Accueil > Le Dodécanèse > Alimia
Alimia, l'île déserte que les bergers de Chalki n'ont jamais vraiment quittée
Alimia est une île inhabitée de 7,4 km² posée entre Chalki et Rhodes, dans le Dodécanèse. On y accède uniquement par bateau, en une trentaine de minutes depuis le port d’Emporio à Chalki, ou en excursion depuis Kamiros Skala, sur la côte ouest de Rhodes. Le dernier recensement, en 2021, ne compte aucun habitant permanent. On y trouve pourtant un village classé, deux églises orthodoxes, un château de 1475, des casernes italiennes, une lagune salée protégée et une grande plage de galets blancs sans la moindre installation. Le tourisme s’y limite à quelques bateaux d’excursion en milieu de journée : c’est une visite d’une demi-journée, pas un séjour, et l’une des rares sorties encore tranquilles du secteur.
Au sommaire
À quoi ressemble Alimia et comment s’y repérer ?
Alimia est rocheuse mais verte, couverte de pins de Calabre, de cyprès, de genévriers et de lentisques, ce qui la distingue nettement des îlots pelés du secteur. Elle culmine à environ 269 mètres et développe 21 km de littoral pour une surface minuscule : elle est presque entièrement découpée par deux grandes baies qui se font face et qui structurent la visite.
La baie d’Agios Georgios, à l’ouest, concentre tout : le débarcadère, les deux églises, le village abandonné, la lagune et la plage principale. La baie d’Emporio, à l’est, est plus sauvage et se rejoint à pied. Attention à l’homonymie : cet Emporio est une baie déserte d’Alimia, à ne pas confondre avec Emporio, le port habité de Chalki. Entre les deux, les hauteurs portent la forteresse antique et le château médiéval.
Que voir sur l’île d’Alimia ?
La baie d’Agios Georgios, le cœur habité de l’île
Les bateaux accostent sur une plateforme flottante installée devant l’église d’Agios Minas, à l’entrée de la baie. Cette petite église en croix libre, coiffée d’une coupole sur haut tambour cylindrique, a été élevée par Ioannis Pipinos, négociant en éponges de Chalki, à la charnière des XIXe et XXe siècles : les sources grecques hésitent entre les deux. Un ancien chemin muletier remonte ensuite vers le fond de la baie.
On y arrive au village d’Alimia, bâti autour de l’église d’Agios Georgios (vue 360°). L’île a longtemps servi de grenier à Chalki : ses terres étaient plus vastes et plus fertiles que celles de sa voisine, et on y produisait huile d’olive, olives de table, blé, orge, légumineuses, fromages et beurre que les caïques allaient vendre à Kamiros Skala. Il y avait une paroisse avec prêtre résident, un moulin à huile, un moulin à farine et des fours à chaux dont beaucoup tiennent encore debout. Les derniers habitants sont partis à partir du milieu des années 1960, emportés par l’émigration. Le village est classé traditionnel depuis 1978, mais l’essentiel est en ruine.
L’église d’Agios Georgios, reconstruite à la fin du XIXe siècle sur un édifice plus ancien, relève du type architectural dodécanésien : plan rectangulaire, voûtes d’arêtes d’influence occidentale, et quatre fenêtres à arcs brisés d’inspiration ottomane. Elle a été restaurée, entretenue et de nouveau habitée une partie de l’année grâce au travail bénévole mené par Kostas Manolagkas, qui a également remis en état plusieurs maisons du hameau. Ne partez pas sans jeter un œil aux graffitis laissés par les soldats italiens et allemands dans l’ancien bâtiment de taverne.
