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Dokos, treize kilomètres carrés classés zone archéologique face à Hydra

Dokos est une île inhabitée du golfe Argosaronique, coincée entre Hydra, Ermioni et Spetses. Elle couvre 13,5 km² de calcaire, d’oliviers et de maquis, culmine à 308 mètres, et n’a ni route, ni commerce, ni hébergement. On n’y accède qu’en bateau privé ou en taxi maritime, pour la journée. L’Antiquité l’appelait Aperopia, celle qui voit à l’infini, et Pausanias la mentionne déjà. C’est dans sa baie principale qu’a été localisé en 1975 ce qui reste, à ce jour, le plus ancien naufrage connu au monde. Depuis 1994, l’île entière est classée zone archéologique : plus rien ne peut y être construit. Le tourisme y est donc nul au sens habituel du terme, et c’est précisément ce qui la rend intéressante.

Au sommaire

Dokos est un bloc rocheux allongé, aride en surface mais couvert d’oliviers sur presque toute son étendue, hérité des familles de bergers, de pêcheurs et d’oléiculteurs qui y ont vécu jusqu’au milieu du XXe siècle. Trois zones structurent une visite.

La baie de Skindos, au nord, est le seul point d’accostage : c’est là qu’arrivent les taxis maritimes et que mouillent les voiliers. Les hauteurs de l’est concentrent tout le patrimoine bâti de l’île : le kastro byzantin, une église posée sur des fondations du VIIe siècle, le phare et le sommet. La côte ouest et sud, tournée vers Ermioni, est la partie la plus sauvage, sans sentier balisé, découpée en criques que l’on rejoint essentiellement par la mer.

Que voir à Dokos ?

La baie de Skindos et le hameau de Kastelli

La baie de Skindos ouvre au nord de l’île un mouillage large et sûr, sur fond de sable, où l’on descend par une petite jetée. Sur la rive est se tient la chapelle d’Agios Nikolaos, et un peu au-dessus les maisons du hameau de Kastelli, quelques fermes basses dont certaines sont encore rouvertes l’été par leurs propriétaires. Il n’y a pas de village, pas d’électricité de réseau, pas d’eau courante.

C’est ici que se joue l’histoire la plus importante de l’île. Le 23 août 1975, l’archéologue sous-marin américain Peter Throckmorton repère une concentration anormale de céramiques par une vingtaine de mètres de fond, au large de la côte rocheuse du cap Myti Kommeni, qui ferme la baie au nord. L’Institut grec de recherches archéologiques sous-marines y mène quatre campagnes de fouilles entre 1989 et 1992, sous la direction de Giorgos Papathanassopoulos. Environ 15 000 objets sont remontés : des centaines de vases utilitaires, des lames d’obsidienne venues de Milos, des meules et deux ancres de pierre. La datation est fixée à la fin de l’Helladique ancien II, autour de 2200 av. J.-C. La coque, elle, n’a jamais été retrouvée. Il ne reste rien à voir sur place pour un plongeur amateur, et c’est normal : le site est protégé et les objets sont conservés dans les laboratoires de l’Institut. Ce qu’on vient chercher ici, c’est le lieu, pas le spectacle.

Sur cette même côte nord, les archéologues ont identifié deux installations permanentes de l’Helladique ancien II, sur le cap Myti Kommeni et au lieu-dit Ledeza, où un solide mur mycénien protégeait une source d’eau et servait à rassembler les troupeaux. Six mille ans d’occupation humaine, pour une île qui n’a aujourd’hui plus d’habitant permanent.

Le kastro byzantin et les hauteurs de l’est

Au-dessus de la rive nord-est de Skindos, sur une colline escarpée, se dressent les ruines d’une cité fortifiée byzantine fondée au milieu du VIIe siècle par des réfugiés venus des côtes voisines. Sa vie fut brève : une quarantaine d’années à peine, avant sa destruction par les Arabes à l’automne 673. Le site fut réoccupé plus tard comme simple fort, par les Byzantins puis par les Vénitiens de Morosini. On distingue encore l’enceinte sommitale avec ses trois tours rectangulaires et ses trois portes, les citernes, les traces d’une basilique, et l’habitat qui débordait sur les pentes. Juste au sud, la petite église d’Agios Ioannis Theologos est bâtie sur une basilique à trois nefs du VIIe siècle dont les vestiges restent lisibles au pied des murs.

