieur montagneux, autour du mont Ypsario, cache les villages les plus authentiques de l’île.

Limenas, la capitale antique

Malgré une circulation parfois dense l’été, Limenas (parfois signalée sous le nom de Limin) reste agréable grâce à son petit port de pêche et aux vestiges de la cité antique, prospère grâce au marbre et aux mines d’or exploitées dans les collines voisines. Le musée archéologique, l’un des plus riches de Macédoine orientale et de Thrace, réunit dans ses dix-huit salles environ 1 700 objets couvrant sept siècles avant notre ère jusqu’au VIIe siècle de notre ère : un kouros de plus de trois mètres portant un bélier sur les épaules, et la plus ancienne législation connue sur le vin et sa distribution, gravée vers 450 avant notre ère. L’agora antique, en accès libre et surtout agréable au coucher du soleil, conserve deux stoas romaines, les propylées et le tombeau de Glaukos, du VIIe siècle avant notre ère. Un sentier grimpe du temple de Dionysos vers le théâtre hellénistique, en cours de restauration et toujours en usage l’été pour le festival culturel de l’île, puis vers l’acropole, son fort génois et la petite chapelle des Saints-Apôtres posée sur la roche : une boucle d’environ une heure, très correcte au lever ou au coucher du jour.

La côte est, jusqu’à Aliki

Panagia, gros bourg de montagne bâti à 300 mètres d’altitude autour de platanes et de fontaines, fut un temps capitale de l’île sous les Ottomans : ses maisons blanches à toit de schiste et balcons de bois en font l’un des villages les plus photographiés de Thassos. Potamia, plus bas dans la vallée, abrite le musée Polygnotos Vagis, consacré au sculpteur né au village et installé au service de l’État grec malgré son émigration aux États-Unis, et sert de point de départ vers le sommet de l’Ypsario. Sur la côte, Skala Potamias et sa voisine Chryssi Ammoudia (Golden Beach) forment la station balnéaire la plus organisée de Thassos : hôtels, écoles de sports nautiques et public jeune s’y concentrent, et c’est aussi le secteur qui absorbe l’essentiel de la pression touristique de l’île en juillet-août. Thassos reste globalement épargnée, au 30e rang de notre Index du Surtourisme sur 74 îles : le problème ici n’est pas le nombre de visiteurs, c’est la privatisation du rivage. La plupart des grandes plages de l’île sont concédées à des exploitants de transats et de parasols, au point que l’île figure parmi les zones citées sur la carte nationale des signalements MyCoast pour occupation abusive du littoral. Les Grecs du nord eux-mêmes évitent Golden Beach entre le 15 juillet et le 15 août. Pour la même ambiance de plage sans la densité, mieux vaut viser Kinyra, plus au sud, dont les deux plages de sable et de galets ne sont pas organisées et restent nettement plus calmes, ou remonter vers les criques de la côte ouest. Le hameau d’Aliki ferme la zone : ses maisons blanches à toit de schiste sont protégées de toute construction moderne par la présence d’un temple antique à une divinité non identifiée et de deux basiliques paléochrétiennes sur le cap, vestiges de l’ancienne carrière de marbre.

La région sud, entre Aliki et Limenaria

Sur la côte sud, Potos est la principale destination balnéaire germanophone de l’île : un centre dense, sans grand caractère architectural, mais avec une vraie offre de restauration. Pefkari, juste à côté, sous sa pinède qui lui a donné son nom, garde davantage d’authenticité et convainc surtout les familles. Limenaria, deuxième ville de l’île, a été bâtie autour de 1900 pour loger les cadres allemands d’une société minière : le Palataki, ancien siège administratif à tourelles, en reste le témoin le plus marquant, et la ville, plus peuplée à l’année, offre une cuisine plus locale que les stations voisines. Vers Astris, la piscine naturelle de Gkiola, environ vingt mètres sur quinze, creusée dans les rochers par les vagues au fil des siècles, est devenue l’un des sites les plus photographiés de Grèce du nord : le chemin d’accès est court mais accidenté, et la roche se couvre de monde en plein cœur de saison, au point qu’il faut parfois patienter pour trouver une place au bord de l’eau.

