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Sur les traces de Lord Byron, de la cour d'Ali Pacha à Messolonghi
Lord Byron (1788-1824) est l’un des poètes les plus célèbres d’Europe quand il débarque en Grèce pour la seconde fois, en 1823. Sa gloire vient d’un long poème commencé en Épire quatorze ans plus tôt, Le Pèlerinage de Childe Harold, qui a mis la Grèce à la mode dans toute l’Europe romantique. Il revient cette fois pour financer et encadrer la guerre d’indépendance, et meurt à Messolonghi le 19 avril 1824. Cette mort fait de lui un héros national grec : elle donne au philhellénisme, le mouvement d’opinion européen favorable à la cause grecque, un martyr et une audience que les chancelleries ne pouvaient plus ignorer. Deux ans plus tard, après la chute de la ville, Eugène Delacroix peint La Grèce sur les ruines de Missolonghi, exposé à Paris au profit des insurgés (et désoemais au Musée des Beaux)Arts de Bordeaux).
Ce parcours suit ses traces réelles sur six étapes et quatre régions : Ioannina et la cour d’Ali Pacha en Épire, Delphes en Grèce centrale, Plaka et le cap Sounion en Attique, Metaxata en Céphalonie, Messolonghi enfin. Il ne raconte pas sa vie : il retient les lieux qu’on peut aller voir, et renvoie aux pages de destination pour le pratique.
Comment lire ce parcours avant de partir
Trois précisions changent la façon dont on visite ces lieux.
Presque tout est documenté, mais presque rien n’est conservé. Byron a beaucoup écrit, et ses lettres comme le journal de son compagnon de voyage John Cam Hobhouse permettent de dater ses étapes au jour près. En revanche, les trois maisons où il a réellement vécu en Grèce ont toutes disparu : le couvent des Capucins d’Athènes a brûlé en 1821, la maison Kapsalis de Messolonghi a sauté en 1826, celle de Metaxata s’est effondrée au séisme de 1953.
Deux voyages, deux Byron. Les étapes de 1809 à 1811 relèvent du voyage littéraire. Celles de 1823 et 1824 relèvent de l’histoire militaire de la révolution grecque.
Une seule attribution est douteuse : le nom BYRON gravé sur une colonne du temple de Poséidon, à Sounion, est attribué au poète par tradition, sans aucune preuve directe. Le nom gravé sur une colonne du gymnase de Delphes, lui, est documenté. L’un des deux graffitis est une trace, l’autre est une légende.
Ioannina et l’Épire : où commence Childe Harold
Byron et Hobhouse débarquent à Preveza (📍) le 29 septembre 1809 et gagnent Ioannina, capitale de l’État que le pacha albanais Ali Tepelenli s’est taillé dans l’Empire ottoman. Ali est alors en campagne au nord : il fait savoir qu’on loge les deux Anglais à ses frais et les invite à le rejoindre. Ils repartent le 11 octobre pour Tepelena, dans l’actuelle Albanie, où le vizir les reçoit debout dans une salle pavée de marbre, une fontaine coulant au milieu. Byron écrit à sa mère qu’Ali a « l’apparence de tout sauf de son caractère réel », qu’il est un tyran sans remords et un si bon général qu’on l’appelle « le Bonaparte mahométan ».
De retour à Ioannina, le 31 octobre 1809, il commence le long poème en strophes spensériennes qui deviendra Le Pèlerinage de Childe Harold. C’est la seule raison qui justifie vraiment le détour : le poème qui va rendre la Grèce à la mode en Europe est né ici, dans une ville de bord de lac que peu de voyageurs francophones intègrent à leur itinéraire.
Le sérail d’Ali a brûlé en 1870. On visite aujourd’hui Its Kale, l’acropole intérieure du kastro (📍), avec la mosquée Fethiye et, juste devant, le tombeau d’Ali Pacha : son corps décapité y a été enterré en 1822, la stèle d’origine et les grilles ont disparu pendant l’occupation, et les grilles de fer actuelles ont été refaites d’après une photographie de 1936. Le Musée byzantin occupe un bâtiment élevé sur les ruines du sérail, et son trésor d’argenterie donne une idée de la richesse de cette cour. Sur l’îlot du lac, accessible en une dizaine de minutes de bateau depuis la place Mavili, le monastère d’Agios Panteleimon abrite le musée Ali Pacha : c’est là qu’il a été tué en 1822, d’une balle tirée à travers le plancher, dont l’impact est montré aux visiteurs. Byron n’a pas connu cette fin, mais le personnage qu’il a mis en vers a bien été abattu dans cette pièce.
Pour préparer la région, voir la page Épire.
Delphes, Plaka et le cap Sounion : les traces du premier voyage
Byron et Hobhouse traversent le Parnasse en décembre 1809 et descendent sur Kastri, le village qui recouvrait alors les ruines. Les voyageurs de l’époque logeaient au monastère de la Dormition, exproprié et démoli en 1898 par l’École française d’Athènes pour dégager le sanctuaire, et gravaient leurs noms sur les colonnes tombées du gymnase. Byron a inscrit le sien sur la même colonne que Lord Aberdeen, passé quelques années plus tôt et futur Premier ministre britannique. Le gymnase occupe la terrasse en contrebas de la route, entre la source Castalie et la Marmaria (📍) : on le voit très bien d’en haut, mais repérer la signature sur place relève de la chance. Le reste de la visite est traité sur la page Delphes.
