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Cythère (Kythira) : l'île grecque qui n'a pas cédé au tourisme de masse

Cythère, Κύθηρα en grec, se situe à la pointe sud du Péloponnèse, à peine 12 kilomètres du cap Maléa, à l’exacte confluence de trois mers : la mer Ionienne, la mer Égée et la mer de Crète. Administrativement rattachée aux îles Ioniennes, elle ressemble pourtant bien davantage aux Cyclades par son architecture de cubes blancs et bleus, ses plateaux pelés battus par le vent et ses eaux d’un bleu tranchant. Cette position de carrefour explique l’extraordinaire densité de son passé : Minoens, Phéniciens, Mycéniens, Byzantins, Vénitiens et Anglais se sont tous succédé ici, laissant chacun une couche dans le paysage.

Le tourisme y reste mesuré. Pas de croisières qui déversent leurs milliers de passagers en six heures, pas de clubs de plage à 30 euros le transat. Ce n’est pas que l’île soit ignorée : elle attire surtout des Grecs qui la connaissent bien, quelques Australiens dont les familles sont originaires de l’île, des randonneurs et des amateurs de plongée.

L’île s’étend sur 280 km² et compte moins de 4 000 habitants permanents, répartis entre la capitale Hora et une quarantaine de villages. En dehors de juillet-août, Cythère vit à un rythme que les grandes îles grecques ont définitivement perdu. C’est son principal atout et, pour qui sait le lire, sa principale promesse.

Au sommaire

Cythère est une île montagneuse, structurée par deux chaînes principales, l’une à l’est et l’autre à l’ouest, entre lesquelles s’étend un vaste plateau central. Les sommets les plus élevés de la chaîne orientale sont le Vouno tou Digení (📍) à 474 mètres et la Koutsokefaló à 324 mètres ; côté ouest, le Mermingkáris (📍) culmine à 506 mètres, point le plus haut de l’île, suivi de la Vigla à 476 mètres. Entre les deux chaînes, de profonds ravins et gorges creusent le terrain. Des torrents permanents existent près de Karavas au nord, de Mitáta au centre et de Mylopotamos à l’ouest, où se trouvent également des cascades et des moulins à eau. Kythira + 2

Ce relief explique beaucoup de choses sur l’île : les villages sont perchés sur les hauteurs, les routes taillent à travers le plateau à des altitudes de 200 à 400 mètres, et les côtes tombent souvent en pente raide vers la mer, sans transition. La végétation est celle d’une île méditerranéenne sèche : maquis, oliviers, garrigues à thym et romarin. Mais il existe des zones de verdure notable : au nord, la forêt de Gerakari est l’un des rares massifs boisés de l’île, dominé par des pins et des chênes-lièges. Elle est utilisée comme zone de promenade au printemps et à l’automne ; l’accès est réglementé en été pour raisons de prévention incendie.

Les deux chaînes de montagnes donnent à l’île ses deux visages. Le nord est plus humide, plus vert, avec des vallées encaissées, des sources vives et une végétation dense autour de Karavás et de Mylopotamos. Le paysage y ressemble parfois plus à celui d’une île ionienne qu’à une île égéenne. Le sud, plus pelé et battu par le vent, expose ses falaises et ses galets directement sur la mer. Entre les deux, le plateau central abrite la majorité des villages, dans un paysage de champs caillouteux, de murets de pierre sèche et de chapelles isolées.

Hora (Χώρα, parfois écrite Chora) est la capitale, construite sur un éperon rocheux dans la partie sud de l’île. Elle compte environ 250 habitants permanents : c’est un bourg paisible, pas une ville animée, ce qui fait précisément son intérêt. Les maisons blanches et bleues descendent en ruban depuis la place principale vers le kastro vénitien, construit à partir de 1503 par les premiers gouverneurs vénitiens de l’île. Dans les ruelles qui longent le kastro, on trouve quelques boutiques soignées : bijoux en argent, couronnes de sempreviva (l’immortelle jaune emblème de l’île), antiquités. Le point de vue depuis le kastro est exceptionnel, avec vue plongeante sur la double baie de Kapsali et, par temps clair, jusqu’à Antikythira.

Le musée archéologique de Hora, à l’entrée nord du village sur la route principale, vaut une visite d’une heure. Deux salles retracent l’histoire de l’île depuis la préhistoire jusqu’à l’époque romaine, à partir des fouilles des sites antiques de Paléopolis et de Palaiokastro. La pièce maîtresse est le Lion de Cythère, statue en marbre blanc d’époque archaïque, récupérée sur le site antique de la côte est. Le musée est rarement bondé et souvent ouvert même hors saison, ce qui est suffisamment rare en Grèce pour être signalé.