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La côte ouest, la moins fréquentée

Entre Limenaria et Limenas, la côte ouest égrène d’anciens ports miniers, les skales de Marion, Kalirrahis, Sotiros et Prinou, plus venteux et moins pittoresques que le reste de l’île selon les guides anglo-saxons eux-mêmes. C’est justement ce qui en fait une alternative pour qui cherche du calme : Skala Marion garde un charme de village de pêcheurs, avec ses barques tirées sur le sable et deux belles plages de part et d’autre du village. Plus au nord, la plage de Pahys, près de Skala Rahoniou, ombragée par les pins jusqu’au sable, compte parmi les plus belles du nord-ouest sans jamais être bondée.

L’intérieur montagneux

Theologos, fondée au XVIe siècle par des réfugiés de Constantinople, fut la capitale de l’île sous domination ottomane : ses hautes maisons à cheminées imposantes et toits de schiste s’étirent le long d’une unique rue commerçante, où un musée du folklore et des tavernes de grillades réputées dans toute l’île méritent la halte. Kastro, ancien refuge anti-piraterie perché sur un piton rocheux fortifié par Byzantins puis Génois, fut abandonné au XIXe siècle au profit des mines de Limenaria et n’est aujourd’hui réoccupé qu’en été par quelques bergers ; un sentier y mène vers la cascade des Saints-Apôtres. Sotiras, à 3,5 kilomètres de Skala Sotiros, est le seul village de l’intérieur à profiter d’un coucher de soleil dégagé sur l’Égée, ce qui a poussé plusieurs étrangers à y racheter et restaurer des maisons. Les hameaux jumeaux de Megalo et Mikro Kazaviti (aujourd’hui Prinos), ombragés de platanes centenaires sur leur place principale, et Maries, village verdoyant près de l’unique lac artificiel de l’île, complètent cette Thassos de l’arrière-pays, largement délaissée par les visiteurs pressés.

Où randonner sur l’île de Thassos ?

Couverte de forêts de pins, de platanes et de châtaigniers jusqu’aux sommets, Thassos compte des centaines de kilomètres de sentiers et de pistes forestières, agréables aussi bien à pied qu’en deux-roues tout-terrain, mais leur signalisation reste inégale : parfois uniquement en grec, parfois absente, parfois au contraire si dense qu’elle finit par gêner. La carte au 1:35 000 éditée par TERRAIN reste la référence pour s’y retrouver, disponible en boutique sur l’île et à Athènes, ou en version numérique via l’application Avenza Maps.

L’ascension classique relie Potamia au sommet de l’Ypsario (1 206 mètres, point culminant de l’île) : 6,1 kilomètres et environ quatre heures de montée exigeante, avec un refuge du club alpin de Thassos non loin du sommet et des points d’eau potable dans le ravin, avant de rejoindre le col entre les sommets Spitoudia (1 048 m) et Ypsario. Des bâtons de randonnée sont recommandés pour la descente. Un peu plus au sud, le même point de départ mène au Profitis Ilias (1 109 m), en trois heures, sur un terrain érodé et exposé au soleil. Beaucoup plus accessible, le vieux chemin pavé qui reliait autrefois Potamia à Panagia, avant la construction de la route actuelle, se parcourt en cinquante minutes à travers la pinède. Pour une traversée complète, la liaison Lefki-Theologos (11 km, environ sept heures), qui passe par le hameau des Kagkelia et ses trente-deux lacets pavés, est considérée comme l’une des plus belles de l’île. Autour de Kinyra, une boucle de 13 kilomètres par le ravin de Mavros Lakkos et le carrefour forestier d’Agia Kyriaki prend environ cinq heures de marche facile en forêt.

Le mont Ypsario et sa zone côtière, ainsi que les îlots de Kinyra et Xironisi, sont classés au réseau Natura 2000 au titre de la directive Oiseaux, sur près de 17 600 hectares.

Quelles plages choisir à Thassos ?