Il arrive à Athènes le 25 décembre 1809 et loge chez la veuve d’un vice-consul britannique, Tarsia Makri, dont la fille de douze ans, Teresa, lui inspire Maid of Athens, ere we part. La maison a disparu et son emplacement exact n’est plus identifiable : c’est une étape à ne pas chercher.
Le second séjour athénien est plus intéressant. À partir d’août 1810, Byron s’installe au couvent des Capucins, construit autour du monument chorégique de Lysicrate (📍), que les moines avaient acheté aux Ottomans en 1669. Il décrit sa vue : l’Hymette devant lui, l’Acropole derrière, le temple de Zeus à sa droite. Debout aujourd’hui sur la place Lysikratous, dans Plaka, on vérifie la description en tournant sur soi-même. C’est là qu’il commence, en mars 1811, The Curse of Minerva, satire violente contre Lord Elgin et l’enlèvement des sculptures du Parthénon : le poème porte la mention « Athens, Capuchin Convent, March 17, 1811 » et sera achevé à Londres la même année. Le couvent a brûlé en 1821 pendant la guerre, le monument a survécu et a été restauré entre 1876 et 1887 sous patronage français. Le groupe de marbre « La Grèce couronne Byron », dû à des sculpteurs français et inauguré en 1896, se dresse à l’angle du jardin du Zappeion (📍), à dix minutes de là. Voir aussi la page visite de l’Acropole pour la suite de l’affaire Elgin.
Byron s’est rendu deux fois au cap Sounion pendant ses séjours athéniens. Une colonne du temple de Poséidon porte le nom BYRON gravé en capitales (📍). Rien ne prouve qu’il en soit l’auteur, et la gravure a pu être faite par un admirateur : elle reste une curiosité. Une précision s’impose : les vers les plus cités sur ce cap, « Place me on Sunium’s marbled steep », appartiennent au chant III de Don Juan, écrit près de dix ans après son départ d’Athènes. Le temple est aujourd’hui le point le plus saturé du parcours : les autocars du coucher de soleil arrivent en fin d’après-midi et la barrière tient les visiteurs à distance des colonnes. Venir en début de matinée change tout, et permet accessoirement d’espérer voir la gravure.
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Céphalonie et Metaxata : les quatre mois d’attente
Byron quitte Gênes le 16 juillet 1823 à bord de l’Hercules et débarque à Argostoli début août. Il choisit de rester en territoire britannique, dans les îles Ioniennes alors sous protectorat, plutôt que de rejoindre tout de suite le continent en guerre : les factions grecques s’y déchirent et il refuse de financer un camp contre l’autre avant d’y voir clair.
En septembre, il s’installe à Metaxata, un village du Livathos au sud d’Argostoli, à quelques kilomètres de l’actuel aéroport. Il y passe quatre mois, écrit, reçoit les émissaires des différentes factions et tient le journal de Céphalonie. C’est la période la moins spectaculaire de son histoire grecque et probablement la plus lucide. La maison qu’il occupait a été détruite par le séisme du 12 août 1953 qui a rasé les îles Ioniennes. Il reste une plaque marquant l’emplacement et une statue du poète sur la place du village (📍). Comptez dix minutes sur place, pas davantage.
À deux kilomètres, au-dessus de Lakithra, un rocher dit « de Byron » domine la plaine, l’îlot de Dias et Zakynthos au loin (📍). Une plaque y porte une phrase qu’on lui attribue sur ce qu’il doit à l’air de la Grèce. L’attribution du rocher relève de la tradition locale, pas d’une source, mais le point de vue est réel et la lumière de fin de journée y justifie l’arrêt bien mieux que la citation. Le reste de l’île est traité sur la page Céphalonie.
Messolonghi et le jardin des Héros : où Byron est mort
Byron traverse le golfe le 28 décembre 1823 et arrive à Messolonghi (📍), que les Français du XIXe siècle appelaient Missolonghi, le 5 janvier 1824. Il s’installe à l’étage de la maison de Christos Kapsalis, dans le quartier de Kapsaleika, à l’ouest de la ville, sur un quai de la lagune ; sa garde souliote occupe le rez-de-chaussée. Il entretient ce corps de combattants sur sa cassette personnelle et prépare une opération sur Lepante, l’actuelle Nafpaktos, qui n’aura jamais lieu. Il tombe malade en février, prend la pluie lors d’une sortie à cheval le 9 avril et meurt le 19 avril 1824, lundi de Pâques, à trente-six ans, sans avoir livré un seul combat.
La maison n’existe plus, et sa disparition dit tout du lien entre littérature et guerre d’indépendance sur ce site : dans la nuit du 10 avril 1826, pendant la Sortie de Messolonghi, Christos Kapsalis a fait sauter sa propre demeure et la poudrière qu’elle abritait plutôt que de la livrer. Deux ans après avoir servi de chambre mortuaire au poète le plus célèbre d’Europe, elle devenait un acte de guerre.
