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Prendre sa retraite en Grèce : ce qu'il faut vraiment savoir avant de partir

La Grèce est devenue, en quelques années, une destination sérieuse pour les retraités européens. Pas seulement pour ses plages. Le régime fiscal introduit en 2020, qui permet d’être imposé à 7% forfaitaires sur ses revenus étrangers pendant quinze ans, a changé la nature des conversations. On n’entend plus seulement des retraités qui rêvent d’une terrasse face à la mer Égée mais on entend des gens qui font des calculs, qui comparent avec le Portugal, et qui cherchent un avocat fiscaliste à Athènes.

Ce guide n’est pas un guide fiscal. Il ne remplacera pas un expert-comptable, et vous en aurez besoin. Ce qu’il essaie de faire, c’est de répondre à la question qui vient après : est-ce que je veux vraiment vivre en Grèce ?

Le régime fiscal à 7% : réel, mais conditionné

La loi 4714 du 31 juillet 2020 a introduit un régime d’imposition alternatif pour les retraités français qui transfèrent leur résidence fiscale en Grèce. Le principe : tous les revenus de source étrangère c’est à dire pension, dividendes, loyers hors Grèce, plus-values, sont imposés à un taux forfaitaire unique de 7%, pendant quinze ans. L’impôt est payé en une seule fois, avant la fin juillet de chaque année.

C’est objectivement compétitif. Plus avantageux que l’ancien régime RNH portugais (durci depuis, puis supprimé), plus long que le dispositif équivalent en Italie (dix ans). Mais les conditions méritent d’être lues attentivement.

Pour en bénéficier, il faut ne pas avoir été résident fiscal en Grèce pendant au moins cinq des six années précédant la demande. Il faut percevoir une pension de source étrangère (publique ou privée). Il faut résider physiquement en Grèce plus de 183 jours par an pour maintenir la résidence fiscale. Et la demande doit être déposée avant le 31 mars de l’année suivant l’installation, auprès du bureau des impôts des résidents étrangers à Athènes.

Un point crucial pour les retraités français que la plupart des guides escamotent : la convention fiscale signée entre la France et la Grèce le 20 mai 2022 (entrée en vigueur le 30 décembre 2023) distingue clairement les pensions du secteur privé, imposables en Grèce et donc éligibles au taux de 7%, des pensions du secteur public (fonctionnaires, agents de l’État) qui restent imposables en France selon le droit commun français. Si vous étiez enseignant, policier ou agent territorial, le régime ne s’applique pas à votre pension principale. Consultez un fiscaliste franco-grec avant de prendre toute décision.

Ce guide s’adresse en priorité aux retraités français, mais la question se pose naturellement pour les lecteurs belges, suisses ou canadiens. La réponse varie selon les pays. Les retraités belges ne peuvent pas bénéficier du régime à 7% : la convention fiscale Grèce-Belgique de 2004 (article 18§2) l’exclut explicitement, leurs pensions restent imposables en Belgique, même en résidant en Grèce.
Les retraités suisses et canadiens sont en revanche éligibles en principe, leurs pays ayant conclu des conventions de coopération administrative avec la Grèce. La situation des retraités suisses mérite une attention particulière selon la nature de la pension (AVS, LPP, 2e pilier), chaque cas étant différent. Dans tous les cas, une consultation avec un fiscaliste spécialisé est indispensable avant toute décision.