Sur la côte de la baie subsistent enfin les deux casernes (les kazermes) construites pendant la période italienne (1912-1943), qui abritaient une garnison permanente de 120 hommes selon le reportage de la télévision publique grecque, jusqu’à 160 selon d’autres sources grecques. Le port naturel, jugé sûr, servait de base à la Marine italienne d’Égée, avec trois batteries d’artillerie et un point de ravitaillement pour sous-marins. Le 30 novembre 1942, le sous-marin grec Papanikolis y lança deux torpilles : la marine grecque revendiqua un succès, mais les archives italiennes établissent que les deux manquèrent leur cible. Le cargo italien Elvira Vaselli a en revanche bien été coulé par l’aviation britannique dans la baie le 28 juillet 1943, avant d’être largement démantelé dans les années 1950. Après la capitulation italienne, les Allemands ont tenu l’île jusqu’à l’attaque du 2 mai 1945, l’opération TENT, à laquelle participa le Bataillon sacré, quelques jours seulement avant la reddition allemande de l’Égée signée à Symi.
L’île attire depuis quelques années une attention qui contraste avec son abandon. À l’été 2014, le prince Charles et son épouse Camilla y ont mouillé leur bateau et y sont restés deux jours, ce qui a valu à Alimia une série d’articles dans la presse grecque. Silvio Berlusconi a de son côté cherché à en obtenir une location de longue durée pour y investir. Rien de tout cela n’a abouti, et l’île reste tenue par son statut Natura 2000 et par le classement de son village. Je ne serais pourtant pas surpris que d’ici quelques années certains bâtiments soient rénovés, et la vraie question sera alors de savoir jusqu’où. En attendant, la pression touristique se résume à quelques bateaux d’excursion qui se concentrent en milieu de journée dans la seule baie d’Agios Georgios : arriver tôt ou repartir tard suffit à retrouver l’île pour soi. Pour situer Alimia et Chalki par rapport au reste de l’archipel, voir notre Index du Surtourisme des îles grecques.
La baie d’Emporio et les vestiges antiques
De l’autre côté de l’île, la baie d’Emporio est le second port naturel. C’est là que se lisent les couches les plus anciennes : tombes d’époque romaine, murs antiques et fondations d’une basilique paléochrétienne à trois nefs et charpente de bois, probablement du Ve siècle. Les fouilles ont par ailleurs mis au jour des traces d’occupation remontant au IVe millénaire avant notre ère.
Le détail le plus spectaculaire est ailleurs : neuf hangars à bateaux taillés dans le roc (sept grands et deux plus petits), datés de la période hellénistique, quand l’île relevait de l’État rhodien. Ils confirment ce que dit le nom antique de l’île, Eulimnia (la bonne rade), rapporté par Pline l’Ancien et devenu Limonia sur les portulans européens du XVIe au XVIIIe siècle. Alimia servait alors de mouillage et d’observatoire à la flotte de Rhodes.
Le château, au-dessus des deux baies
Une hauteur rocheuse située à l’est du point culminant a d’abord porté un fort hellénistique, dont les vestiges subsistent. Une partie de ses matériaux a été réemployée pour le château médiéval, bâti un peu en contrebas du sommet, vers 180 mètres. Il a été entrepris à partir de 1366 par Barello Assanti, qui avait reçu Chalki en fief à charge d’y élever une position forte, et achevé au dernier quart du XVe siècle, en 1475, sous les chevaliers de Saint-Jean (1310-1522). Il surveillait le trafic maritime à l’ouest de Rhodes. Abandonné dès 1479, il n’a jamais resservi ; le site souffrait d’une faiblesse rédhibitoire, l’absence de source d’eau. Il en reste des pans de muraille, des citernes et surtout un point de vue (vue 360°) qui embrasse l’île entière, Chalki et la côte de Rhodes.
Voyage en Grèce: séjour sur mesure conçu par une agence locale
Peut-on randonner sur Alimia ?
Il n’y a pas de réseau balisé, mais deux itinéraires évidents, tous deux au départ du débarcadère. Le premier suit l’ancien chemin muletier jusqu’au village, à la plage et à la lagune : dix minutes, praticable par tout le monde. Le second, prolongé vers l’est, rejoint la baie d’Emporio en une vingtaine de minutes.
