Skip to content

Salamine, ni carte postale ni station balnéaire, mais deux mille ans d'histoire

Salamine (Salamina) est la plus grande île du golfe Saronique et la plus proche d’Athènes : à peine 1 kilomètre de détroit, franchi jour et nuit par les ferries. Disons-le d’emblée, ce n’est pas une destination touristique. Sa façade est aligne chantiers navals, base militaire et urbanisation continue, sur un littoral abîmé où l’on ne se baigne pas. C’est précisément ce qui l’a préservée : aucune industrie du tourisme ne s’y est installée, et Salamine est restée une île grecque authentique, populaire, boisée et sauvage dans son sud. On y vient d’abord pour l’histoire, celle de la bataille navale de 480 avant J.-C., d’Ajax et d’Euripide, né ici. Et pour s’échapper d’Athènes un jour ou trois, à un quart d’heure de bateau.

Au sommaire

Le meilleur de Salamine

Salamine est une île collinaire d’environ 95 km², l’île la plus densément peuplée de Grèce avec quelque 37 000 habitants répartis en 35 localités côtières. Trois zones la structurent. Le nord réunit Salamine ville (Koulouri), la capitale, et la presqu’île boisée de Faneromeni avec son monastère. La façade est, face à Pérama, concentre le port de Paloukia, Ambelakia, Kynosoura et Sélinia : c’est la partie urbanisée et industrielle, chargée d’histoire mais peu balnéaire. Le sud, enfin, autour d’Aianteio, de Kanakia et de Peristeria, est couvert d’une grande forêt de pins et abrite les meilleures plages : c’est la Salamine qui surprend.

Salamine ville et le nord : musées, monastère et front de mer

La capitale, que les habitants appellent toujours Koulouri, du nom de la baie arrondie qui l’abrite, aligne cafés et tavernes sur un long front de mer tourné vers le couchant. On y sent une vraie vie de bourg grec, loin de toute mise en scène touristique : marché aux poissons le matin, volta du soir sur la promenade, places ombragées comme celle d’Alonia, dédiée au chanteur de démotika Georgios Papasideris, enfant du pays. Quelques belles maisons néoclassiques rappellent une prospérité ancienne, dont l’ancienne demeure de la famille Galeos attribuée à l’architecte Ziller, face à la place Agios Minas. Deux musées méritent le détour. Le Musée archéologique, installé dans une école construite en 1831 sous Kapodistrias, rassemble les trouvailles de l’île, des idoles préhistoriques aux reliefs funéraires, y compris des objets de l’acropole mycénienne de Kanakia (fermé le mardi). Le Musée d’art populaire et d’histoire, dans le centre culturel de la mairie, conserve costumes locaux, instruments de marine et armes de la révolution de 1821. Dans l’église Agios Dimitrios, décorée par le sculpteur Yannoulis Chalepas et le peintre Polychronis Lempesis, repose Georgios Karaiskakis : blessé au Phalère en 1827, le héros de la guerre d’indépendance demanda à être enterré dans cette église qu’il considérait comme sa protectrice.

Au nord-ouest, la route traverse la colline de Patris, dominée par le théâtre Euripideio, un théâtre de plein air moderne où se tient le festival d’été de la commune, avant d’atteindre le monastère de Faneromeni, posé dans les pins face aux côtes de Mégare. Fondation médiévale restaurée au 17e siècle par le moine Lavrentios, canonisé depuis, ce couvent de femmes toujours actif servit de refuge pendant la guerre d’indépendance ; ses fresques valent la visite. Juste en face, l’ancien hangar à barques du monastère devint la maison du poète Angelos Sikelianos, l’une des grandes voix de la poésie grecque du 20e siècle, qui y vécut avec sa femme Anna : la petite maison se visite en semaine sur rendez-vous.

La façade est : sur les lieux de la bataille de Salamine

Entre Paloukia et Kynosoura, le paysage est industriel : chantiers navals, base de la marine de guerre, urbanisation continue. On ne vient pas ici pour se baigner, mais pour l’histoire. À Ambelakia, l’anse envasée du village correspond au port antique de Salamine, d’où les trières partirent au combat en 480 avant J.-C. ; des vestiges de maisons, de remparts et une tour sont visibles au milieu du village moderne, et des fouilles sous-marines explorent depuis plusieurs années les structures du port englouties dans la baie. La cité antique, qui frappait sa propre monnaie au 4e siècle avant J.-C., prospérait alors dans l’orbite d’Athènes. Sur la presqu’île de Kynosoura, le tumulus des combattants de Salamine, tombe collective des marins grecs tombés dans le détroit, offre le point de vue le plus émouvant sur le champ de bataille : d’ici, on embrasse d’un regard le bras de mer où quelque 370 trières grecques piégèrent une flotte perse deux fois supérieure, incapable de manœuvrer dans le détroit. Un monument de bronze y salue les morts, dans un décor étrange où la mémoire antique côtoie les grues des chantiers navals. Au nord, le hameau de Kamatero conserve quelques villas anciennes face à l’îlot d’Agios Georgios et aux côtes d’Éleusis. Plus au sud, Sélinia est la station balnéaire historique des Athéniens, avec ses villas de week-end, son petit théâtre de pierre et ses tavernes de poisson en enfilade, puis la route continue vers la jolie baie de Kaki Vigla, déjà plus verte et plus calme.