Plus haut vers l’est, un phare de pierre construit en 1923, une tour ronde de neuf mètres, veille sur le chenal. Depuis le sommet, à 308 mètres, la vue porte sur Hydra, le golfe Argolique et la côte de l’Ermionide : c’est exactement le poste d’observation qui a valu à l’île son nom antique, et qui a fait d’elle un verrou stratégique pendant des siècles.

La côte ouest, face à l’Ermionide

Le versant tourné vers Ermioni est le plus abrupt et le moins pratiqué. On y trouve des criques taillées dans la roche, des oliviers en terrasses à demi retournés à l’état sauvage, et des chèvres. Rien d’aménagé, aucun balisage. C’est aussi la partie de l’île où les eaux sont les plus limpides, et celle qu’atteignent en premier les bateaux venant du Péloponnèse.

Une île à l’écart du tourisme, et à garder ainsi

Dokos figure parmi les îles les moins touristiques de Grèce alors qu’il n’existe aucune capacité d’accueil. Le contraste avec Hydra, à quelques milles, est brutal. Mais l’île n’est pas pour autant vierge de pression : en juillet et en août, la baie de Skindos accueille des dizaines de voiliers et de bateaux d’excursion venus d’Athènes, d’Hydra et de Porto Cheli, avec les nuisances qui vont avec, mouillages sur herbiers et déchets compris. S’y ajoute une pratique du camping libre sur la côte nord, alors que le camping sauvage est interdit en Grèce hors terrain aménagé et que l’île entière est zone archéologique depuis 1994 : tout aménagement, même sommaire, y est soumis à autorisation des services archéologiques. Venir à Dokos pour la journée, ne rien laisser derrière soi et repartir dormir ailleurs reste la seule façon honnête de la visiter.

Où randonner à Dokos ?

Dokos n’a pas de réseau de sentiers balisés. Il existe un itinéraire, un seul, mais il est excellent et il résume l’île.

Il part de la jetée de la baie de Skindos, monte vers le nord en direction du kastro, perché à environ 132 mètres au-dessus de la baie, redescend par un ravin, puis remonte vers les crêtes et le point haut de l’île, autour de 288 mètres, en vue du phare de pierre. Comptez 6,1 km et environ 2 h 20 aller-retour. Le tracé est classé moyen mais demande de l’expérience : pas de marquage, pas de source, pas d’ombre, des pentes raides et une végétation dense qui rend toute variante hasardeuse. Sur une île sans habitant et sans réseau fiable, une erreur d’itinéraire n’est pas anodine.

La bonne fenêtre est clairement le printemps, d’avril à début juin, ou octobre. En plein été, la combinaison chaleur, absence totale d’ombre et absence d’eau rend la montée franchement déraisonnable, alors même que c’est la seule saison où les bateaux desservent l’île en nombre. Le reste des déplacements se fait sur les pistes de chèvres, qui mènent aux fermes et aux oliveraies.

Un point mérite d’être posé clairement : la protection de Dokos relève du droit du patrimoine archéologique, pas du droit de l’environnement. Elle interdit de bâtir, mais elle ne dit rien des herbiers de posidonie labourés par les ancres dans la baie de Skindos. Pour comprendre ce que recouvrent les différents statuts de protection en Grèce, voir la page sur les espaces naturels protégés en Grèce.

Où se baigner à Dokos ?

Il n’y a pas de plage aménagée sur Dokos : pas de transat, pas de buvette, pas d’ombre. Ce sont des criques de galets et de dalles, atteintes par la mer ou au terme d’une marche sur pierrier.

Dans la baie de Skindos, la petite plage voisine de la chapelle d’Agios Nikolaos est la plus facile d’accès puisque c’est là que déposent les taxis maritimes. Fond de sable, eau très claire, mais aussi la zone la plus fréquentée par les bateaux en haute saison : le mouillage y est bon jusqu’à une vingtaine de mètres de fond, ce qui explique la concentration estivale.

