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Zones Natura 2000 en Grèce : la carte des espaces naturels protégés
La Grèce protège près d’un tiers de son territoire. C’est l’un des taux les plus élevés d’Europe — bien au-dessus de la moyenne européenne qui s’établit à 18 %. Derrière ce chiffre, 446 sites forment le réseau Natura 2000 grec, couvrant 27 % du territoire terrestre du pays et plus de 19 % de sa surface maritime. Des Sporades à la Crète, de Corfou à Kastellorizo, presque chaque archipel compte au moins une zone protégée. Si vous préparez un voyage en Grèce, savoir si votre destination fait partie de ce réseau peut transformer votre façon d’explorer le pays.
Natura 2000, c’est quoi exactement ?
Le réseau Natura 2000 est le plus grand système de zones naturelles protégées au monde, institué par l’Union européenne. Il repose sur deux directives : la directive Oiseaux, qui désigne les Zones de Protection Spéciale (ZPS), et la directive Habitats, qui définit les Sites d’Intérêt Communautaire (SIC). Ces zones ne sont pas exclusivement des parcs naturels où toute activité humaine serait interdite : l’Union européenne considère que le réseau peut coexister avec le développement économique. Des activités comme l’agriculture, la randonnée ou le tourisme peuvent y avoir lieu, dans la mesure où elles ne compromettent pas les objectifs de conservation.
C’est une nuance importante pour le voyageur : entrer dans une zone Natura 2000 n’est pas interdit. C’est même souvent la meilleure façon d’accéder à une nature encore intacte, à condition de le faire avec discernement.
La Grèce, deuxième pays le plus biodiversé d’Europe
Peu de pays concentrent autant de richesses naturelles sur un territoire aussi réduit. En Grèce, Natura 2000 protège 313 espèces végétales et animales, 177 espèces d’oiseaux et 89 types d’habitats différents. Parmi les espèces emblématiques figurent le phoque moine de Méditerranée (Monachus monachus), l’une des espèces marines les plus menacées de la planète, la tortue caouanne (Caretta caretta), le faucon d’Éléonore, le vautour percnoptère, mais aussi des dizaines de plantes endémiques que l’on ne trouve nulle part ailleurs.
La Grèce occupe la deuxième place au monde après Madagascar pour la diversité de ses herbes endémiques et plantes médicinales. Environ 6 000 espèces végétales ont été recensées, dont un grand nombre d’espèces endémiques présentes dans les zones montagneuses et insulaires isolées.
28 des 36 espèces d’aigles européens vivent dans le ciel de Grèce. Le pays constitue aussi une halte migratoire majeure : des centaines de milliers d’oiseaux en provenance du nord de l’Europe et d’Asie transitent ou hivernent chaque année dans les zones humides grecques.
Une carte pour savoir si votre île est protégée
Avant de partir, il peut être utile de vérifier si votre destination, ou une partie de l’île que vous souhaitez visiter, fait partie du réseau Natura 2000. La carte complète ci-dessous permet de localiser les 446 zones protégées sur l’ensemble du territoire grec. Vous y verrez que la quasi-totalité des archipels sont concernés, souvent sur leurs parties les moins urbanisées : les côtes nord ou les intérieurs des terres.
Les îles grecques au cœur du réseau
La quasi-totalité des îles grecques sont concernées, au moins partiellement, par le réseau Natura 2000. Cela vaut pour les archipels éloignés et peu fréquentés, mais aussi pour des destinations très touristiques : une partie de Santorin est ainsi classée, tout comme des zones de Mykonos (essentiellement Délos), de Rhodes ou de Corfou. Le classement ne dit rien, en soi, du niveau de fréquentation d’une île, il indique simplement qu’une portion de son territoire abrite des habitats ou des espèces jugés d’intérêt européen. La carte interactive permet de voir précisément quelles zones sont concernées sur chaque île que vous envisagez de visiter.
Parmi les centaines de sites recensés, certaines îles se distinguent parce que leur zone Natura 2000 est à la fois vaste, bien préservée et accessible au voyageur curieux. En voici cinq qui méritent qu’on s’y arrête.
