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Psérimos, vingt-cinq habitants, aucune route et six heures de foule par jour

Psérimos est une toute petite île du Dodécanèse, posée entre Kos et Kalymnos, dont elle dépend administrativement. Le recensement de 2011 y comptait 80 habitants ; ils sont environ 25 à passer l’hiver sur place. Pline l’Ancien la nommait Pserima, les cartes vénitiennes Capra puis Cappari, du câprier qui la couvre encore. Il n’y a ni route goudronnée, ni voiture, ni distributeur de billets, et un seul village. Le tourisme y tient en une phrase : de 11 h à 17 h en été, les bateaux d’excursion de Kos et de Kalymnos déversent sur la plage du port plusieurs centaines de personnes, puis l’île se vide d’un coup.

Au sommaire

Le meilleur de Psérimos

Psérimos est basse et sèche, couverte de phrygana, de thym et de câpriers, avec une oliveraie communale derrière le village et un point culminant à 268 m. Aucune route bitumée, aucun véhicule : tout se fait à pied, sur des pistes et des sentiers de chèvres. Avlakia, au sud-ouest, est le seul village et concentre la totalité des services. L’ouest mène à Grafiotissa, la plus belle plage de l’île. L’est, derrière l’oliveraie, ouvre sur la baie de Vathy et des criques isolées. Le nord, le plus aride, descend vers Marathounda. S’y ajoutent les îlots, dont Plati, que l’on rejoint en bateau.

Avlakia, le seul village, et les six heures qui font l’île

Le village occupe une anse peu profonde de la côte sud-ouest, une trentaine de maisons alignées derrière une plage de sable en croissant. On y trouve quatre tavernes, deux cafés, une épicerie, quelques boutiques d’artisanat et l’église de la Koimisi tis Theotokou. Pas de pharmacie, pas de distributeur, pas de banque : le liquide se prend à Pothia ou à Kos avant d’embarquer. Un médecin, affecté dans le cadre du service militaire, est présent depuis peu, obtenu de haute lutte par les habitants. Le ramassage des ordures, lui, fonctionne mal depuis des années : le camion est hors service et les sacs s’accumulent en bout de plage, sujet que les habitants abordent sans détour (2025).

C’est ici que se joue le paradoxe de Psérimos. La fréquentation d’excursion est telle qu’il a fallu construire un second appontement pour absorber les caïques et au cœur de l’été les visiteurs d’un jour remplissent la plage du village, et qu’en mai ou fin septembre encore, les visiteurs quotidiens dépassent en nombre la population permanente. Les bateaux arrivent vers 11 h, repartent vers 17 h. Entre les deux, le village fonctionne comme une plage-restaurant de Kos ; après, il redevient un hameau de vingt-cinq personnes. Psérimos est loin dans notre index du surtourisme des iles grecques alors la pression annuelle rapportée à la surface est faible, mais elle se concentre entièrement sur une plage et sur six heures. Si vous voulez comprendre vraiment ce qu’est cette île il vous faut alors dormir sur place, prendre le petit-déjeuner avant l’arrivée des bateaux et le bain du soir après leur départ. Ceux qui cherchent le même Dodécanèse sans aucune escale d’excursion regarderont plutôt vers Agathonisi ou Lipsi, plus au nord, et la liste des îles grecques les moins touristiques.

L’histoire du village explique sa fragilité. Un décret du sultan Osman III daté de 1755 atteste que l’île, habitée, payait 30 000 aspres d’impôt avec ses voisines. En 1930, une centaine de familles de paysans et de pêcheurs y vivaient ; au rattachement à la Grèce, en 1947, on comptait encore 264 habitants. L’école, qui a compté jusqu’à une centaine d’élèves, a fermé le 16 juin 2009 et n’a rouvert qu’à la rentrée 2025-2026, avec deux enfants. Depuis le temps que je vis à Athènes, c’est le seul endroit où j’ai vu une réouverture d’école faire la une de la presse régionale.

L’ouest et Panagia Grafiotissa

Le sentier de l’ouest est la plus belle sortie de l’île : quarante minutes de marche depuis le port, à travers le thym et les câpriers, jusqu’à une anse fermée par des falaises couleur rouille. La chapelle de Panagia Grafiotissa y donne son nom à une plage de 300 m. L’ancienne église paléochrétienne, minée par l’humidité et l’érosion marine, s’est entièrement effondrée en 2016 ; une chapelle neuve, blanchie, l’a remplacée sur le même site. Il n’y a rien d’autre : ni buvette, ni transat, ni ombre. C’est aussi la seule zone de Psérimos où l’on peut passer une journée entière sans croiser personne en plein mois d’août, à condition de partir avant 10 h ou après 16 h.

Organiser votre voyage: où dormir à Psérimos ?