Organiser votre voyage: où dormir sur Salamine

Le sud : la forêt, Kanakia et le palais d’Ajax

Passé Aianteio, gros village à 5 kilomètres de la capitale, la route s’enfonce dans le plus grand massif forestier du Saronique, une forêt de pins dense qui descend par endroits jusqu’à la mer. C’est la partie de l’île que je préfère, et celle qui justifie à elle seule la traversée. Au bout de 16 kilomètres, on atteint Kanakia, hameau de pêcheurs d’à peine 200 habitants resté à l’écart de tout développement touristique : une longue plage de galets fins, un ilot en face, et une unique taverne, le Meltemi, qui cuisine les prises des barques du golfe. Sur la colline dominant la plage, des fouilles menées depuis les années 2000 ont mis au jour une acropole mycénienne occupée jusque vers 1200 avant J.-C., avec des bâtiments de niveau palatial : les archéologues y voient le siège du royaume d’Ajax, le héros de l’Iliade, et les objets découverts attestent des échanges avec l’Égypte. À Peristeria, un sentier grimpe en vingt minutes vers la grotte d’Euripide, cavité à dix salles fouillée dans les années 1990, occupée du Néolithique au Moyen Âge : la tradition antique en fait le refuge où le dramaturge, natif de l’île, composait ses tragédies. Sur la route de Kaki Vigla, ne manquez pas l’olivier d’Orsa, un arbre monumental dont l’âge est estimé à 2 500 ans : il serait ainsi le seul être vivant contemporain de la bataille.

Pourquoi la bataille de Salamine a-t-elle changé l’histoire ?

En septembre 480 avant J.-C., la situation grecque est désespérée. Les Thermopyles sont tombées, la Béotie s’est soumise, Athènes a été prise et incendiée : la fumée de l’Acropole en ruines sert d’arrière-plan au combat. La flotte des cités coalisées, environ 370 trières fournies par une vingtaine de villes, s’est réfugiée dans le détroit face à une armada perse à peu près deux fois plus nombreuse. Les chiffres antiques sont discutés, la disproportion ne l’est pas.

Le stratège athénien Thémistocle impose de livrer bataille ici, contre l’avis des Péloponnésiens qui veulent se replier sur l’Isthme, et fait parvenir à Xerxès un message lui laissant croire que les Grecs s’apprêtent à fuir. Les Perses manœuvrent toute la nuit, épuisent leurs rameurs, puis s’engagent au matin dans le goulet. Entassés, incapables de manœuvrer, leurs lourds vaisseaux sont éventrés par les trières grecques, plus légères. Xerxès assiste au désastre depuis la côte. Deux à trois cents navires perses sont perdus, contre une quarantaine côté grec.

Les conséquences dépassent de loin la journée. Xerxès repart en Asie avec le gros de ses forces et laisse Mardonios se faire écraser à Platées l’été suivant : l’invasion est terminée. Athènes, ruinée, se relève, fortifie Le Pirée et prend la tête d’une alliance maritime, la ligue de Délos, matrice de son empire et du siècle de Périclès. Les historiens soulignent un autre effet, intérieur celui-là : la victoire doit tout aux rameurs, les citoyens les plus pauvres, ce qui pèsera sur l’approfondissement de la démocratie athénienne. Eschyle, qui aurait combattu ici, en tira Les Perses, plus ancienne tragédie grecque conservée.

Peut-on randonner à Salamine ?

Oui, et c’est l’une des bonnes surprises de l’île. L’intérieur de Salamine, inhabité, alterne collines pierreuses et forêts denses : le point culminant, le Mavrovouni, atteint 365 mètres au centre de l’île, et les hauteurs boisées du sud approchent 350 mètres. Ce massif du sud, entre Aianteio, Kanakia et le versant de Peristeria, offre le meilleur terrain : un réseau de pistes forestières et de sentiers, longtemps informel et aujourd’hui en cours de balisage, y dessine des boucles à travers une pinède archétypale, deux pas seulement derrière le vacarme du littoral. Les vététistes s’y sont taillé des dizaines d’itinéraires recensés sur les plateformes spécialisées, et le relief modéré rend l’ensemble accessible à tout marcheur régulier, y compris en hiver.

