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Espaces naturels protégés en Grèce : montagnes, mers et zones humides à découvrir

On parle souvent de la Grèce comme d’un pays de plages et de ruines antiques, et si c’est juste, c’est aussi très réducteur. Le pays compte parmi les territoires les plus riches de la Méditerranée en termes de biodiversité, avec 80 % de son territoire couvert de reliefs montagneux, plus de 13 600 kilomètres de côtes, des centaines d’îles habitées ou désertes, et une mosaïque d’écosystèmes que peu de voyageurs prennent le temps d’explorer. Cette richesse n’est pas un accident : depuis 1938, la Grèce protège une partie de son patrimoine naturel sous des statuts divers : parcs nationaux terrestres, parcs marins, ou zones humides reconnues qui sont autant de réserves de biosphère et de régions protégées.

Au sommaire

Si le surtourisme estival concentre des flux considérables sur quelques dizaines de destinations balnéaires – une réalité que notre index annuel de pression touristique documente île par île -, la grande majorité des espaces protégés grecs reste méconnue des visiteurs. Le delta de l’Evros, les lacs de Préspa, la forêt de Dadia, le parc marin d’Alonissos, ces noms sont plus connus des ornithologues que des touristes. C’est précisément ce qui en fait des destinations à part entière pour qui cherche une autre Grèce, plus lente, plus silencieuse, plus proche de ce que les Grecs eux-mêmes aiment dans leur pays.

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Les parcs nationaux terrestres : dix paysages, dix caractères

Si le premier parc national grec est celui du mont Olympe, fondé en 1938, la Grèce compte aujourd’hui dix parcs, créés progressivement jusqu’en 1977.

Le mont Olympe est un site naturel et mythologique majeur. Avec son sommet, le Mytikas, à 2 917 mètres d’altitude, le massif abrite plus de 1 700 espèces de plantes différentes, des arbres à feuilles caduques aux rares pins de Bosnie, ainsi que des cerfs, renards, chats sauvages, loups et aigles dorés. Les sentiers de randonnée sont balisés pour tous les niveaux, depuis les villages de Litochoro ou Dion.

Au nord-ouest de la Grèce, le vaste parc national du Pinde (ou Valia Kalda) est l’un des plus sauvages et des moins fréquentés du pays. Ses 200 000 hectares recèlent près d’un tiers de la flore grecque, des rivières et lacs d’altitude, et quelques-uns des derniers ours bruns de Grèce. Le deuxième sommet du pays, le mont Smolikas (2 637 m), s’y trouve.

Dans la même région d’Épire, le parc national de Vikos-Aoös, à 30 kilomètres de Ioánnina, est notamment connu pour les gorges de Vikos, présentées comme les plus profondes du monde par rapport à leur largeur. Plus de 1 800 espèces de plantes, des loups, des lynx, des loutres et des aigles royaux y ont été recensés. Les rivières Aoös et Voidomatis traversent le parc, propices au rafting et à la baignade dans des eaux cristallines.

À l’ouest de Flórina, les lacs de Préspa (Megali Prespa et Mikri Prespa) forment un site d’une beauté saisissante, partagé entre la Grèce, l’Albanie et la Macédoine du Nord. Formés il y a un million d’années, ils comptent parmi les plus anciens lacs d’Europe. La faune y est remarquable : quelque 260 espèces d’oiseaux, dont la plus grande colonie de pélicans frisés du monde.

En Crète, le parc national de Samaria, fondé en 1962 pour protéger le kri-kri, la chèvre sauvage crétoise menacée, est surtout connu pour ses gorges qui s’étendent sur 16 kilomètres, parmi les plus longues d’Europe. La randonnée de bout en bout, depuis le plateau de l’Omalos jusqu’à la plage d’Agia Roumeli, est l’une des grandes classiques de la randonnée méditerranéenne. Le parc est particulièrement beau en avril-mai, lorsque les fleurs sauvages colonisent le sentier.

À Céphalonie, le mont Ainos (1 628 m) domine l’île et recèle le parc national éponyme. Des sapins de Céphalonie (les sapins d’Apollon) et des pins noirs tortueux peuplent le haut de ses pentes, souvent enveloppées dans les nuages. Cinq sentiers de randonnée balisés permettent de l’explorer.

Enfin, le parc national de Dadia, en Thrace orientale, mérite une mention à part : ses 352 km² de forêt de chênes et de pins dans la vallée de l’Évros abritent 36 des 38 espèces européennes de rapaces diurnes : aigles, faucons, éperviers, buses. C’est l’un des deux derniers refuges européens du vautour noir, avec l’Estrémadure espagnole. Un observatoire et un centre d’information sont accessibles au public.

Les parcs marins : la Grèce protège ses eaux

L’histoire de la protection marine en Grèce est récente, mais elle s’accélère nettement depuis 2024.

Le Parc National Marin d’Alonissos et des Sporades du Nord est opérationnel depuis 1992. Créé au premier chef pour protéger le phoque moine de Méditerranée (Monachus monachus), c’est le plus grand parc marin d’Europe. Il comprend l’île d’Alonissos, six petites îles et une vingtaine d’îlots dans un périmètre de mer d’une transparence remarquable. Les plongeurs, les randonneurs en kayak de mer et les amateurs de voile y trouvent des conditions parmi les meilleures des Sporades.

Le Parc National Marin de Zakynthos, créé en 1999, protège la baie de Laganás, dans le sud de l’île. C’est la principale zone de nidification de la tortue caouanne (Caretta caretta) en Méditerranée. La cohabitation avec le tourisme balnéaire y est tendue depuis des décennies : certaines plages sont fermées la nuit en saison de ponte, et la navigation à moteur est réglementée dans le périmètre du parc.

