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Methana, la presqu'île volcanique oubliée entre Péloponnèse et golfe Saronique

Methana est une presqu’île volcanique accrochée à la pointe nord-est du Péloponnèse, face au golfe Saronique, à environ 2 heures de ferry du Pirée. Rattachée administrativement à l’Attique, reliée au continent par un isthme de moins de 300 mètres, elle vit comme une île sans en être une. Son volcan, qui appartient au même arc que ceux de Milos, Santorin et Nisyros, a connu sa dernière éruption vers 230 av. J.-C. et a laissé une trentaine de cratères, des sources chaudes et une ancienne ville d’eaux au charme suranné. Le New York Times l’a inscrite dans ses destinations 2023, sans que cela change grand-chose sur place : Methana reste un territoire de week-end athénien, largement épargné par le tourisme international.

Au sommaire

Le meilleur de Methana

Une seule route fait le tour de la presqu’île, dont l’intérieur montagneux culmine au mont Chelona (740 m). Au sud-est, Loutropoli Methana, la petite ville d’eaux et son port, concentre hébergements et tavernes : c’est la zone la plus animée, sans être touristique au sens classique. À l’ouest, le littoral du golfe d’Épidaure aligne le port de pêche de Vathy, l’acropole antique de Paleokastro et le village de Kaimeni Chora au pied du volcan : la zone la plus spectaculaire. Au nord et dans l’intérieur, des villages de montagne dépeuplés (Kounoupitsa, Kypseli, Makrylongos) et les sources naturelles d’Agios Nikolaos composent la zone la plus sauvage.

Loutropoli Methana, la ville d’eaux endormie

On débarque au pied d’un front de mer planté de palmiers, de cafés et de tavernes, dans une ambiance de station thermale des années 1960 qui n’a jamais vraiment été rénovée. L’exploitation organisée des sources sulfureuses commence ici en 1870 ; le grand bâtiment de bains de l’État, avec ses 40 baignoires de marbre, date de 1930 mais les deux bâtiments historiques du Volcanic Spa (📍) ne fonctionnent plus (on m’a indiqué que la fermeture remonte à 2017). L’odeur de soufre de la lagune de Vromolimni (« le rivage qui pue », le nom ne ment pas), alimentée par 25 sources sulfureuses aux eaux laiteuses, est toujours au rendez-vous, et l’eau chaude continue de se déverser dans la mer le long du front de mer. Seul l’hôtel Ai Pigai, héritier de l’établissement de bains de 1936, propose encore des soins thermaux, et les curistes grecs qui faisaient la prospérité de la station dans les années 1970 ont presque disparu. Cette léthargie fait tout le caractère du lieu : une marina de voiliers, des vieux messieurs aux terrasses, et aucune boutique à souvenirs. Juste à côté du port, l’îlot boisé des Agios Anargyri, relié par une chaussée, se parcourt par un sentier périphérique dallé entre pins, lauriers-roses et vestiges de murailles antiques : la promenade idéale au coucher du soleil, prolongée par une piste piétonne côtière vers la plage de Limnionas. Au-dessus de l’isthme, le fort de Fabvier rappelle que le général philhellène français Charles Fabvier organisa ici, en 1826, la première armée régulière grecque, sur les ruines d’une fortification athénienne du Ve siècle av. J.-C. Le village de Taktikoupoli, en face, doit son nom à cette armée « régulière » (taktikos).

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Vathy, Paleokastro et le volcan de Kaimeni Chora