Alonissos et le Parc marin des Sporades du Nord
Le parc national marin d’Alonissos est le plus grand des parcs nationaux grecs et la plus grande réserve marine protégée d’Europe. Il a été créé en 1992 pour protéger en premier lieu le phoque moine de Méditerranée, dont l’espèce est menacée, et plusieurs oiseaux marins rares. Environ 10 % des 500 à 600 phoques moines restants dans la nature vivent dans les grottes marines et le long des côtes rocheuses des îles du parc. Des excursions en bateau permettent d’explorer les six îles du parc et leurs vingt îlots inhabités — nager dans ces eaux, c’est évoluer dans l’une des mers les plus propres d’Europe. Le musée sous-marin de Peristera, premier du genre en Grèce, a permis d’attirer des plongeurs en dehors des mois de juillet et août, contribuant à allonger la saison touristique. Alonissos s’atteint en ferry depuis Volos ou depuis Skiathos et Skopelos, dans l’archipel des Sporades.
Zakynthos : les tortues caouannes sous pression
Le parc national marin de Zakynthos, créé en 1999, couvre 135 km² et constitue le premier parc national créé pour la protection des tortues de mer en Méditerranée. On y a dénombré jusqu’à 1 300 nids de tortues caouannes certaines années le long de la baie de Laganás. Pendant la saison de ponte, de mai à octobre, les plages de ponte sont interdites aux visiteurs la nuit. Mais la baie de Laganás jouxte les stations touristiques les plus fréquentées de l’île, et la pression du tourisme de masse pèse directement sur la survie des tortues. Si vous souhaitez les observer, préférez les sorties encadrées par des opérateurs agréés et la plage de Gerakas, à la pointe sud-est, dont l’accès est réglementé par des bénévoles. Zakynthos appartient à l’archipel des îles Ioniennes, dont plusieurs autres — Céphalonie, Leucade — comptent également des zones Natura 2000.
Karpathos : le Dodécanèse préservé
Dans le Dodécanèse, Karpathos offre un des profils Natura 2000 les plus intacts des îles grecques. Le site protège le phoque moine de Méditerranée et attire les amateurs d’oiseaux rares. L’accès se mérite — ferry ou avion depuis Rhodes ou la Crète — mais le voyageur découvre alors une harmonie rare entre falaises, criques secrètes et forêts de pins. Les parties nord de l’île, autour du village d’Olympos, restent parmi les moins fréquentées du Dodécanèse et la faune marine y est particulièrement bien préservée.
Ikaria : falaises, rapaces et forêts méditerranéennes
La partie sud-ouest d’Ikaria constitue une Zone de Protection Spéciale et un Site d’Intérêt Communautaire du réseau Natura 2000. La région est importante pour la nidification des rapaces et pour les oiseaux migrateurs, comme l’aigle de Bonelli, le pèlerin et le faucon d’Éléonore. Ikaria est déjà connue pour son mode de vie à part — l’île des centenaires, longtemps perçue comme rebelle aux modes — mais sa biodiversité reste largement ignorée des guides classiques.
La Crète : une mosaïque d’habitats exceptionnels
La Crète concentre à elle seule plusieurs dizaines de zones Natura 2000, reflet d’une diversité biologique qui place cette île parmi les plus riches d’Europe. La Crète et le Péloponnèse sont les deux régions grecques qui affichent le pourcentage le plus élevé d’espèces menacées, avec des sites Natura 2000 qui se superposent en moyenne à 62,3 % de l’aire de répartition de ces espèces. Les zones protégées s’étendent de la gorge de Samaria jusqu’aux zones humides côtières de l’extrémité est de l’île, autour de Vaï et du cap Sidéro. Cette zone orientale abrite l’unique palmeraie d’Europe à Phoenix theophrasti à Vaï, des herbiers de posidonie sur les côtes ouest, et des plantes endémiques à la limite nord de leur aire de distribution.
Ce que vous pouvez faire dans une zone Natura 2000
Le classement Natura 2000 ne signifie pas qu’une zone est fermée au public. Dans la grande majorité des sites grecs, les activités douces sont non seulement autorisées mais encouragées. Les types de tourisme considérés comme compatibles avec les zones protégées sont l’écotourisme (randonnée, observation des oiseaux, excursions), l’agrotourisme (participation à des activités agricoles) et les activités de découverte du patrimoine naturel et culturel local.
Concrètement, dans une zone Natura 2000 grecque, vous pouvez alors :
Randonner sur les sentiers balisés, en restant sur les chemins existants pour ne pas abîmer la végétation. Beaucoup de zones Natura 2000 correspondent aux secteurs les moins urbanisés des îles, souvent les plus beaux à parcourir à pied.
