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Spetses, la très chic île sans voitures au riche passé historique

Spetses est la plus méridionale des îles du golfe Saronique, à moins de 3 km de la péninsule de l’Argolide, sur la côte du Péloponnèse. Dans l’Antiquité, on l’appelait Pityoussa, l’île aux pins. Les marins vénitiens la surnommaient isola di spezie, l’île des parfums, d’où son nom actuel. Peu d’îles grecques sont aussi marquées par un seul épisode de leur histoire : Spetses fut, avec Hydra et Psara, l’un des trois foyers de la flotte qui a fait basculer la guerre d’indépendance de 1821, et sa figure la plus célèbre, l’amirale Laskarina Bouboulina, reste omniprésente dans les rues de la ville. Aujourd’hui, l’île est très courue en juillet et en août par les Athéniens du week-end, mais l’absence quasi totale de voitures particulières lui évite le pire du surtourisme des ports les plus proches d’Athènes.

Au sommaire

Le meilleur de Spetses

Spetses est une petite île de 22,5 km², entièrement ceinturée par une unique route périphérique d’environ 28 km. Elle ne compte qu’une seule agglomération, la ville de Spetses, qui s’étire sur toute la façade nord-est : Dapia au centre, autour du port principal et de ses commerces ; Kounoupitsa à l’ouest, plus résidentielle et tranquille ; et le Vieux Port (Palio Limani), à l’est, foyer historique des chantiers navals et de la vie nocturne. Le reste de l’île, boisé de pins d’Alep jusqu’à la crête du Profitis Ilias, est presque entièrement inhabité : on n’y accède qu’à pied, à vélo, en scooter ou par la route en ceinture.

Dapia, le port et ses demeures d’armateurs

Les bateaux accostent au cœur de la ville, à la Dapia (littéralement « le bastion »), reconnaissable à ses canons d’époque et à la statue en bronze de Bouboulina, œuvre de la sculptrice Natalia Mela installée en 1985. Sur la place s’élève le Poseidonion Grand Hotel, le monument le plus emblématique de l’île : inspiré des palaces de la Côte d’Azur comme le Carlton de Cannes, il fut construit par l’architecte Panagiotis Zizilas pour le bienfaiteur spetsiote Sotirios Anargyros, qui avait fait fortune dans le tabac aux États-Unis. Inauguré en 1914 en présence d’Eleftherios Venizelos, il a accueilli l’aristocratie athénienne et une partie de la jet-set européenne avant d’être restauré et rouvert en 2009. Non loin, le manoir néoclassique de Sotirios Anargyros, surnommé Neith en référence à une divinité égyptienne, imite volontairement un temple d’Égypte antique, sphinx compris : il a servi de mairie pendant l’Occupation. Derrière la Dapia s’étend le quartier de Kastelli, le noyau villageois d’avant la Révolution, bâti à l’écart de la mer pour se protéger des pirates, où subsistent plusieurs petites églises byzantines.

C’est à la Dapia que se concentre l’essentiel de l’affluence estivale : en juillet et en août, les hydroglisseurs venus du Pirée et de Porto Heli y déversent chaque jour des flots de visiteurs à la journée, et les cafés du front de mer prennent des allures de terminal. Pour retrouver un peu de calme, mieux vaut remonter vers les ruelles de Kastelli ou visiter Spetses hors saison, au printemps ou en septembre : l’Index du Surtourisme d’Hellenica classe régulièrement les îles du Saronique parmi les plus fréquentées de Grèce rapportées à leur taille.

Musées et mémoire de la Révolution

À deux pas de la Dapia, la maison de Bouboulina se visite uniquement en visite guidée d’une trentaine de minutes : on y découvre le plafond florentin en bois de la salle principale, vieux de 300 ans, le coffre-fort de son navire l’Agamemnon et le récit de la vie de cette veuve devenue commandante de sa propre flotte, seule femme à avoir reçu, à titre posthume, le grade d’amirale, décerné non par la Grèce mais par la Russie. Un peu plus loin, le musée de Spetses occupe le manoir de Hatziyannis Mexis, bâti entre 1795 et 1798 par des artisans d’inspiration italienne : collections archéologiques et folkloriques, objets provenant de l’épave préhellénique d’Iria datée d’environ 1200 avant notre ère, figures de proue des caïques révolutionnaires et, dans une salle discrète, les ossements de Bouboulina elle-même.