La vraie montée est celle du château : comptez environ 45 minutes à l’aller, sur un sentier raide et caillouteux qui déchausse. Chaussures fermées obligatoires, et à éviter en milieu de journée entre juin et septembre, car il n’y a pas un mètre d’ombre sur la pente. Avec trois heures sur place, on fait le village, la plage et le château sans courir.
Toute l’île est intégrée au réseau européen Natura 2000 comme zone de protection spéciale, avec la lagune et la forêt de pins et de genévriers comme enjeux principaux. La flore vaut le détour pour qui s’y intéresse : mandragore, lis de mer, scille maritime, lentisque, térébinthe. Concrètement : on ne bivouaque pas, on ne fait pas de feu, on ne laisse rien. Des troupeaux de moutons venus de Chalki pâturent l’île à la belle saison.
Quelles plages à Alimia ?
La plus grande et la plus facile d’accès est celle du fond de la baie d’Agios Georgios (vue 360°), une longue plage de galets blancs bordée d’une eau très claire. Elle est nettoyée depuis quelques années par les occupants de l’église, mais reste totalement sauvage : ni transat, ni cantine, ni le moindre carré d’ombre. Venez avec eau, chapeau et de quoi déjeuner.
Juste derrière cette plage s’étend la petite lagune d’eau salée, l’une des 37 zones humides naturelles recensées dans le Dodécanèse. Le milieu est fragile : on l’observe depuis le sentier plutôt que d’aller y marcher.
La seconde plage est celle d’Emporio, dans l’autre baie, à environ vingt minutes de marche par le sentier qui traverse l’île. Plus petite, plus abritée, presque toujours vide puisque les bateaux d’excursion s’arrêtent de l’autre côté. Le fond des deux baies est excellent pour le masque et le tuba : on y devine des structures immergées de l’ancienne base navale, et les vestiges du cargo coulé en 1943 sont devenus très ténus. Les clubs de Chalki organisent aussi des plongées encadrées et des croisières privées vers l’île, à la demi-journée.
Quelques liens pour aller plus loin
- Site officiel de la municipalité de Chalki, dont dépend Alimia
- Dodekanisos Seaways, catamarans Rhodes vers Chalki
- Guide pratique de la visite d’Alimia depuis Chalki
- Chalki Dive Center, croisières privées et plongées vers Alimia
- Les plages de Chalki et d’Alimia vues par le club de plongée
- Chalki Boat, location de bateaux au port d’Emporio
- Les traces GPS des sentiers de Chalki sur AllTrails
- Fiche détaillée du château médiéval d’Alimia
- Reportage de la télévision publique grecque sur Alimia
- Notice en grec sur l’histoire et la flore d’Alimia
- L’attaque du Papanikolis et l’épave de l’Elvira Vaselli
Quelques repères sur Alimia
- Superficie : 7,4 km² (21 km de littoral)
- Point culminant : 269 m
- 0 habitant permanent au recensement de 2021, quelques maisons réoccupées l’été
- Mouillages naturels : baies d’Agios Georgios (ouest) et d’Emporio (est), sans quai ni port de ligne
- Port de rattachement : Emporio (Nimborio), à Chalki
- Aéroport le plus proche : Rhodes (Diagoras)
- Statuts : zone de protection spéciale Natura 2000, village classé traditionnel depuis 1978
Comparez les îles avec notre indicateur touristique des iles grecques
Les principales fêtes à Alimia
- 23 avril : fête de Saint Georges, église d’Agios Georgios, dans le village. Quand le 23 avril tombe pendant le Carême, la fête est reportée au lundi de Pâques.
- 11 novembre : fête de Saint Minas, église d’Agios Minas, à l’entrée de la baie.
Voyage en Grèce: séjour sur mesure conçu par une agence locale
Les autres destinations pour :
La carte d'Alimia
Il n’y a ni ligne régulière, ni port de commerce, ni quai à Alimia : on débarque sur une plateforme flottante. Le plus simple est de passer par Chalki, dont le port d’Emporio (Nimborio) est à une trentaine de minutes de bateau. Les taxis-boats de l’île et les bateaux d’excursion y vont quotidiennement en saison. Depuis Rhodes, des excursions organisées partent de Kamiros Skala vers la baie d’Agios Georgios, environ deux fois par semaine en été.