Deux buts de balade en particulier sont interesants. Depuis Kanakia, on monte vers le monastère Agios Nikolaos Lemonion, couvent de femmes refondé en 1966 au cœur de la forêt, réputé pour ses citronniers plantés vers 1800, avec une source et une vue portant d’Éleusis à Athènes ; tout près se cache la chapelle byzantine Agios Ioannis Kalyvitis, datée du 10e siècle, l’un des plus vieux édifices de l’île. Les crêtes voisines portent des ruines de fryktories, ces tours à feux antiques qui relayaient les signaux à travers le Saronique. Au nord, la presqu’île de Faneromeni se prête à une promenade facile entre pins, moulins ruinés et rivages à coquillages. Aucune zone Natura 2000 ne couvre l’île, et les petites zones humides des fonds de baie sont très dégradées : la nature de Salamine survit dans ses collines, pas sur ses côtes.

Où se baigner à Salamine ? Les plages à choisir et celles à éviter

Disons-le franchement : on ne se baigne pas partout à Salamine. Toute la façade nord-est, de Paloukia à Kynosoura, fait face aux chantiers navals de Pérama et aux installations portuaires ; l’eau y est celle d’une rade industrielle, et le naufrage du pétrolier Agia Zoni II en 2017 a rappelé la fragilité de ce littoral. Les plages qui comptent sont ailleurs, au sud et à l’ouest.

Dans le sud, Kanakia est souvent citée comme la plus belle plage de l’île : galets fins, eau claire, pinède en toile de fond, quelques oursins près des rochers. Elle se remplit de familles athéniennes les week-ends d’août, quand la moitié de l’île semble s’y donner rendez-vous, mais reste paisible en semaine et hors saison. L’îlot rocheux qui lui fait face, inaccessible sans bateau, ferme joliment l’horizon. Peristeria est la plage organisée du sud, avec tavernes et transats, et cache tout près une petite anse dite d’Agios Nikolaos, aux allures de piscine naturelle. Perani et Saterli alignent criques de galets et maisons d’été, et la baie de Kaki Vigla, plus fermée, combine baignade correcte et bonnes tavernes de poisson. La plus spectaculaire se mérite : Thinio, accessible en une vingtaine de minutes de marche depuis une piste au-dessus de Saterli (la route carrossable s’arrête à une barrière), récompense l’effort par une anse limpide et presque déserte, considérée par beaucoup d’habitués comme la plus exotique de l’île. Prévoyez eau, ombre et chaussures fermées : il n’y a strictement rien sur place, et c’est très bien ainsi. À Kolones, un petit phare veille sur une côte plus rocheuse, appréciée des pêcheurs à la ligne.

À l’ouest et au nord, les plages de la baie de Salamine (Iliakti, Agios Georgios, Steno) sont des plages de ville, simples mais correctes pour une baignade rapide. Plus au nord, Psili Ammos offre du sable et des fonds progressifs adaptés aux enfants, et la plage de Faneromeni, bordée de pins, reste agréablement tranquille. À l’est enfin, la plage organisée de Sélinia, sableuse et proche des tavernes, dépanne agréablement les résidents du village, mais ce n’est pas pour elle qu’on traverse le détroit.

  • Plages et activités sportives - 4/10
    4/10
  • Patrimoine historique et culturel - 6.5/10
    6.5/10
  • Villages et arrière pays - 5.5/10
    5.5/10
  • Authenticité - 7/10
    7/10
5.8/10
Quelques liens pour aller plus loin
  • Superficie : 95 km² (environ 100 km de littoral)
  • Point culminant : mont Mavrovouni, 365 m
  • Environ 37 220 habitants (recensement 2021), île la plus densément peuplée de Grèce
  • Port principal : Paloukia (liaisons Pérama et Le Pirée) ; port secondaire : Faneromeni (liaison Néa Péramos)
  • Aéroport le plus proche : Athènes Elefthérios-Venizélos

Comparez les îles avec notre indicateur touristique des iles grecques

  • Février-mars (dates mobiles) : Apokries, le carnaval, avec ses coutumes locales, Salamine ville et villages.
  • Fin mai : commémorations en l’honneur de Georgios Karaiskakis, événements culturels et sportifs, Salamine ville.
  • Été : festival de la commune au théâtre Euripideio (concerts, théâtre antique et contemporain), colline de Patris, Salamine ville.
  • Été : représentations et concerts au Théâtre de pierre (Petrino Theatraki), Sélinia.
  • 23-25 août : grand panigyri de la Panagia Faneromeni, monastère de Faneromeni.
  • Fin août : fête du pêcheur, poisson grillé et vin offerts, Salamine ville.
  • Septembre : Salamineia, un mois de commémorations de la bataille de Salamine, avec point d’orgue fin septembre au tumulus de Kynosoura.
  • 26 octobre : fête de la Saint-Dimitri, église Agios Dimitrios, Salamine ville.