À 2 km à l’est de Hora, Kapsali s’étire autour de deux baies en croissant séparées par un cap coiffé d’une petite église et d’un phare. C’est la station balnéaire principale de l’île en été, avec tavernes et cafés sur le front de mer. Le rocher au large s’appelle Avgo (l’Œuf) : selon la mythologie, c’est là qu’Aphrodite aurait émergé de l’écume. L’ambiance est animée mais pas débordante ; Kapsali reste à taille humaine même en plein mois d’août.

Potamos, au centre-nord, est la plus grande bourgade fonctionnelle de l’île : banque, pharmacie, poste, stations-service. Son intérêt principal est son marché dominical, qui se tient chaque dimanche matin de 8h à 14h environ sur la grande place centrale. Les producteurs locaux viennent y vendre miel, huile d’olive, légumes de saison et fromages artisanaux. En juillet et août, des musiciens s’installent spontanément autour des cafés qui bordent la place. C’est le moment le plus vivant de la semaine sur l’île.

À 3 km à l’est de Potamos, Paléohora (anciennement Áyios Dimítrios) est l’ancienne capitale médiévale de Cythère, rasée en 1537 par Barberousse. Le site est l’un des moins visités et des plus impressionnants de l’île : un éperon rocheux entouré sur trois côtés par un à-pic de 100 mètres, couvert de ruines d’églises dont certaines conservent encore des fragments de fresques. Peu de panneaux, pas de billetterie, pas de foule. On y accède par une piste de 4 km depuis Potamos ou par le sentier de randonnée M31.

Mylopotamos, à l’ouest du plateau central, est un bourg traditionnel installé dans une cuvette boisée traversée par un cours d’eau. En descendant depuis la place du village vers la vallée, on atteint une série de vieux moulins à eau et une petite cascade au fond des gorges. La grotte d’Agia Sofia, à 30 minutes à pied ou à quelques minutes en voiture par une route asphaltée, est la plus grande caverne de l’île : son entrée a servi d’église et conserve un iconostase taillé dans la roche avec des fresques byzantines. La grotte est ouverte en saison (juin-août, sauf le mercredi, 11h-18h, visite guidée incluse). À proximité immédiate, le kastro vénitien de Kato Chora est l’un des ensembles médiévaux les mieux conservés du sud de la Grèce : ses ruelles intra-muros, ses chapelles byzantines et son lion de Saint-Marc en bas-relief au-dessus de la porte monumentale méritent une heure de déambulation.

À 6 km au nord de Hora, dans le village de Kato Livadi, le Musée d’art byzantin et post-byzantin rassemble des icônes et des fresques récupérées dans les chapelles dispersées de toute l’île. C’est une collection modeste mais de qualité, logée dans une ancienne église post-byzantine. Juste au nord du musée, le pont de Katouni, construit par les Britanniques au XIXe siècle, est la plus grande arche de pierre de Grèce : ses douze travées enjambent un lit de rivière presque à sec en été, dans un cadre champêtre qui contraste avec la sécheresse du reste du paysage.

Avlemonas, sur la côte est, est l’ancien village de pêcheurs le plus photogénique de l’île : maisons bleues et blanches serrées autour d’un minuscule port naturel en forme de piscine, un fort vénitien du XVIe siècle sur le promontoire, et des eaux d’une clarté qui incite à plonger depuis les rochers dès le matin. À quelques kilomètres au sud, Paléopolis marque l’emplacement de l’ancienne Skandéia homérique : peu de vestiges visibles, mais le site a été fouillé depuis les années 2000 par une équipe de l’université d’Édimbourg qui a identifié l’emplacement du sanctuaire d’Aphrodite sur la colline dominant la mer. La colline elle-même, battue par le vent, vaut le quart d’heure de montée à pied pour le panorama.

À l’ouest de l’île, le monastère de la Panagia Myrtidiotissa est le sanctuaire le plus important de Cythère : une icône miraculeuse de la Vierge y est vénérée, et la fête du 24 septembre attire des pèlerins de toute la Grèce. Le bâtiment actuel a été construit sur les ruines de l’église originelle, dont la porte démesurément épaisse avait été conçue pour protéger l’icône des raids de pirates. C’est un lieu de dévotion active, pas un musée.