Le chapitre le plus récent est celui des deux nouveaux parcs marins. En juillet 2025, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a annoncé la création de deux nouvelles aires marines protégées, l’une en mer Ionienne et l’autre dans les Cyclades méridionales, en mer Égée du Sud. Leur superficie totale atteint environ 27 500 km² — environ 18 000 km² en mer Ionienne et 9 500 km² en mer Égée — ce qui en fait parmi les plus grandes zones marines protégées de toute la Méditerranée. Ces deux parcs sont en cours de finalisation réglementaire en 2026.

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Les plages sauvages protégées : un littoral encore préservé

La Grèce possède le onzième littoral le plus long du monde, avec plus de 13 600 kilomètres de côtes. Une partie de ce littoral bénéficie d’une protection explicite qui interdit ou limite sévèrement toute construction. Ce sont souvent les plages les plus belles du pays, et les moins fréquentées.

Ces protections prennent des formes diverses : inclusion dans le périmètre d’un parc national ou marin, classement Natura 2000, statut de zone de nidification pour les tortues caouannes ou les phoques moines. Certaines plages ne sont parfois accessibles qu’à pied, ce qui régule naturellement l’affluence. D’autres sont simplement restées à l’écart des circuits touristiques faute de routes goudronnées ou d’hébergements à proximité.

À Zakynthos, la plage de Sekania, dans la baie de Laganas, est fermée au public toute l’année alors que c’est la zone de ponte la plus dense de Méditerranée pour la tortue caouanne, et seuls les scientifiques y ont accès. Dans les Sporades, les îlots inhabités du parc marin abritent des plages que seuls les plaisanciers et les kayakistes parviennent à rejoindre. En Crète, plusieurs plages des gorges côtières, accessibles uniquement depuis la mer, restent quand à elles vierges de toute infrastructure.

→ Où se trouvent les plages vierges protégées en Grèce ?

Les zones humides Ramsar : un angle ornithologique méconnu

La Grèce compte 10 sites inscrits sur la Liste des zones humides d’importance internationale (sites Ramsar), pour une superficie totale de 163 501 hectares. Ces espaces sont quasi absents des circuits touristiques classiques — et c’est précisément ce qui les rend intéressants pour le voyageur qui cherche une Grèce en dehors des sentiers battus.

Le delta du Nestos, en Thrace orientale, abrite les plus grandes forêts riveraines subsistantes de Grèce et constitue le principal site de reproduction en Europe pour plusieurs espèces de pluviers. Jusqu’à 50 000 oiseaux hivernants y sont dénombrés, dont des pygargues à queue blanche. Le delta se prête également à la randonnée, au kayak et à l’escalade dans la gorge du Nestos.

Les lacs de Préspa cumulent le statut de parc national, de site Ramsar et de parc transnational. Le Petit lac de Préspa accueille des pélicans frisés (Pelecanus crispus, environ 200 couples nicheurs), des pélicans blancs et des cormorans pygmées, trois espèces globalement menacées.

Le lagon de Messolonghi, sur la côte ouest de la Grèce centrale, est la plus grande lagune de Grèce et accueille quelque 270 espèces d’oiseaux. La ville est également connue pour sa connexion avec Lord Byron, mort dans ses murs en 1824, et pour une gastronomie lacustre très particulière — avgotaraho (œufs de mulet séchés), anguilles et crevettes des lagunes.

Le delta Axios-Loudias-Aliakmon, à l’ouest de Thessalonique, est une zone humide d’importance internationale pour les oiseaux migrateurs. Au total, au moins 446 espèces d’oiseaux rares sont recensées dans les biotopes aquatiques de Grèce. Pour les ornithologues, les destinations de prédilection sont la forêt de Dadia, le delta de l’Evros, le lac Kerkini, la lagune de Gialova et le delta du Pénée.

→ Où se trouvent les zones humides protégées en Grèce ?

Réserves de biosphère et géoparcs UNESCO

Parmi les parcs nationaux grecs, le mont Olympe et le parc de Samaria ont été reconnus réserves de biosphère par l’UNESCO. La reconnaissance de l’Olympe remonte à 1981. Peu de randonneurs qui s’engagent sur les sentiers du massif savent qu’ils marchent dans l’une des premières réserves de biosphère européennes.

La Grèce compte également 4 géoparcs reconnus par le Réseau mondial des géoparcs UNESCO : l’île de Lesvos avec sa forêt pétrifiée (des troncs silicifiés vieux de 20 millions d’années), le parc naturel de Psiloritis en Crète, le parc national de Helmos-Vouraïkos à Kalavryta, et la région de la forêt nationale de Vikos-Aoös dans les Zagori d’Épire.

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Natura 2000 : 443 zones supplémentaires

Au-delà des parcs nationaux et des sites Ramsar, 443 zones supplémentaires ont été protégées en Grèce dans le cadre du réseau européen Natura 2000. Ce réseau couvre des habitats naturels et des espèces d’importance communautaire — forêts de sapins de Céphalonie, champs de posidonies en mer Égée, zones de nidification de rapaces rares, récifs coralliens récemment découverts autour de l’île de Fournoi. Ces zones ne sont pas toutes balisées pour le tourisme, mais certaines constituent des destinations de plein air remarquables, accessibles à pied ou en bateau.

→ Quels sont les zones Natura 2000 en Grèce ?