Coût de la vie : la vraie équation

On lit souvent que le coût de la vie en Grèce est 20 à 30% inférieur à celui de la France. C’est approximativement juste, à condition de savoir ce qu’on compare. Ce qui coûte réellement moins cher : les produits alimentaires frais achetés sur les marchés locaux (la Grèce produit d’excellents fruits, légumes, poissons, fromages), les services à la personne (ménage, jardinage, artisanat), la restauration dans les tavernes de quartier, et surtout le logement, dès qu’on sort des zones touristiques. Dans une ville comme Kalamata, au Péloponnèse, un appartement confortable se loue entre 300 et 500 euros par mois. À Patras, moins encore. Ce qui n’est pas moins cher, ou plus vraiment : les produits importés de France, l’électricité (les factures ont augmenté ces dernières années), l’assurance santé privée qui est indispensable pour la plupart des expatriés, et de petites choses comme l’immatriculation d’un véhicule étranger après six mois, qui peuvent représenter une somme significative. Et puis il y a ce que personne ne dit clairement : s’installer dans une zone très touristique pour sa retraite, c’est subir les prix de la haute saison à l’année. C’est le cas à Santorin, Mykonos, Paros, la ville de Rhodes mais également dans les meilleurs quartiers à Athènes. Le prix de l’immobilier et les loyers ont été dopés par le tourisme et l’attrait de la carte postale peut devenir une contrainte réelle. Athènes est un cas à part. La capitale a connu une hausse significative des loyers ces dernières années, portée notamment par le développement des locations courte durée et l’afflux de télétravailleurs étrangers. Dans les quartiers centraux prisés, Kolonaki, Pangrati, Koukaki ou meme Exarchia, un appartement d’une à deux chambres se loue aujourd’hui entre 700 et 1 200 euros par mois. Les quartiers de la riviera sud (Glyfada, Vouliagmeni), recherchés pour leur cadre et leur proximité à la mer, affichent des prix comparables voire supérieurs. Des alternatives plus abordables existent dans des quartiers résidentiels moins centraux comme Nea Smyrni, Ilioupoli ou Kallithea, où les loyers restent entre 500 et 750 euros pour un appartement confortable. L’immobilier à l’achat à Athènes a lui aussi sensiblement progressé, même s’il reste nettement en dessous des grandes capitales d’Europe occidentale. Budget mensuel recommandé : entre 1 100 et 1 500 euros minimum pour vivre confortablement hors des zones touristiques.

Santé : des droits maintenus, mais une organisation à anticiper

C’est souvent la question qui bloque les projets. La réponse est plus rassurante qu’on ne le pense, mais elle mérite d’être précise.

En tant que retraité ressortissant de l’Union européenne, vous ne perdez pas vos droits à la Sécurité sociale française. Le formulaire S1, que vous obtenez auprès de votre caisse d’assurance maladie avant le départ, vous permet de bénéficier du système de santé public grec, l’EOPYY, dans les mêmes conditions que les assurés grecs. La couverture est réelle.

La réalité du système public grec est cependant celle d’un pays qui a subi une décennie de coupes budgétaires sévères : délais d’attente, barrière linguistique en dehors des grandes villes, équipements inégaux selon les régions. Dans les petites îles et les zones rurales, l’accès à un spécialiste peut nécessiter un déplacement sur le continent, parfois urgent.

La majorité des expatriés structurent leur couverture en deux niveaux. Le formulaire S1 maintient l’accès au système public grec (EOPYY), médecins et hôpitaux conventionnés, dans les mêmes conditions que les assurés grecs. Mais les cliniques privées grecques, modernes et souvent de meilleure qualité pour les soins spécialisés, ne sont pas couvertes par ce mécanisme : elles fonctionnent en paiement direct. C’est pourquoi la plupart des retraités installés souscrivent également une assurance santé internationale complémentaire dès l’arrivée, qui prend en charge les consultations privées et surtout les hospitalisations, un risque financier réel sans couverture adaptée. Sachez que si vous êtes hospitalisé, si vous devez bénéficier de soins médicaux à l’étranger ou être rapatrié pour des questions sanitaires, l’État français ne prendra pas en charge vos frais de santé (voir sur le site de l’Ambassade de France).

Si vous avez des besoins médicaux réguliers et spécialisés, le choix géographique est un critère de premier ordre : il n’est pas raisonnable de s’installer sur une petite île des Cyclades en comptant sur le système de santé local hors saison.

Où s’installer : Athènes bien sur mais pas uniquement

Les retraités francophones se concentrent dans quelques zones bien identifiées. Athènes et sa riviera sud (Glyfada, Vouliagmeni) pour ceux qui veulent les infrastructures d’une grande capitale européenne (musées, vols directs vers la France, hôpitaux…). Thessalonique est un bon choix pour ceux qui cherchent une ville à taille humaine, une scène culturelle riche et des loyers sensiblement moins élevés tout en conservant un aéroport international. Et la Crète, la Canée pour son charme préservé et sa communauté internationale bien établie, Héraklion pour ses infrastructures complètes sont deux bonnes options.

Mais c’est le Péloponnèse qui mérite peut-être une attention particulière. Nauplie, l’ancienne capitale de la Grèce indépendante avec son architecture vénitienne et sa baie protégée. Kalamata, ville portuaire dynamique à l’année, connue pour ses olives et ses plages de sable noir. Pylos, plus petite, face à la baie de Navarin. Ces destinations offrent une vie locale authentique, un coût immobilier parmi les plus bas du pays, et une proximité avec Athènes qui rassure.