Près de Limenas, la baie de Makryammos offre une première option de baignade organisée à quelques minutes à pied du centre. Sur la côte est, Saliara, à sept kilomètres de la capitale, doit son nom à son galet blanc très fin, contrastant avec une eau turquoise ; on y accède par une piste carrossable depuis Makryammos, ou par les caïques qui partent chaque jour du port de Limenas. Juste à côté, Vathy garde ses pins penchés jusqu’à l’eau, sur la même route. Chryssi Ammoudia (Golden Beach), la plus vaste de l’île à douze kilomètres de la capitale, concentre location de matériel, écoles de windsurf et de jet-ski : parfaite pour les familles cherchant des eaux peu profondes, mais la plus fréquentée en été. Plus au sud, la plage Paradisos, près de Kinyra, compte parmi les plus belles de l’île pour son sable fin, sa végétation dense et son eau cristalline, mais elle disparaît en saison sous des rangées de transats installées d’un bout à l’autre du sable ; un espace naturiste subsiste à ses extrémités rocheuses.

Dans la région sud, Aliki offre deux baies : la baie ouest, sable et galets, se remplit vite en saison, tandis que la crique est, plus rocheuse, reste tranquille et permet de plonger près des affleurements de marbre. Livadi, dominée par le monastère de l’Archange Michel, et sa voisine Arsanas, alimentée par deux sources d’eau douce qui rafraîchissent la baignade, restent parmi les plus sauvages de l’île, accessibles à la nage, à pied ou en bateau depuis Livadi. Pefkari, ombragée par sa pinède, convient bien aux familles, et Kekes (ou Skidia), crique rocheuse près d’Aliki, cache une petite anse de sable presque privée au fond du golfe. Psili Ammos, à cinq kilomètres de Potos, est l’exemple type de la plage organisée de Thassos : belle étendue de sable clair encadrée de dunes et de tamaris, sports nautiques, parking aménagé, mais une affluence telle en haute saison qu’il faut arriver tôt pour espérer un transat libre. La partie est du sable reste libre d’aménagements. Plus à l’est encore, la plage de Salonikios, après Astris, attire un public jeune pour son coucher de soleil et sa cantine animée.

Sur la côte ouest, Trypiti, longue plage de huit cents mètres près de Limenaria, souffre du même travers : ses rangs serrés de parasols et de transats de location gâchent une belle étendue de sable. Le naturisme est toléré à son extrémité, où un étroit tunnel percé dans le cap mène à un minuscule mouillage. Pahys, à Skala Rahoniou, reste l’une des plus belles étendues de sable du nord-ouest, ombragée par la pinède presque jusqu’à l’eau et bien moins fréquentée que les plages de l’est. Entre les deux, les baies de Skala Marion offrent une alternative plus confidentielle, fréquentée surtout par les habitants du village voisin.

  • Plages et activités sportives - 7/10
    7/10
  • Patrimoine historique et culturel - 5/10
    5/10
  • Villages et arrière pays - 6/10
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  • Authenticité - 6.5/10
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Quelques liens pour aller plus loin
  • Superficie : environ 379 km²
  • Point culminant : mont Ypsario, 1 206 m
  • Environ 13 104 habitants (recensement 2021)
  • Port principal : Limenas (liaison Keramoti) ; port secondaire : Skala Prinou (liaison Kavala)
  • Aéroport le plus proche : Kavala, Megas Alexandros (KVA), sur le continent

Comparez les îles avec notre indicateur touristique des iles grecques

  • 15 août : fête de la Panagia Pantavlepousa, grand panigyri autour de l’icône de la Dormition de la Vierge, à Panagia.
  • Été (dates variables) : festival culturel de Thassos, au théâtre antique de Limenas et sur d’autres scènes de l’île, avec des programmations allant du théâtre à la comédie.
  • Carnaval (Apokries, dates variables selon le calendrier orthodoxe) : carnaval populaire animé à Potamia.

Les autres destinations pour :

La carte de Thassos

Comment venir à Thassos et s’y déplacer ?