L’est, la baie de Vathy et les criques

Derrière la taverne du bout de plage, un chemin traverse l’oliveraie communale et rejoint en une trentaine de minutes la baie de Vathy, une entaille étroite dans la côte est, sable et gravier, eau très claire. Le tracé est balisé sommairement mais reste évident. Plus au sud, les criques de Krevatia, Glistra, Korakia et Roussa se gagnent par des sentiers de chèvres en dix à cinquante minutes. Aucune n’est aménagée, aucune n’a d’ombre. C’est dans ce secteur que les habitants mènent leurs troupeaux et que se voient encore les murets de pierre sèche des anciens jardins.

Le nord, Marathounda et la tuilerie abandonnée

La piste qui traverse l’île du sud au nord mène en quarante-cinq minutes à Marathounda, une plage de galets fins sur la côte septentrionale. En arrivant, on longe les ruines d’une ancienne tuilerie, seule trace industrielle de Psérimos : l’île a produit et exporté des céramiques jusqu’à la fermeture de l’atelier, l’une des deux activités, avec la pêche, dont la disparition a vidé le village. Plus haut se tient la chapelle d’Agios Konstantinos. Le nord est la partie la plus sèche et la plus exposée au meltemi, ce vent du nord qui s’engouffre dans le détroit entre Kos et Kalymnos et rend la baignade agitée plusieurs jours d’affilée en juillet et en août.

Les îlots, Plati et l’épave du Thor Star

Psérimos est la tête d’un petit archipel : Plati (0,73 km², deux habitants, une chapelle d’Agios Nikolaos), Vasiliki, Krevati, Nekrothiki et Sari. Les eaux de Plati passent pour les plus claires du Dodécanèse, et deux navires de munitions allemands y ont coulé le 14 mai 1944, aux pointes nord et sud de l’îlot. Sur la côte sud-est de Psérimos gît le Thor Star, cargo de 73 m construit en 1965 et abandonné en 1997 après une avarie moteur : brisé en trois, la proue par 5 m de fond et la poupe par 15 m, c’est l’une des plongées les plus accessibles de l’archipel. Les caïques du port y mènent, comme aux criques inaccessibles à pied. Ces sorties se négocient la veille au quai, à la place, et coûtent nettement moins cher que les mêmes excursions vendues depuis Kos.

Où randonner à Psérimos ?

Il n’existe pas de réseau de sentiers numérotés à Psérimos. On marche sur une piste unique qui traverse l’île du sud au nord, puis sur des chemins de chèvres qui s’en détachent vers chaque crique. Le balisage se limite à quelques marques de peinture et à des cairns ; les habitants et les tavernes indiquent volontiers les départs.

Trois itinéraires structurent un séjour. Le premier file à l’ouest vers Panagia Grafiotissa, environ quarante minutes, le plus beau et le plus roulant. Le deuxième traverse l’oliveraie communale vers l’est jusqu’à Vathy, trente minutes, avec des embranchements vers Krevatia et Glistra. Le troisième suit la piste centrale vers le nord jusqu’à Marathounda, quarante-cinq minutes, et passe par la chapelle d’Agios Konstantinos et les ruines de la tuilerie. En enchaînant les trois, on a fait le tour de l’île en une journée bien remplie.

Quelques réalités à connaître : aucune source, aucune fontaine, aucune ombre sur les parcours, un calcaire coupant qui abîme les sandales, et des portillons à refermer derrière soi pour retenir les troupeaux. La bonne fenêtre va d’avril à début juin, puis de mi-septembre à fin octobre. En juillet et en août, il faut marcher avant 10 h ou après 17 h. Comptez trois heures de marche effective pour boucler les trois itinéraires, et prévoyez deux litres d’eau par personne : l’île n’en a aucun point de ravitaillement hors du village.

Aucune plage de Psérimos ne figure au décret de 2026 sur les plages sauvages protégées. En revanche, les îlots du dème de Kalymnos, dont Sari, voisin immédiat de Psérimos, y sont inscrits avec leur zone marine, ce qui y interdit transats et parasols commerciaux.

Quelles plages choisir à Psérimos ?

Psérimos compte huit plages, toutes accessibles à pied depuis le port en dix à cinquante minutes. Une seule est équipée : les autres n’ont ni transat, ni buvette, ni ombre. On emporte de l’eau, un parasol et de quoi déjeuner, et on repart avec ses déchets, la collecte des ordures étant le point faible chronique de l’île.

Au village, la plage d’Avlakia est un croissant de sable fin devant les tavernes, avec un fond très plat et une eau que les Grecs comparent à une piscine. Douches, cabines et toilettes, la seule de l’île à en avoir. C’est la meilleure plage familiale du secteur et la plus fréquentée : entre 11 h et 17 h en juillet et en août, elle est saturée.