Pour rejoindre Chalki, comptez un taxi-boat quotidien depuis Kamiros Skala, à 40 minutes de route de l’aéroport de Rhodes, ou deux à trois liaisons par semaine depuis le port de Rhodes. L’aéroport le plus proche est celui de Rhodes. Sur Alimia même, tout se fait à pied : aucune route, aucun véhicule. Voir aussi notre page ferries et bateaux dans les îles grecques.
Rien, et il faut le prendre au sérieux : il n’y a sur l’île ni taverne, ni kantina, ni point d’eau potable. L’eau a toujours manqué ici, les anciens habitants vivaient de puits et de citernes qui recueillaient la pluie, y compris à l’intérieur des deux forteresses. On emporte donc son pique-nique et large de quoi boire.
La gastronomie se joue au retour, à Chalki, qui n’a aucun produit AOP ou IGP en propre mais deux ou trois recettes de cuisine pauvre qui valent le détour. Les makaronia chalkitika (μακαρόνια χαλκίτικα), des pâtes roulées à la main avec de la farine et de l’eau puis séchées deux jours à l’air, se servent avec des oignons fondus au beurre et de la mizithra sèche râpée. On trouve aussi des revithokeftedes (ρεβιθοκεφτέδες), boulettes de pois chiches frites, et de la fava (φάβα). À rapporter : le miel de thym de Chalki et l’alisfakia (αλισφακιά), la sauge de montagne dont on fait une tisane. Les pêcheurs de Chalki rentrent par ailleurs chaque jour de petites crevettes que les tavernes du port servent le soir.
Découvrir la Grèce : produits de terroir AOP et gastronomie grecque
-
- Le village abandonné d’Agios Georgios, classé traditionnel depuis 1978, avec ses maisons en ruine et ses fours à chaux encore debout.
- L’église d’Agios Georgios restaurée bénévolement, sa cour, et le café que l’on y boit parfois quand les occupants sont là.
- La montée au château de 1475, 45 minutes de sentier raide, pour la vue sur les deux baies, Chalki et la côte de Rhodes.
- Les neuf hangars à bateaux hellénistiques taillés dans le roc, témoins directs du passage de la flotte rhodienne.
- Les casernes italiennes de la baie et les graffitis laissés par les soldats italiens et allemands dans l’ancienne taverne.
- La grande plage de galets blancs au fond de la baie, sans transat ni buvette, avec une eau d’une transparence rare.
- La lagune salée juste derrière la plage, l’une des 37 zones humides naturelles recensées du Dodécanèse.
- La marche de vingt minutes jusqu’à la baie d’Emporio, ses tombes romaines et sa basilique paléochrétienne du Ve siècle.
- Le masque et le tuba dans la baie d’Agios Georgios, au-dessus des structures immergées de l’ancienne base navale italienne.
-
Oui, et c’est la principale façon de la visiter : l’île est inhabitée à l’exception du monastère d’Agios Giorgos qui en été est habité par un couple. Trois heures sur place suffisent pour le village, la plage et le château.
-
Non et oui.Le camping y est exclu, tout le site étant en zone Natura 2000 et on loge à Chalki ou à Rhodes. Mais depusi quelques année, le couple qui fait vivre le monastère d’Agios Georgios propose quelques chambres rudimentaires dans le monastère pendant la saison. A vérifier tout de meme alors que je n’y retourne pas chaque année.
-
Oui, c’est même l’usage principal de l’île. Ses deux grandes baies, Agios Georgios et Emporio, sont des ports naturels sûrs et très fréquentés des voiliers et des yachts en été.
-
Non. Quelques centaines de visiteurs par été, sur des bateaux d’excursion qui se croisent dans la seule baie d’Agios Georgios. Arrivez tôt ou en fin d’après-midi et vous aurez l’île pour vous.