Agios Mamas et l’église Agios Nikolaos

Vers l’est, la petite plage d’Agios Mamas précède l’église métropolitaine Agios Nikolaos, dont le campanile de 10 mètres (16 avec sa base) fut érigé en 1805 par des artisans venus de Tinos, dans le marbre de leur île. C’est sur son parvis pavé de galets que les notables et habitants de Spetses se sont rassemblés le 3 avril 1821 pour la doxologie qui a béni le soulèvement contre les Ottomans, quelques jours avant Hydra.

Organiser votre voyage: où dormir à Spetses

Le Vieux Port et les chantiers navals de Baltiza

La promenade la plus agréable de la ville relie la Dapia au Vieux Port en longeant la côte pendant environ deux kilomètres, en passant devant de nombreux arhontika, les demeures cossues des anciens capitaines. Le Vieux Port concentre aujourd’hui les meilleures tables et la vie nocturne de l’île, autour du mouillage des voiliers privés. À son extrémité, le quartier des tarsanades de Baltiza a vu naître, au 19e siècle, une bonne partie de la flotte marchande spetsiote : en 1868, l’île comptait le deuxième plus grand nombre de chantiers navals de Grèce après Syros. On n’y construit plus de coques en bois, mais un collectif de charpentiers de marine perpétue depuis 2012 ce savoir-faire. Un sentier mène de là au phare de Spetses, bâti en 1831 et allumé en 1837, l’un des deux plus anciens du réseau grec avec celui de Kea.

Kounoupitsa et l’École Anargyrios-Korgialenios

À l’ouest de la Dapia, Kounoupitsa concentre l’essentiel de l’hébergement le plus abordable et de petites plages, avec ses tavernes les pieds dans l’eau. Sur la presqu’île voisine se déploie, sur environ 100 hectares de pinède, l’École Anargyrios-Korgialenios (AKSS), fondée par Sotirios Anargyros et en activité comme pensionnat de 1928 à 1983. C’est là qu’a enseigné, au début des années 1950, l’écrivain britannique John Fowles, qui a transposé Spetses, à peine déguisée, dans son roman culte The Magus. La fondation qui gère aujourd’hui le domaine y organise conférences, spectacles et concerts.

L’arrière-pays et la crête du Profitis Ilias

Passé les faubourgs, Spetses redevient une île quasiment vierge : pins d’Alep plantés à grande échelle dans les années 1930 sous l’impulsion de Sotirios Anargyros, reconstitués après plusieurs incendies au cours des vingt-cinq dernières années, et sillonnés par un réseau dense de sentiers. La route périphérique suit la courbe de niveau des 50 mètres et ne dessert que de courtes bretelles vers les plages. Au centre du relief, le Profitis Ilias culmine à 245 mètres et domine une crête où s’égrainent, du nord au sud, les chapelles de Panagia Daskalaki, Panagia Mirtidiotissa, sur l’ancien domaine de Ktima Hara, et Panagia Elona, particulièrement photogéniques au coucher du soleil. Au large de la côte sud, l’îlot de Spetsopoula, propriété privée des héritiers de l’armateur Stavros Niarchos, se contemple depuis le rivage mais ne se visite pas.

Peut-on randonner à Spetses ?

Malgré sa petite taille, Spetses cache un vrai réseau de randonnée. Sous l’appellation Sentiers Culturels Grecs, le réseau officiel recensé par la municipalité totalise 19 itinéraires pour environ 65 km de sentiers, la plupart praticables sans équipement particulier. Les départs se trouvent soit dans la ville de Spetses, soit le long de la route périphérique, et la majorité des tracés convergent vers quatre points clés de la crête centrale : le domaine de Ktima Hara, le carrefour de la Synantisi Kynigon (le « rendez-vous des chasseurs »), le sommet du Profitis Ilias et celui de Rigani. Ces itinéraires peuvent se combiner pour former de longues boucles ou des traversées complètes de l’île, notamment entre le port et la baie de Zogeria, sur près de 20 km aller-retour selon le tracé choisi.

La route périphérique elle-même, longue d’environ 28 km, se prête très bien au vélo : les loueurs locaux conseillent de la parcourir dans le sens antihoraire pour placer les montées les plus raides en début de circuit. Pour le repérage sur le terrain, l’application gratuite Spetses Paths, développée avec le réseau des Sentiers Culturels Grecs, permet de télécharger les tracés hors ligne. Parmi les itinéraires les plus courus figurent la boucle qui relie la ville aux chapelles Panagia Mirtidiotissa et Panagia Daskalaki en passant par le domaine de Ktima Hara, et la longue traversée qui grimpe de la plage de Vrellos jusqu’au sommet du Profitis Ilias, la plus exigeante de l’île en dénivelé. Les marcheurs moins entraînés peuvent aussi se contenter de la promenade côtière et quasiment plate qui relie Kounoupitsa au Vieux Port en longeant tout le front de mer de la ville, sans jamais s’éloigner d’une taverne ou d’un endroit où se baigner.