Le jardin des Héros, à l’entrée nord de la ville, est né d’un ordre de Capodistrias en 1829 de rassembler les ossements des combattants ; le tumulus a été posé en 1838 sous Othon et Amalia, le lion de marbre ajouté en 1858, année où le lieu a pris son nom, la croix offerte par Georges Ier et Olga en 1898 (📍). Sur environ trois hectares et demi, on y compte des dizaines de monuments et un mémorial aux philhellènes portant quelque 1 200 noms de volontaires européens. La statue de marbre de Byron, due au sculpteur Georgios Vitalis, y a été inaugurée le 25 octobre 1881, financée par une souscription panhellénique. L’accès au jardin est libre.
C’est aussi ici que se règle la question qu’on entend le plus souvent sur place. Le cœur de Byron n’est pas à Messolonghi : le certificat dressé en avril 1824 et l’ouverture du caveau familial en 1938 établissent que le cœur, le cerveau et les viscères reposent en Angleterre. Seuls les poumons sont restés en Grèce, déposés d’abord à l’église Agios Spyridon, aujourd’hui sous le monument du jardin. La Messolonghi Byron Society, installée à cinq cents mètres du port dans une reconstitution de la maison Kapsalis, documente le sujet et abrite une bibliothèque de recherche et une exposition permanente (📍). Le Musée d’histoire et d’art de la ville complète avec les tableaux de la Sortie et des pièces liées au poète.
Un mot sur la fréquentation : Messolonghi ne reçoit presque aucun visiteur étranger. La ville est grecque toute l’année, la lagune classée Ramsar qui la borde attire des ornithologues plutôt que des cars, et les commémorations de la Sortie, le week-end des Rameaux, restent une affaire locale.
| Lieu | Région | Moment | Attestation |
|---|---|---|---|
| Ioannina, Its Kale | Épire | Octobre et novembre 1809 | Attesté, sérail disparu |
| Gymnase de Delphes | Grèce centrale | Décembre 1809 | Attesté, signature documentée |
| Monument de Lysicrate, Plaka | Athènes | Août 1810 à avril 1811 | Attesté, couvent brûlé en 1821 |
| Temple de Poséidon, Sounion | Attique | 1810 et 1811 | Visites attestées, gravure conjecturale |
| Metaxata et Lakithra | Céphalonie | Septembre à décembre 1823 | Séjour attesté, rocher traditionnel |
| Jardin des Héros, Messolonghi | Étolie-Acarnanie | Janvier à avril 1824 | Attesté, maison détruite en 1826 |
Au sommaire
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Quelques liens pour aller plus loin
- Le gymnase de Delphes, ministère grec de la Culture
- Site archéologique de Delphes, fiche UNESCO
- Musée byzantin de Ioannina, éphorie des antiquités
- Messolonghi Byron Society, centre de recherche international
- La maison Kapsalis, résidence et lieu de mort de Byron
- Le cœur de Byron à Messolonghi, enquête en grec
- Histoire du jardin des Héros, source en grec
- Monuments et musées, municipalité de Messolonghi
- Le jardin des Héros et les monuments alentour
- Hobhouse, A Journey through Albania, 1813, numérisé
- Le Pèlerinage de Childe Harold, dossier BnF
- The Curse of Minerva, texte annoté en PDF
- Byron à Westminster Abbey, notice officielle
- La Grèce sur les ruines de Missolonghi, notice Joconde
- Le philhellénisme expliqué par Delacroix, ressource éduscol
Sur les traces de Lord Byron
Faire le parcours aujourd’hui : durée, ordre et saison
L’ordre chronologique et l’ordre géographique ne coïncident pas. Le plus efficace est de partir d’Athènes et de tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre : Athènes et Sounion sur deux jours, Delphes en une journée, Messolonghi en une demi-journée par le pont Rio-Antirrio, Céphalonie en deux jours par le ferry de Kyllini, remontée sur Ioannina par l’autoroute Ionia Odos. Comptez huit à dix jours pour l’ensemble, voiture indispensable entre Delphes, Messolonghi et l’Épire, où les transports publics existent mais imposent des attentes qui ruinent le rythme.
Le parcours se découpe aussi très bien en deux voyages : Athènes, Sounion et Delphes d’un côté, l’axe Messolonghi, Céphalonie et Ioannina de l’autre. La seconde moitié est la plus intéressante et la moins fréquentée.
La saison compte. Avril est le mois juste : c’est celui de la mort de Byron et celui des commémorations de la Sortie, les lagunes sont pleines d’oiseaux, l’Épire est verte et Sounion respirable. Octobre fonctionne aussi. J’éviterais juillet et août, moins pour la chaleur que pour Sounion et Plaka, seuls points réellement engorgés d’un itinéraire qui, ailleurs, traverse des lieux à peu près vides. Pour la logistique, ferries, location de voiture et budget, voir organiser son voyage.
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