Observer les oiseaux, surtout en dehors de la haute saison. Le printemps (avril-mai) est la période idéale pour observer les rapaces nicheurs et les migrateurs de passage. L’automne (septembre-octobre) est encore très favorable, avec des conditions climatiques agréables et des plages désertes.
Pratiquer la plongée et le snorkeling dans les zones marines protégées, à condition de respecter les règles locales. Dans le parc d’Alonissos notamment, certaines zones sont accessibles aux plongeurs avec un permis spécifique.
Nager dans la plupart des zones marines la protection porte sur les activités motorisées et destructrices, pas sur la baignade.
Ce qu’il faut éviter : s’aventurer en véhicule motorisé hors des chemins, cueillir des plantes, s’approcher des zones de nidification signalées, faire du feu.
La protection fragilisée : gestion insuffisante et incendies
Un réseau sur le papier, trop peu suivi dans les faits
Malgré l’étendue remarquable du réseau, la protection effective des zones Natura 2000 grecques reste souvent insuffisante. Dans l’ensemble du réseau grec, 98 % des Zones Spéciales de Conservation (ZSC) sont dépourvues de plan de gestion, tout comme 99 % des Zones de Protection Spéciale (ZPS) pour les oiseaux. Ce chiffre illustre un paradoxe bien connu en Grèce : des lois de protection ambitieuses, une application au quotidien très variable.
Cette situation ne doit pas occulter les phénomènes qui agissent contre la protection de la nature : la pression immobilière constante sur les côtes et les îles, la chasse illégale et l’agriculture intensive. Les plages de Zakynthos envahies par les chaises longues à cinquante mètres des nids de tortues, les constructions illégales sur des zones côtières théoriquement protégées, les excursions en bateau motorisé qui perturbent les phoques moines dans leurs grottes : ces situations existent et méritent d’être dénoncées.
Les incendies, menace croissante sur les zones protégées
Le feu est la menace la plus brutale et la plus visible qui pèse sur les zones Natura 2000 grecques. Les étés 2021 et 2023 en ont fourni les images les plus saisissantes.
En août 2021, c’est l’île d’Eubée qui a subi le plus grand incendie jamais enregistré sur une île grecque. Plus de 50 000 hectares de l’île ont été détruits par les flammes. Une large partie de la forêt du nord de l’île, intégrée au réseau Natura 2000, a été ravagée en quelques jours.
En juillet 2023, Rhodes a été frappée à son tour. Le 23 juillet, 40 000 hectares étaient brûlés, dont 1 500 hectares en zones protégées. Plus de 30 000 personnes, habitants et touristes, ont été évacuées de l’île dans ce qui a constitué la plus grande opération d’évacuation jamais effectuée en Grèce. L’impact sur la faune a été sévère : l’île de Rhodes constitue un refuge pour le daim, en voie d’extinction en Grèce. Selon Greenpeace Grèce, la perte de biodiversité a affecté cette espèce ainsi que toutes celles qui dépendent de l’équilibre délicat de la forêt. Les mêmes semaines ont vu Corfou et Eubée brûler à nouveau.
Le cas le plus dramatique de l’été 2023 s’est joué sur le continent, dans la forêt de Dadia – Lefkimi – Soufli, en Thrace. L’incendie déclenché le 19 août 2023 dans cette forêt protégée par le réseau Natura 2000, et mondialement connue comme lieu d’habitat et d’hibernation pour les rapaces, a détruit plus de 81 000 hectares, soit le plus grand incendie jamais enregistré dans l’Union européenne et un désastre écologique incalculable.
Ces incendies posent une question de fond que les voyageurs peuvent légitimement se poser : que reste-t-il à protéger après de tels sinistres ? La résilience de la nature méditerranéenne est réelle, les espèces végétales adaptées au feu recolonisent les zones brûlées, parfois en quelques saisons. Mais la répétition des incendies sur les mêmes territoires épuise progressivement les sols et la biodiversité. Et les îles touchées par ces incendies valent toujours la visite, les cicatrices de l’incendie font désormais partie de leur paysage.
Les zones Natura 2000 sont souvent, le meilleur visage du tourisme en Grèce : des paysages préservés, une biodiversité encore visible, une relation à la nature que les îles les plus fréquentées ont parfois un peu perdue. En mai, en septembre ou en octobre, hors des flux du mois d’août, elles offrent une autre façon de comprendre pourquoi la Grèce a cette réputation de pays où la beauté naturelle résiste encore.