Le meilleur moment pour marcher reste le printemps et l’automne, quand la chaleur estivale rend les sentiers du littoral et de la crête plus exigeants

Quelles plages choisir à Spetses ?

Une route unique dessert la plupart des plages, complétée en saison par des bus, des taxis-bateaux au départ de lu port de Dapia.

À proximité immédiate de la ville, Agios Mamas et la minuscule plage d’Agios Nikolaos, entre sable et galets fins, permettent une baignade rapide sans quitter le centre. Juste sous l’École Anargyrios-Korgialenios, la plage des Scholes (aussi appelée Kaiki), très fréquentée par un public jeune, aligne les beach bars animés et les activités nautiques. Plus à l’ouest, Ligoneri forme deux petites anses successives, ombragées de pins, appréciées pour leur tranquillité relative.

Au sud de la ville, Agia Marina, surnommée Paradise Beach, est la plage la plus organisée et la plus courue de l’île, avec ses transats et ses bars : en plein été, elle subit la même pression que Dapia et mieux vaut lui préférer, à quelques minutes à pied, la crique plus confidentielle de Kouzounas. Sur la pointe sud-ouest, Xylokeriza déroule ses galets clairs entre pins et palmiers nains, dans un cadre resté préservé.

À l’ouest, Agii Anargyri est la plus grande et la plus populaire plage de l’île, sable et galets mêlés, équipée pour les sports nautiques ; à son extrémité nord débute le sentier qui mène à la grotte de Bekiris, une cavité marine où l’on peut nager, refuge légendaire des habitants lors des raids ottomans du 18e siècle. Un peu au nord, Agia Paraskevi, plus tranquille, combine gros galets et eaux limpides à l’ombre des pins.

Vers le nord de l’île, la crique organisée de Vrellos attire les familles avec son beach bar et son terrain de beach-volley, tandis que Zogeria, dans une baie isolée du nord-ouest, est considérée comme la plus belle plage de Spetses : on y accède surtout par la mer, en bateau-taxi depuis Dapia, ou par deux longs sentiers pédestres.

Dans l’ensemble, presque toutes les plages accessibles par une route ou une piste carrossable disposent de transats et d’un service minimal en saison, tandis que celles qui ne se accessibles qu’à pied restent plus préservées : mieux vaut alors partir avec de l’eau, une serviette et de quoi grignoter, car les kiosques y sont rares. Les familles avec de jeunes enfants privilégieront les eaux peu profondes d’Agia Marina, des Scholes ou de Vrellos, tandis que les nageurs plus autonomes iront chercher la tranquillité du côté de Kouzounas, d’Agia Paraskevi ou de Zogeria, en particulier hors du cœur de l’été.

  • Plages et activités sportives - 6.5/10
    6.5/10
  • Patrimoine historique et culturel - 7.5/10
    7.5/10
  • Villages et arrière pays - 7/10
    7/10
  • Authenticité - 6/10
    6/10
6.8/10
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Quelques liens pour aller plus loin
  • Superficie : environ 22,5 km² (28 km de littoral)
  • Longueur maximum : 7,6 km, largeur maximum : 4,5 km
  • Point culminant : mont Profitis Ilias, 245 m
  • Environ 3 748 habitants (2021)
  • Port principal : Dapia (le Vieux Port accueille surtout la plaisance)
  • Aéroport le plus proche : Athènes (Eleftherios Venizelos)

Comparez les îles avec notre indicateur touristique des iles grecques

  • 3 avril : commémoration de la doxologie de 1821, église Agios Nikolaos.
  • Juin : Spetses Classic Yacht Race, régate internationale de voiliers classiques et de caïques traditionnels, Dapia et Vieux Port.
  • 8 septembre (semaine de l’Armata) : reconstitution de la bataille navale de 1822, avec embrasement d’une maquette de la flotte ottomane, Vieux Port.
  • Mi-octobre : Weekend in Tweed, rassemblement de cyclistes en tenue vintage organisé par le Poseidonion Grand Hotel avec le Musée grec du vélo, ville de Spetses.

La carte de Spetses

Comment venir et se déplacer à Spetses ?