Pour les îles, il faut distinguer celles qui vivent vraiment à l’année de celles qui se vident entre novembre et avril. La Crète et Rhodes ont une vie économique et des infrastructures qui fonctionnent hors saison. Corfou également. En revanche, les petites Cyclades, Sifnos, Tinos, et même Paros dans une certaine mesure, deviennent trèèès calmes à l’automne : certains commerces ferment, les fréquences de ferry diminuent, et la solitude peut être plus pesante que vous ne l’imaginez. Santorin et Mykonos sont à réserver aux séjours, pas à la résidence permanente.


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Les démarches : anticiper les lenteurs

La Grèce est un pays de l’Union européenne, ce qui simplifie l’essentiel. Un ressortissant français peut s’y installer librement. Mais les formalités administratives, une fois sur place, demandent de la patience et souvent l’aide d’un professionnel local.

La première démarche est l’obtention de l’AFM (Αριθμός Φορολογικού Μητρώου), le numéro d’identification fiscale grec. C’est le sésame de toute vie administrative en Grèce : ouvrir un compte bancaire, signer un bail, payer une facture d’électricité, déposer une demande de régime fiscal préférentiel : tout commence par l’AFM. Il s’obtient auprès du bureau des impôts local (εφορία) sur présentation du passeport.

Après trois mois de résidence, l’enregistrement auprès du bureau des étrangers de la police hellénique est requis. La demande de régime fiscal à 7% doit ensuite être déposée avant le 31 mars de l’année suivant l’installation, avec les justificatifs de la caisse de retraite étrangère. L’administration fiscale grecque dispose de 60 jours pour répondre.

Sur l’achat immobilier : c’est possible et souvent attractif financièrement, mais ce n’est pas une décision à prendre à la va-vite. Les démarches légales en Grèce ne sont pas toujours évidentes et les délais peuvent parfois surprendre. La aussi vous aurez besoin d’etre bien accompagné. Notre conseil est de louer au moins quelques mois ou une année avant d’acheter. Cela vous donnera le recul pour prendre vos décisions de façon plus réfléchie.

Ce que les guides fiscaux ne disent pas toujours

S’installer en Grèce pour sa retraite, c’est choisir un rythme de vie. Pas seulement une optimisation fiscale.

La langue grecque n’est pas indispensable pour survivre, l’anglais est parlé dans les zones touristiques et les grandes villes. Mais apprendre le grec, même les bases, et à minima l’alphabet, change fondamentalement l’expérience : soudainement, le marché devient une conversation, la voisine une ressource (et vous aurez vite fait de comprendre qu’en Grèce, beaucoup de choses se résolvent mieux par relation que par les voies officielles…), la ville un espace habitable plutôt qu’un décor. La première tasse de café grec commandée correctement est une petite victoire qui ne coûte rien.

Il y a aussi ce que personne ne formule franchement dans les guides : la question du vieillissement sur place. Que se passe-t-il si la santé se dégrade significativement ? Si un conjoint décède ? Si le retour en France devient nécessaire ? Ces questions ne doivent pas empêcher le projet, mais elles méritent d’être pensées en amont — d’autant que le droit des successions pour les biens situés en Grèce suit des règles grecques, et que le régime à 7% n’exonère pas des droits de succession ni de donation sur les actifs étrangers.

La Grèce est un pays qui respecte profondément ses aînés. C’est une réalité culturelle, pas un argument de vente. Les personnes âgées y ont une place visible dans la vie sociale, dans les cafés, dans les fêtes de village. C’est peut-être l’un des meilleurs arguments pour y passer sa retraite, et il n’a rien à voir avec la fiscalité.

Se faire accompagner : un investissement, pas une option

La Grèce attire, mais elle peut décourager ceux qui affrontent seuls ses méandres administratifs. Le régime fiscal à 7%, l’achat immobilier, le transfert de résidence, la coordination avec les caisses de retraite françaises, chacune de ces démarches a ses délais, ses formulaires, ses interlocuteurs spécifiques, et ses pièges pour qui ne connaît pas le système.

Un avocat fiscaliste franco-grec est indispensable pour valider l’éligibilité au régime à 7%, préparer le dossier de demande et anticiper les interactions avec la convention bilatérale. Un avocat local, distinct du fiscaliste, est tout aussi nécessaire si vous envisagez un achat immobilier : vous trouverez facilement sur les forums les témoignages de personnes avec des expériences malheureuses avec des avocats incompétents ou peu scrupuleux

Nous pouvons vous recommander des professionnels sérieux, francophones ou anglophones, intervenant en Grèce : un avocat spécialisé en droit immobilier grec, un fiscaliste maîtrisant la convention France-Grèce, et si besoin un conseiller en installation pour les premières démarches administratives (AFM, compte bancaire, enregistrement de résidence). Contactez-nous pour obtenir ces recommandations.