La côte ouest est le grand moment du séjour. Vathy est un minuscule port de pêche abrité, quelques maisons, deux ou trois tavernes de poisson les pieds dans l’eau et l’un des plus beaux couchers de soleil du golfe d’Épidaure. Sur la colline voisine de Paleokastro se dressent les restes de l’acropole de l’ancienne Methana, occupée depuis le Néolithique, fortifiée par les Athéniens en 425 av. J.-C. pendant la guerre du Péloponnèse, puis transformée au IIIe siècle av. J.-C. en base navale des Ptolémées sous le nom d’Arsinoé ; la cité frappait alors sa propre monnaie à l’effigie d’Héphaïstos, dieu du feu. Sous la colline, des vestiges de constructions antiques et l’ancienne jetée sont visibles dans la mer : une partie de la ville basse a été engloutie, et on nage littéralement au-dessus des ruines. Sur la colline voisine d’Agios Konstantinos, les fouilles ont mis au jour dans les années 1990 un habitat mycénien avec figurines et bijoux, peut-être lié à un culte de Poséidon ; les trouvailles sont exposées au musée archéologique de Poros, la presqu’île n’ayant pas de musée propre. À 4,5 km de Vathy, la route grimpe vers Kaimeni Chora, « le village brûlé », une quinzaine d’habitants, des maisons posées contre la coulée de lave et des cavités naturelles à température constante de 16°C que les habitants utilisent comme garde-manger. C’est de là que part le sentier du cratère historique, décrit dans la section randonnées. En reprenant la côte vers Vathy, la grotte de Peristeri (250 m de galeries, trois salles, vieille de 2,5 millions d’années) fait face à une petite plage isolée, et tout au bout de la pointe ouest, la chapelle de Krasopanagia aurait été bâtie par un marin sauvé du naufrage, qui gâcha son mortier au vin plutôt qu’à l’eau (krasi, le vin).

Les villages du nord et les sources d’Agios Nikolaos

La montagne de Methana se dépeuple mais ne s’est pas encore muséifiée. Kounoupitsa, Agioi Theodoroi et Kypseli, l’un des plus vieux villages de la presqu’île, alignent maisons de pierre, ruelles étroites et vues plongeantes sur Égine et Agistri. Près de Kounoupitsa, la chapelle post-byzantine d’Agios Dimitrios, l’une des plus anciennes de la presqu’île, conserve fresques et icônes anciennes ; à Makrylongos, une trentaine d’habitants et une église peinte en blanc et bleu veillent sur l’un des plus beaux panoramas du Saronique. Ces villages se traversent en silence, entre moulins en ruine et chapelles isolées : c’est la Grèce d’avant le tourisme, à 2 heures d’Athènes. Sur le plateau de Throni, au-dessus de Megalochori, subsistent une tour du IVe siècle av. J.-C. et les restes d’un pressoir à huile antique, au bord du plus grand cratère terrestre de la presqu’île. Sur la côte nord, Agios Georgios est le second petit port de pêche de Methana, connu pour ses tavernes et pour le Petrokaravo, un cargo allemand en béton de la Seconde Guerre mondiale, échoué et reconverti en brise-lames. Un peu plus loin, à Agios Nikolaos, les bains de Pausanias sont des bassins naturels d’eau chaude sulfureuse au bord de la mer, que les sources grecques présentent comme la source la plus riche du monde en acide silicique. Le périégète Pausanias mentionnait déjà ces eaux au IIe siècle, en les liant à l’éruption survenue sous Antigone Gonatas. Ce sont aujourd’hui les seuls bains en accès libre de la presqu’île : on s’y baigne dans des vasques rudimentaires, sans aucune infrastructure, et il faut éviter de rester dans les cavités fermées où s’accumulent les gaz.

Que valent les randonnées et le sentier du volcan de Methana ?

Methana est un vrai terrain de randonnée volcanique, à condition de savoir ce qu’on y trouve. Le réseau historique d’environ 60 km de sentiers, balisé à partir des années 1990 par le géologue allemand Tobias Schorr avec l’architecte Spyros Papaioannou, a souffert du manque d’entretien : une partie des itinéraires s’est refermée sous la végétation, avant qu’une initiative locale menée par Elias Rizos ne rouvre et rebalise plus de 35 km de chemins. Concrètement, les grands classiques sont fiables, le reste demande une trace GPS (l’application topoguide Greece couvre 21 itinéraires sur la presqu’île) ou un accompagnement.

L’incontournable est la montée au cratère historique depuis Kaimeni Chora : environ 30 minutes sur un sentier taillé dans la lave, entre blocs rougeâtres et pins d’Alep, jusqu’à un cratère de 100 m de diamètre et 50 m de profondeur, avec une vue qui porte jusqu’à Égine. C’est à mes yeux la plus belle marche courte du golfe Saronique, et elle se fait toute l’année. Prévoyez de bonnes chaussures et de l’eau, le terrain est instable par endroits, surtout après les pluies. Autre belle course, plus exigeante : de Megalochori au hameau abandonné de Panagitsa et à sa chapelle byzantine perchée à 550 m, puis jusqu’au sommet du Chelona (740 m), ses citernes probablement byzantines et son panorama du Péloponnèse à l’Attique. Les sentiers de l’est relient Stavrolongos, Kounoupitsa et le plateau de Throni à travers cratères, tours antiques et pinèdes. Pour préparer un séjour marche en Grèce plus large, voyez aussi nos conseils randonnée et trek en Grèce.