Thassos n’a pas d’aéroport : le plus proche est celui de Kavala, Megas Alexandros (KVA), sur le continent, à une quinzaine de minutes du port de Keramoti. L’île se rejoint en ferry depuis deux ports continentaux : Keramoti, la traversée la plus courte (environ 40 minutes) vers Limenas, avec des rotations fréquentes toute l’année et jusqu’à un départ toutes les 30 minutes en haute saison ; et Kavala, vers Skala Prinou, sur la côte ouest (environ 1h15 à 1h30), avec 4 à 5 départs quotidiens. Quatre compagnies se partagent ces deux lignes. Sur l’île, le réseau de bus KTEL relie Limenas aux principaux villages et plages, avec des fréquences correctes en saison. Louer une voiture ou un deux-roues reste toutefois la meilleure option pour explorer l’intérieur et les plages les moins accessibles : la route côtière fait le tour complet de l’île en une centaine de kilomètres, praticable en une journée, mais l’île mérite largement plus de temps.

→ Conseils pour la réservation des ferries

Prochaine(s) traversée(s)

Que manger à Thassos : produits locaux et spécialités

Depuis près de six mille ans, l’olivier structure l’économie de Thassos. La throumba de Thassos (θρούμπα Θάσου), variété d’olive noire qui se ride et perd naturellement son amertume sur l’arbre grâce à un champignon local avant d’être salée à sec en couches de gros sel, bénéficie d’une AOP réservée à l’île. On la trouve sur toutes les tables de mezze, accompagnée de tsipouro ou d’ouzo. Le musée de l’Olive et de l’Huile d’Olive retrace cette histoire à travers plus de quarante variétés d’oliviers plantées sur son terrain et une salle de projection ; des jarres de stockage mises au jour lors de fouilles y sont également exposées.

Ici c’est le tsipouro plutôt que l’ouzo qui domine, souvent aromatisé à la poire, à l’oignon, à la cannelle ou à l’anis selon les distillateurs locaux. Le vin bénéficie lui aussi d’une IGP « Thassos », enregistrée en 2011 et portée par quelques domaines de taille modeste autour de Limenas. Le miel, les noix et les fruits confits comptent également parmi les productions traditionnelles de l’île, aux côtés d’une viande de chèvre et d’agneau que l’on retrouve rôtie à la broche dans les tavernes de Theologos, réputées dans toute l’île pour leurs grillades : c’est là que se mangent le cochon de lait, le kokoretsi et le kontosouvli, plutôt qu’en bord de mer. Le marbre blanc et le bois restent par ailleurs, avec l’olive, les piliers économiques de l’île, ce qui explique que l’agriculture thasienne ait mieux résisté qu’ailleurs à la monoculture touristique.

    • Le kouros de plus de trois mètres et la loi antique sur le vin, au musée archéologique de Limenas, l’un des plus riches du nord de la Grèce.
    • L’agora antique et le théâtre hellénistique de Limenas, en fin de journée, avec vue sur le détroit qui sépare l’île du continent.
    • La montée à l’acropole de Limenas jusqu’à la chapelle des Saints-Apôtres, posée sur la roche au-dessus de la ville.
    • Le village de Panagia, ses fontaines et ses maisons à balcons de bois sur les pentes de l’Ypsario, à 300 mètres d’altitude.
    • Le musée Polygnotos Vagis à Potamia, consacré au sculpteur né dans le village malgré son émigration aux États-Unis.
    • Le village de Theologos, ancienne capitale ottomane de l’île, son musée du folklore et ses tavernes de grillades.
    • Le monastère de l’Archange Michel, accroché à la falaise au-dessus de Livadi, fondé au XIIe siècle près d’une source.
    • Une dégustation de throumba de Thassos (θρούμπα Θάσου), l’olive noire AOP de l’île, accompagnée d’un verre de tsipouro local aromatisé.
    • Le temple antique et l’ancienne carrière de marbre d’Aliki, sur un cap resté protégé de toute construction moderne depuis l’Antiquité.
    • L’ascension de l’Ypsario depuis Potamia, pour la vue la plus large sur l’île entière et l’Égée du nord.
    • Le hameau abandonné de Kastro, accessible par une piste difficile, ancien refuge anti-pirates fortifié par les Byzantins puis les Génois.
    • La piscine naturelle de Gkiola, tôt le matin ou en fin de saison pour éviter l’affluence estivale sur les rochers.