Spetses n’a pas d’aéroport : l’aéroport le plus proche est celui d’Athènes. De là, direction le port du Pirée, d’où partent chaque jour des hydroglisseurs et catamarans directs ou via Hydra et Poros, pour une traversée d’environ deux heures en liaison rapide, davantage avec les arrêts intermédiaires. Depuis la péninsule d’Argolide, Spetses est reliée par bateau rapide en une quinzaine de minutes à Porto Heli, et en quelques minutes seulement, en taxi-bateau ou en petit bac, depuis Kosta, où l’on peut se garer avant la traversée : les voitures de visiteurs ne sont pas admises sur l’île.

Sur place, la circulation est réservée aux véhicules des résidents munis d’une autorisation : les visiteurs se déplacent en scooter, en quad, à vélo, en calèche ou en taxi-bateau, et deux lignes de bus saisonnières relient la ville aux principales plages, avec une fréquence renforcée de juin à septembre. Le printemps et l’automne permettent de découvrir l’île dans des conditions bien plus calmes qu’en plein été.

→ Conseils pour la réservation des ferries

Prochaine(s) traversée(s)

Que manger à Spetses ?

La cuisine spetsiote partage l’essentiel de sa tradition avec les côtes voisines du Péloponnèse, mais accorde une place plus large au poisson et aux fruits de mer, servis dans les psarotavernes du Vieux Port et de Kounoupitsa. Le plat le plus identifié à l’île reste le poisson à la spetsiota, cuit au four avec tomate, ail et fines herbes.

Côté sucré, la spécialité locale est l’amygdalota (αμυγδαλωτά), de petits gâteaux d’amande en forme de poire, parfumés à l’eau de rose, au miel et à la cannelle. Contrairement à la plupart des versions cycladiques, non cuites, la recette spetsiote passe brièvement au four avant d’être roulée dans le sucre glace. Sans beurre ni œuf entier, elle se conservait facilement à bord des navires marchands et servait traditionnellement de cadeau offert aux voyageurs et lors des mariages, à l’époque où la fortune des capitaines et armateurs de l’île se comptait en amandiers et en citronniers. Ce produit n’a pas de statut AOP ou IGP enregistré : c’est une recette traditionnelle, transmise de pâtissier en pâtissier, dont deux adresses de la Dapia perpétuent la réputation depuis plusieurs générations. Depuis deux ans que je vis en Grèce, j’en garde toujours une boîte dans mon sac en quittant l’île.

Les ouzeries et psarotavernes du Vieux Port et de Kounoupitsa entretiennent une tradition de mezedes autour du poisson frais : loup de mer en carpaccio, seiche marinée, homard grillé ou risotto de crevettes accompagnent l’ouzo ou un vin barrique servi en carafe. La cuisine spetsiote utilise aussi le throubi (θρούμπι), une plante aromatique locale proche du thym, pour parfumer poissons grillés et légumes du jardin.

    • La maison musée de Bouboulina, pour comprendre en une visite guidée le destin de la figure la plus célèbre de l’île pendant la Révolution grecque.
    • Le musée de Spetses, installé dans le manoir Hatziyannis Mexis, pour ses figures de proue et son épave préhellénique d’Iria.
    • Le Poseidonion Grand Hotel, dont il suffit de traverser le hall et la terrasse pour saisir l’ambiance Belle Époque de l’île.
    • Le Vieux Port et les tarsanades de Baltiza, pour dîner au bord de l’eau face aux derniers chantiers de charpente navale de l’île.
    • Le campanile de l’église Agios Nikolaos, chef d’œuvre des marbriers de Tinos et lieu de la doxologie du 3 avril 1821.
    • La grotte de Bekiris, accessible à la nage depuis la plage d’Agii Anargyri, pour son atmosphère et sa légende.
    • La baie de Zogeria, la plus belle plage de l’île, à rejoindre en taxi-bateau ou après une longue marche en pinède.
    • Un coucher de soleil sur la crête du Profitis Ilias, entre les chapelles de Panagia Daskalaki et Panagia Elona.
    • Une balade en calèche, l’alternative traditionnelle à la voiture particulière, interdite aux visiteurs, en circulation sur l’île depuis 1953.
    • Une boîte d’amygdalota, à rapporter d’une pâtisserie de la Dapia comme le faisaient déjà les marins spetsiotes avant un long voyage en mer.
    • La fête de l’Armata début septembre, si le calendrier du voyage le permet, pour son embrasement de la maquette du navire amiral ottoman.

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