Quelles sont les plus belles plages de Methana ?

On ne vient pas à Methana d’abord pour ses plages, mais elles réservent de vraies surprises, avec une signature volcanique unique dans le Saronique : des galets rouges, gris et noirs sur plusieurs criques, et des eaux d’une clarté remarquable sur toute la côte du golfe d’Épidaure. Autre bon point : aucune plage de la presqu’île n’est privatisée par des rangées de transats à réservation, un luxe devenu rare en Grèce.

Autour de la ville d’eaux, la plage de Limnionas est la plus séduisante : sable fin, eaux turquoise et pins qui descendent presque jusqu’à la mer, avec un beach bar en saison, à courte distance à pied du port par la promenade côtière. La petite plage de Nisaki, à l’entrée de la ville, est la plus pratique en famille : sable, transats, cafés à quelques mètres et baignade surveillée par la vie du port. La plage de l’îlot des Agios Anargyri, une jolie langue de sable au pied des pins, complète ce trio urbain accessible sans voiture.

Sur la côte ouest, Paleokastro est la plage la plus singulière : des galets volcaniques rouges et noirs face aux eaux vert-bleu du golfe d’Épidaure, deux tavernes de poisson en terrasse, et l’acropole antique juste au-dessus. On s’y gare le long de la route et on alterne baignade, déjeuner et ruines : difficile de faire plus grec. Près de Vathy, la crique de sable d’Almyra reste confidentielle et convient à ceux qui cherchent le calme absolu, tandis que la petite plage face à la grotte de Peristeri est l’une des plus sauvages de la presqu’île : aucun aménagement, aucune ombre, prévoyez eau et parasol.

Au nord, Agios Georgios combine sable, eaux claires, verdure et tavernes à quelques mètres du rivage : la meilleure adresse pour une journée baignade et poisson grillé. La plage de galets d’Agios Nikolaos, voisine des bains de Pausanias et équipée de transats en été, permet d’alterner bassins d’eau chaude et baignade en mer, une combinaison unique dans le Saronique. Partout, la fréquentation reste très raisonnable, même en août : les plages de Methana absorbent sans peine les visiteurs du week-end.

Quelques liens pour aller plus loin
  • Superficie : environ 50 km² (unité municipale de Methana)
  • Point culminant : mont Chelona, 740 m
  • Environ 1 350 habitants permanents (recensement 2021)
  • Port principal : Methana (Loutropoli Methana) ; port secondaire de pêche : Vathy
  • Aéroport le plus proche : Athènes Elefthérios-Venizélos (environ 2h30 de route)

Comparez les îles avec notre indicateur touristique des iles grecques

  • Février ou mars (selon le calendrier orthodoxe) : carnaval de Methana, Loutropoli Methana.
  • 23 avril : fête patronale d’Agios Georgios, village de Kounoupitsa.
  • Mai : Salon du bateau traditionnel (Naftiko Saloni Methanon), port de Methana.
  • Été : représentations et concerts au théâtre de plein air de Kaimeni Chora.
  • Août : festival culturel de Methana (musique, théâtre, danse), divers villages de la presqu’île.
  • Juin à août : festival d’Athènes et d’Épidaure au théâtre antique d’Épidaure, accessible depuis Methana.

La carte de Methana

Comment venir et se déplacer à Methana ?

En ferry, la compagnie Saronic Ferries relie toute l’année Le Pirée (porte E8) à Methana en environ 2 heures, avec escale à Égine et continuation vers Poros ; les navires embarquent les voitures, et les fréquences se réduisent hors saison. Nos conseils pour les billets de ferry s’appliquent ici aussi. Par la route, comptez environ 170 km et 2h30 depuis Athènes : autoroute Athènes-Corinthe, sortie 10 (Corinthe-Épidaure), puis la route côtière via Épidaure. Un bus KTEL Argolide quotidien relie Athènes à Galatas via Methana. Sur place, la voiture est presque indispensable : le réseau de bus local est squelettique et l’offre de location très limitée, d’où l’intérêt du ferry avec véhicule ou d’une location de voiture prise à Athènes. Methana se combine naturellement avec le théâtre d’Épidaure, à moins d’une heure de route, ou avec les îles Saroniques desservies par la même ligne.