À l’ouest, Grafiotissa est la plus belle, 300 m de sable et de galets sous des falaises rouille, à quarante minutes de marche ou dix minutes de caïque. Rien n’y est aménagé, et c’est tout l’intérêt.

À l’est, Vathy est une baie étroite de sable et de gravier, trente minutes de marche par l’oliveraie, abritée du meltemi et propre. Krevatia, sable et galets, est la plus jolie des petites criques du secteur. Glistra, Korakia et Roussa tiennent chacune quelques baigneurs et se méritent : sentiers de chèvres, pierres coupantes, aucun point d’eau. Korakia est la meilleure pour le masque et le tuba, avec un fond rocheux très lisible.

Au nord, Marathounda aligne des galets fins et une eau limpide, à quarante-cinq minutes de marche. Elle est plus exposée et souvent moins propre que les autres, la houle du nord y ramenant les déchets du détroit. Tafos et Trevathia complètent le tableau : ce sont les deux plages les plus isolées de Psérimos, sans sentier évident, que l’on atteint plus facilement par la mer que par la terre.

Deux conseils valent pour toutes. D’abord, les criques de l’est et du nord se rejoignent aussi en caïque depuis le port, ce qui évite une heure de piste au soleil et permet d’enchaîner deux ou trois arrêts dans la journée. Ensuite, les eaux de Psérimos passent pour les plus claires du Dodécanèse, mais elles sont aussi les plus exposées au meltemi : par vent de nord établi, Marathounda et Tafos deviennent impraticables alors que Vathy et Avlakia restent parfaitement calmes. Le choix de la plage se fait donc le matin, en regardant le drapeau du quai.

Quelques liens pour aller plus loin
  • Superficie : 14,6 km²
  • Point culminant : 268 m
  • Environ 84 habitants (recensement 2021), 25 à 30 à l’année
  • Distances : 2,5 milles de Kalymnos, 2 milles de Kos
  • Port principal : Avlakia, unique village de l’île
  • Îlots rattachés : Plati (0,73 km²), Vasiliki, Krevati, Nekrothiki, Sari
  • Aéroport le plus proche : Kos (KGS), puis Kalymnos (JKL)
  • Autre nom de l’île : Kappari, du câprier qui la couvre

Comparez les îles avec notre indicateur touristique des iles grecques

  • 21 mai : fête de la chapelle d’Agios Konstantinos, nord de l’île.
  • 15 août : Koimisi tis Theotokou, la grande fête de Psérimos, église du village, Avlakia.
  • 8 novembre : fête de la chapelle du Taxiarchis Michail, Letri.

Les autres destinations pour :

La carte de Psérimos

Comment aller à Psérimos et s’y déplacer ?

Psérimos n’a pas d’aéroport. Le plus proche est celui de Kos (KGS), puis celui de Kalymnos (JKL) : voir la page aéroports en Grèce. L’île a un seul port, à Avlakia, doublé d’un second appontement pour les bateaux d’excursion.

Deux liaisons régulières la desservent à l’année : Mastichari (Kos) en 15 à 25 minutes et Pothia (Kalymnos) en 20 à 50 minutes selon le bateau, pour 2 à 3 euros le billet. Les opérateurs sont Anem Ferries, ANE Kalymnou et Lafasi. En hiver, neuf rotations hebdomadaires subventionnées maintiennent la desserte, dont cinq depuis Mastichari du lundi au vendredi. En été s’y ajoutent les excursions à la journée depuis Kos et Kalymnos, qui ne laissent que quelques heures sur place. Voir les conseils pour les ferries en Grèce.

Sur place, tout se fait à pied : ni bus, ni taxi, ni loueur de véhicule. Les caïques du port assurent les transferts vers les criques et vers Plati. Le mouillage d’Avlakia accueille les voiliers par trois mètres de tirant d’eau maximum, mais l’eau douce et le carburant y sont rares : mieux vaut arriver avitaillé de Kos ou de Kalymnos.

→ Conseils pour la réservation des ferries

Que mange-t-on à Psérimos ?

On est ici dans l’autoconsommation et la vente directe, à l’échelle de quatre tavernes qui cuisinent ce que produisent leurs propres bêtes et leurs jardins. Le krasotyri (κρασοτύρι), fromage de chèvre affiné dans le marc de raisin, vient de Kos, à deux milles de là, et bénéficie d’une IGP depuis décembre 2019.

Deux ressources font la cuisine de l’île. La chèvre d’abord : la taverne Manola sert son propre chevreau à la sauce rouge et aux pommes de terre, qui est le plat à commander. Le poisson ensuite, débarqué le matin, servi grillé ou en chtapodokeftedes (χταποδοκεφτέδες), boulettes de poulpe dont celles de Sevasti Pikou ont une réputation qui dépasse l’île. Les kappari (κάππαρη), câpres sauvages ramassées sur les pentes, se retrouvent dans presque toutes les salades : elles ont donné son autre nom à l’île. L’épicerie du village dépanne pour le reste, mais son approvisionnement dépend du bateau et se raréfie en fin de semaine.