Agia Pelagia, au nord, est le principal port d’arrivée des ferries en provenance de Neapolis. Village balnéaire simple, adossé à des falaises qui tombent sur des plages de sable et de galets aux eaux d’un bleu intense. Plus au nord encore, le phare du cap Moudari est l’un des plus grands phares construits par les Britanniques en Grèce, bâti en 1857 : la route qui y mène à travers le maquis du cap nord est l’une des plus belles de l’île au coucher du soleil.

Randonnées à Cythère : le réseau Kythera Trails

Cythère est, depuis quelques années, l’une des destinations de randonnée les plus intéressantes des petites îles grecques. Le programme Kythera Trails, développé par la Fondation Kythéréenne pour la Culture et le Développement en partenariat avec l’Institut méditerranéen MedINA, a restauré et balisé 11 itinéraires thématiques pour un total de 100 km de sentiers, avec 416 points d’intérêt référencés. Deux de ces sentiers portent le label international Green Flag Trails. Une application mobile (Kythera Trails) permet de naviguer hors ligne avec les traces GPX et les descriptions des points d’intérêt.

Parmi les itinéraires à ne pas manquer : le sentier M41, qui part de Mylopotamos, descend le long d’une vallée encaissée et passe devant 23 anciens moulins à eau, des cascades et un pont de pierre avant d’atteindre le kastro de Kato Chora. C’est l’un des plus beaux circuits de randonnée des îles grecques. Le sentier M31, de Potamos à Paléohora et retour, traverse la campagne du nord de l’île et rejoint les ruines médiévales par un sentier panoramique. Pour les amateurs de via ferrata, Cythère est la première petite île de Grèce à disposer d’un tel équipement, installé dans le ravin de Kakí Langáda au nord.

La saison idéale pour randonner est le printemps (avril-mai) et l’automne (septembre-octobre). En juillet-août, la chaleur rend les randonnées difficiles et certaines zones forestières sont fermées pour risque d’incendie.

Les plages de Cythère : comment se répartissent-elles sur l’île ?

Cythère compte environ 45 plages, dont la moitié sont accessibles par une route goudronnée ou un chemin de terre praticable en voiture normale. L’autre moitié exige un 4×4, un trajet à pied ou un bateau.

Au sud, autour de Kapsali, la plage principale est sablonneuse et abritée mais petite pour le nombre de visiteurs en août. Plus à l’est vers Kalamos, les plages de Chalkos, Fyri Ammos et Sparagario sont rocailleuses et peu fréquentées. La plage de Melidoni est un beau galet accessible en voiture.

À l’est, on trouve quelques-unes des plus belles plages de l’île. Kaladi, accessible par une piste, offre des eaux turquoise et une crique de galets rouge et noir encadrée de falaises. Limni est une longue plage de sable aux eaux calmes, idéale pour les familles. Kombonada et Fyri Ammos de Diakofti complètent cette côte qui reste la plus accessible en termes de routes.

Au nord, autour d’Agia Pelagia, les plages volcaniques au sud du village prennent des teintes ocre, rose et brun. La plage de Kalamitsi, à 2 km par piste depuis Agia Pelagia, est nettement plus belle que les plages du bourg. Plus au nord encore, Plateia Ammos est un large croissant de sable, l’une des plus belles plages de l’île.

À l’ouest, les plages sont souvent plus sauvages et moins accessibles : Lygia, Lykodimou et Kalami méritent le détour pour les voyageurs qui cherchent la solitude, mais comptez une piste parfois défoncée.

Il n’existe pas de club de plage organisé au sens où on l’entend sur les grandes îles grecques. Les plages aménagées (quelques chaises longues, une buvette) se limitent à Kapsali et à quelques spots du nord. Partout ailleurs, vous posez votre serviette sur les galets ou le sable. C’est exactement ce que la plupart des visiteurs de Cythère viennent chercher.

  • Plages et activités sportives - 8/10 - 6.5/10
    6.5/10
  • Patrimoine historique et culture - 7.5/10
    7.5/10
  • Villages et arrière pays - 8/10
    8/10
  • Authenticité - 8.5/10
    8.5/10
7.6/10
8/10
Avis des voyageurs
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Quelques liens pour aller plus loin

Comparez les îles avec notre indicateur touristique des iles grecques

  • 1er août : Agia Elesa est fêtée dans l’ouest de l’île, près du monastère du même nom
  • 17 août fête de l’Ayios Myron à Antikythera
  • 24 septembre : fête de la Panagia Myrtidiotissa

Les autres destinations pour :

La carte de Cythère

Comment venir à Cythère ?