La carte de Salamine

Comment aller à Salamine et comment se déplacer ?

Salamine n’a pas d’aéroport : le plus proche est celui d’Athènes. L’accès se fait par la mer, sur deux lignes. La principale relie Pérama, dans la banlieue du Pirée, au port de Paloukia : ferries et navettes partent environ toutes les 15 minutes, jour et nuit, pour un quart d’heure de traversée ; des bus urbains relient Le Pirée à Pérama. Une liaison directe pour passagers fonctionne aussi entre Le Pirée et Paloukia (environ 45 minutes). Au nord-ouest, des ferries font la navette entre Faneromeni et Néa Péramos, côté Mégare : pratique si l’on arrive du Péloponnèse. Sur place, les bus du KTEL de Salamine desservent la plupart des localités depuis Paloukia et la capitale, les taxis sont nombreux, et l’on trouve stations-service et commerces partout ; pour explorer le sud librement, mieux vaut toutefois venir avec sa voiture depuis Athènes. Pour choisir où poser vos valises, consultez notre page dédiée aux hébergements à Salamine. Aucune liaison directe ne relie Salamine aux autres Saroniques : pour rejoindre Agistri, Égine ou Hydra, il faut repasser par Le Pirée.

→ Conseils pour la réservation des ferries

Prochaine(s) traversée(s)

Que manger à Salamine ?

Salamine est une île de pêcheurs, et sa table le dit sans détour : ici, pas de cuisine calibrée pour touristes ni de menus traduits en cinq langues, mais des adresses qui vivent de leur clientèle locale à l’année. Les tavernes du front de mer de Koulouri, de Sélinia, de Kaki Vigla ou de Kanakia servent les prises des caïques du golfe : petits poissons frits, poulpe grillé, et surtout les kydonia saganaki (κυδώνια σαγανάκι), des praires poêlées qui sont une fierté locale. La fête du pêcheur, fin août, distribue d’ailleurs poisson grillé et vin à toute la population, dans une ambiance de panigyri. Dans les collines, bergers et apiculteurs perpétuent une tradition ancienne : Euripide qualifiait déjà Salamine de nourricière d’abeilles dans Les Troyennes, et certaines tavernes du sud, comme celle de Kanakia, s’approvisionnent en viande auprès des éleveurs voisins. L’île ne possède en revanche aucun produit sous appellation protégée (AOP ou IGP) : pour les pistaches, il faudra pousser jusqu’à Égine, sa voisine du Saronique. Le marché aux poissons de Koulouri, sur le front de mer, donne la mesure de cette économie de la mer restée vivante. Un conseil simple : mangez ce que les caïques ont rapporté le matin, en demandant le poisson du jour et son prix au kilo, et accompagnez-le d’un vin en vrac ou d’une retsina de l’Attique voisine. Autre avantage d’une île habitée à l’année : contrairement à bien des destinations insulaires, les tavernes ne ferment pas à la fin de l’été.

    • Le tumulus des combattants de Salamine à Kynosoura, face au détroit où s’est jouée la bataille de 480 avant J.-C.
    • La grotte d’Euripide à Peristeria, atteinte par un court sentier, avec sa vue plongeante sur le golfe Saronique.
    • L’acropole mycénienne de Kanakia, présumée capitale du royaume d’Ajax, sur la colline qui domine la plage et son îlot.
    • Un déjeuner de poisson frais au Meltemi, unique taverne de Kanakia, ouverte été comme hiver au bord des flots.
    • Le monastère de Faneromeni et ses fresques, avec juste en face la modeste maison de bord de mer du poète Angelos Sikelianos.
    • La tombe de Georgios Karaiskakis dans l’église Agios Dimitrios de Salamine ville, haut lieu de la mémoire de la révolution de 1821.
    • Le Musée archéologique de Salamine ville, petit mais riche, des idoles néolithiques aux trouvailles de l’acropole mycénienne de Kanakia.
    • La marche vers la plage de Thinio depuis Saterli, vingt minutes de piste pour l’une des criques les plus limpides de l’île.
    • L’olivier d’Orsa, sur la route de Kaki Vigla, arbre monumental dont l’âge est estimé à 2 500 ans.
    • Le monastère Agios Nikolaos Lemonion et la chapelle byzantine Agios Ioannis Kalyvitis, cachés dans la forêt du sud.
    • Un café au coucher du soleil sur le front de mer de Koulouri, quand la baie s’embrase face au Péloponnèse.