Psérimos relevant du dème de Kalymnos, on y retrouve la table kalymniote. Le mermizeli (μερμιζέλι) est la salade de l’île voisine, à base de paximadi d’orge, de tomate et de fromage frais. Les filla (φύλλα) sont les feuilles de vigne farcies, les revithokeftedes (ρεβιθοκεφτέδες) des beignets de pois chiches grossièrement moulus à la menthe, et le mououri (μουουρί), chevreau farci au riz et au foie cuit toute la nuit dans un vase de terre scellé, se prépare le samedi de Pâques.

    • Le petit-déjeuner sur la plage d’Avlakia avant 10 h, quand les caïques d’excursion ne sont pas encore arrivés et que l’eau est vide.
    • La marche de quarante minutes jusqu’à Grafiotissa, 300 m de sable sous des falaises rouille, avec sa chapelle blanche reconstruite après l’effondrement de 2016.
    • Le chevreau à la sauce rouge de la taverne Manola, préparé avec les bêtes de la ferme familiale, à commander de préférence le matin même.
    • Les chtapodokeftedes, boulettes de poulpe de Sevasti Pikou, servies avec des câpres sauvages ramassées sur les pentes de l’île.
    • La baie de Vathy, trente minutes à pied par l’oliveraie communale, abritée du meltemi et déserte toute la journée.
    • La plongée sur l’épave du Thor Star, cargo de 73 m échoué en 1997 au sud-est, brisé en trois entre 5 et 15 m de fond.
    • Une journée en caïque à Plati, îlot de deux habitants dont les eaux passent pour les plus claires du Dodécanèse.
    • Les ruines de la tuilerie au-dessus de Marathounda, dernier vestige de l’industrie céramique qui faisait vivre l’île.
    • Le panigiri du 15 août à l’église de la Koimisi tis Theotokou, la seule nuit de l’année où tout le village se retrouve au complet.
    • Le coucher de soleil depuis le quai après 17 h, quand les bateaux sont repartis et que Psérimos redevient un hameau de vingt-cinq personnes.
    • Le masque et le tuba à Korakia, crique rocheuse de la côte est où le fond se lit à plusieurs mètres de profondeur.
    • Un verre au bar de Nikolas, seul débit de boissons nocturne de l’île, dont le décor n’a pas bougé depuis des décennies.

Où dormir à Psérimos ?

Psérimos compte une trentaine de chambres réparties entre huit adresses, toutes à Avlakia et toutes à moins de deux cents mètres de la plage. Pas d’hôtel de chaîne, pas de camping ouvert au public, à l’exception d’un camp scout privé. La plupart des adresses sont des tavernes qui louent à l’étage, et beaucoup ne prennent que le téléphone ou le courriel. En juillet et en août, l’île est complète des semaines à l’avance. Prévoyez des espèces : il n’y a ni distributeur ni terminal de paiement fiable. Voir la page se loger en Grèce.

  • Pserimos Villas : 18 maisons indépendantes en pierre à 50 m de la plage, avec piscine saisonnière, kitchenette et petit-déjeuner. La plus grande capacité de l’île. Site, Facebook
  • Nammos Sunset : 12 appartements et une maison pour cinq personnes, les pieds dans l’eau, construction récente et vue mer sur toutes les unités. Site
  • Manola : quatre studios au-dessus de la taverne, à l’extrémité est de la plage, la plupart avec vue mer, certains climatisés. Tél. 22430 51540. Facebook
  • Kalliston Apartments : dix appartements sur deux niveaux à l’extrémité droite de la plage, huit avec vue sur le port, taverne à une minute. Tél. 6980 389276, courriel petkoukouva@yahoo.gr. Fiche
  • Tripolitis : six studios simples au premier étage, à gauche de la plage, trois avec vue mer, petit-déjeuner au restaurant Anna voisin. Ouvert de mai à octobre. Tél. 22430 23196. Fiche
  • Sevasti Studios : trois chambres pour deux à trois personnes au-dessus de la taverne de Sevasti Pikou, dans la rue de l’église. La seule adresse ouverte toute l’année. Tél. 22430 29337, courriel pserimos@gmail.com. Fiche
  • Manora Studios : six studios au deuxième étage du deuxième bâtiment de la rue de l’église, trois avec vue mer, restaurant au rez-de-chaussée. Fiche
  • Katherina Studios : petite adresse familiale d’Avlakia, à réserver par l’agence locale qui la représente. Fiche

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