→ Conseils pour la réservation des ferries

Prochaine(s) traversée(s)

Que mange-t-on à Methana ?

Methana n’a pas de grande tradition gastronomique codifiée, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. Sa vraie spécialité, c’est le poisson frais : les caïques de Vathy et d’Agios Georgios alimentent en direct les tavernes de ces deux ports, qui comptent parmi les meilleures tables à poisson du golfe Saronique, à des prix encore raisonnables. La ville d’eaux aligne ses psarotavernes le long du front de mer, et un petit marché de producteurs se tient le matin près de la marina.

Le terroir volcanique donne par ailleurs de bons produits simples : huile d’olive, vin de pays, figues, amandes et un origan réputé localement pour son parfum. À Kaimeni Chora, certaines familles conservent encore vin et provisions dans les cavités de lave à 16°C qui servent de celliers naturels. Aucun produit de la presqu’île ne bénéficie en revanche d’une appellation AOP ou IGP enregistrée. Pour l’anecdote gourmande, la célèbre forêt de citronniers (le lemonodasos) se trouve de l’autre côté de l’isthme, au-dessus de Galatas : au printemps, sa floraison embaume et des stands vendent de la citronnade sur la route.

    • La montée au cratère du volcan depuis Kaimeni Chora, 30 minutes dans la lave pour l’un des paysages les plus singuliers de Grèce.
    • Un bain dans les vasques naturelles des bains de Pausanias à Agios Nikolaos, eau chaude sulfureuse face à la mer, gratuit et sans infrastructure.
    • Le coucher de soleil sur le port de Vathy, un verre en terrasse pendant que les caïques rentrent, face aux montagnes du Péloponnèse.
    • Le tour de l’îlot des Agios Anargyri au soir, entre pins, murailles antiques et vue sur le Saronique.
    • Un déjeuner de poisson à Agios Georgios ou à Vathy, commandé au poids, pêché le matin même par les caïques du village.
    • La plage de Paleokastro et ses galets volcaniques rouges et noirs, avec l’acropole antique de Methana juste au-dessus.
    • La chapelle de Krasopanagia, bâtie selon la légende avec du vin en guise d’eau, à la pointe ouest de la presqu’île.
    • Les villages de montagne de Kounoupitsa et Kypseli, leurs maisons de pierre et leurs vues plongeantes sur Égine et Agistri.
    • Le Petrokaravo d’Agios Georgios, cargo allemand en béton de la Seconde Guerre mondiale devenu brise-lames du petit port.
    • La lagune soufrée de Vromolimni et le front de mer rétro de la ville d’eaux, témoin d’un thermalisme grec en sommeil.
    • Une soirée au théâtre antique d’Épidaure pendant le festival d’été, à moins d’une heure de route de la presqu’île.

Où dormir à Methana ?

L’essentiel de l’offre se concentre à Loutropoli Methana, la ville d’eaux : c’est la base la plus pratique, avec tavernes, commerces et ferry à pied. Vathy et les villages n’offrent que quelques locations saisonnières,.Pas vraiment d’hotels de charmes mais des établissements parfois un peu vieillissants et dans leur jus. Cela fait aussi parti du charme de Methana.

  • Pension Vienna : maison d’hôtes un peu en retrait de la mer, rue Maltezou, hôtesse austro-grecque Maria Triantafyllou, chambres avec kitchenette, certaines terrasses vue mer, 300 m du port).Un bon rapport qualité-prix
  • Apollon Hotel (Intermédiaire) : Une hotel d’une autre époque qui propose des studios avec kitchenette et balcon en front de mer, accès direct à la plage, à quelques minutes à pied du port.
  • Avra Hotel (Abordable) : hôtel simple et bien tenu du front de mer, apprécié pour son emplacement central et son rapport qualité-prix.
  • Villa Popi (Abordable) : chambres dans un grand jardin en léger retrait de la ville, calme, accueil familial, bon point de chute pour cyclistes et randonneurs.
  • Anastasia Studios : studios avec kitchenette, jardin, parking gratuit, 300 m du port et de la plage). Abordable.

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