Par bateau : Cythère a deux ports principaux. Diakofti, sur la côte est, est le port principal pour les ferries venant du Pirée (compagnie ANEK/Superfast : environ 7 heures de traversée) et de La Canée en Crète (Kissamos, environ 3h30). Agia Pelagia, au nord, accueille les ferries venant de Neapolis dans le Péloponnèse (1h30 de traversée, liaison quotidienne en saison). En été, des liaisons supplémentaires sont possibles depuis Gytheio.

Par avion : L’aéroport de Cythère (aérodrome Alexandre Onassis) est desservi depuis Athènes par Olympic Air, avec plusieurs vols par semaine en été et un service plus réduit en hiver. Le vol dure environ 50 minutes. En été, des vols saisonniers depuis Thessalonique existent également.

Sur place : Une voiture de location est indispensable pour explorer l’île. L’unique ligne de bus relie Agia Pelagia à Hora puis Kapsali (environ 40 minutes de trajet total) avec quelques passages quotidiens en saison. Elle ne dessert pas les villages intérieurs. Il y a moins de 20 taxis sur l’île entière : mieux vaut convenir du tarif et du retour à l’avance. Les agences de location de voitures et de scooters (notamment Panayotis, dont les bureaux sont à Kapsali, à Diakofti et à l’aéroport) sont la solution la plus pratique.

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La gastronomie de Cythère : produits locaux et plats typiques

Le miel de thym de Cythère est la première chose que les Grecs eux-mêmes citent quand on parle de l’île. Il est réputé parmi les meilleurs de Grèce et récompensé par plusieurs prix internationaux. On en trouve dans les épiceries locales et au marché de Potamos ; les ruchers sont visibles dans toute la campagne. L’île produit également une huile d’olive extra-vierge de qualité, un vin issu de cépages locaux, et des fromages artisanaux à base de lait de brebis et de chèvre.

La fatourada est le spiritueux local : une eau-de-vie de marc (tsipouro) aromatisée à la cannelle et au girofle, légèrement sucrée. Elle se boit comme le tsipouro ailleurs en Grèce, en accompagnant un meze ou en digestif. On en trouve dans les épiceries et certaines tavernes.

Les ladopaximada (λαδοπαξίμαδα) sont les biscottes à l’huile d’olive de l’île, cousines du paximadi crétois mais avec une recette propre qui remonte à plusieurs siècles. Le pastitseto est un gâteau sec aux influences vénitiennes, que l’on trouve dans les boulangeries traditionnelles. Parmi les autres douceurs à goûter : les rozedes et les ximerotigana, beignets frits au miel.

Côté tavernes, les quelques adresses qui sortent du lot sont signalées par la fréquentation locale plutôt que par les guides. La taverne Platanos à Mylopotamos est connue pour un porc au miel d’herbes aromatiques remarquable. Filio, à 1 km de Kalamos, sert des plats de l’île dans un jardin ombragé. Skandeia, près de la plage de Paléopolis, mérite l’aubergine rôtie au feu de bois. Au marché dominical de Potamos, on trouve les produits directement chez les producteurs.


Ce qu’il ne faut pas manquer à Cythère

  • Le kastro de Kato Chora : fort vénitien médiéval aux ruelles intactes, chapelles byzantines et lion de Saint-Marc au-dessus de la porte d’entrée, à Mylopotamos.
  • Paléohora : la capitale médiévale détruite par Barberousse en 1537, perchée sur un éperon à pic de 100 mètres avec ses ruines d’églises et ses fresques.
  • Le sentier M41 des moulins : randonnée dans le ravin de Mylopotamos entre cascades, 23 moulins à eau et sous-bois, jusqu’au kastro.
  • La plage de Kaladi : une des plus belles criques de l’est de l’île, aux eaux turquoise et aux galets rouges et noirs.
  • Le marché du dimanche de Potamos : le vrai cœur battant de l’île, de 8h à 14h, avec produits locaux, musique et café fort.
  • Le miel de thym de Cythère : à rapporter directement chez les producteurs, au marché ou dans les épiceries du village.
  • La fatourada : le spiritueux local à la cannelle et au girofle, à goûter au comptoir d’une taverne le soir.
  • Le kastro vénitien de Hora : point de vue spectaculaire sur Kapsali et l’îlot Avgo, prétendu berceau d’Aphrodite.
  • Avlemonas : le village de pêcheurs le plus photogénique de l’île, à explorer tôt le matin avant le réveil des estivants.
  • Le monastère de la Panagia Myrtidiotissa : le grand sanctuaire de pèlerinage de l’île, dans l’ouest, fêté chaque 24 septembre avec des cérémonies qui attirent des pèlerins de toute la Grèce.