La crique d’Agios Ioannis, au nord-est, est plus étroite et plus spectaculaire, encaissée entre des pentes rocheuses, avec une petite grève au fond. Elle n’accueille qu’une poignée de bateaux à la fois, amarrés sur ancre et bout à terre, et se vide vite en fin de journée.

Les eaux les plus belles, de l’avis des marins comme des Grecs qui connaissent l’île, sont celles de la façade ouest et sud, tournée vers Ermioni : une succession de petites entailles turquoise sans nom sur les cartes, sans accès terrestre praticable, où l’on ne se baigne qu’en arrivant par bateau. Aucune de ces criques n’est surveillée, il n’y a aucun secours sur l’île, et le vent du nord y lève rapidement du clapot. Emporter de l’eau, de l’ombre et des chaussures fermées n’est pas une précaution de guide : c’est le minimum.

Quelques liens pour aller plus loin
  • Superficie : 13,5 km²
  • Point culminant : 308 m
  • Environ 18 habitants (recensement 2011), aucun résident réellement permanent aujourd’hui
  • Archipel : îles Saroniques (golfe Argosaronique), municipalité d’Hydra
  • Pas de port aménagé : mouillage et jetée dans la baie de Skindos
  • Aucune liaison de ferry : accès en taxi maritime depuis Hydra, Ermioni ou Spetses
  • Aéroport le plus proche : Athènes Elefthérios-Vénizélos
  • Statut : zone archéologique intégrale depuis 1994, toute construction interdite

Comparez les îles avec notre indicateur touristique des iles grecques

Aucune fête ni panigiri n’est organisé sur Dokos, faute d’habitants. Les rendez-vous à connaître se tiennent sur les rives d’en face.

Les autres destinations pour :

La carte de Dokos

Comment aller à Dokos ?

Aucune ligne de ferry ne dessert Dokos. Il n’y a ni port de commerce, ni guichet, ni horaires. On y accède par bateau privé ou par taxi maritime depuis Hydra, Ermioni ou Spetses, et par les excursions organisées au départ d’Hydra, de Porto Cheli et d’Athènes.

Depuis Hydra, la course en taxi maritime jusqu’au mouillage de Dokos était affichée autour de 140 euros pour le bateau (jusqu’à huit passagers, tarif relevé en 2025), ce qui rend la sortie raisonnable à plusieurs et chère en solo. Depuis Ermioni, la traversée prend une vingtaine de minutes en bateau rapide, et c’est le point de départ le plus court. Pour rejoindre Hydra, Ermioni ou Spetses depuis Athènes, les liaisons rapides partent du Pirée : voir la page ferries et bateaux pour les îles grecques.

Sur place, pas de bus, pas de véhicule. On marche, ou on longe la côte en bateau. Convenir de l’heure de reprise avec le pilote avant de débarquer est indispensable, la couverture mobile étant parfois délicate.

→ Conseils pour la réservation des ferries

Que manger autour de Dokos ?

Soyons clairs : il n’y a rien à manger sur Dokos. Aucune taverne, aucune épicerie, aucun point d’eau potable. Quelques sources yachting mentionnent une cantine familiale ouverte de façon très irrégulière dans la baie de Skindos ; ne comptez pas dessus et embarquez votre pique-nique et vos bouteilles d’eau.

La vraie gastronomie du secteur est en face, sur la côte de l’Ermionide. Le produit emblématique est le rodi Ermionis (ρόδι Ερμιόνης), la grenade d’Ermioni, enregistrée en AOP par la Commission européenne le 1er octobre 2020 et fêtée chaque automne dans le village. On la trouve en fruit frais, en jus et en sirops chez les producteurs locaux. La cuisine de l’Ermionide est une cuisine de bord de mer et de potager : poulpe mijoté, poissons du jour, aubergines au trahanas (τραχανάς), tourlou de légumes, huile d’olive locale.

Côté Hydra, la spécialité sucrée sont les amygdalota (αμυγδαλωτά), petits gâteaux d’amande à l’eau de rose, dont la pâtisserie Tsangaris perpétue la fabrication au port depuis plus d’un siècle. C’est ce qu’on rapporte de la région, pas de Dokos.

    • La baie de Skindos : le seul débarcadère de l’île, un mouillage large sur fond de sable où l’eau reste transparente jusqu’à vingt mètres.
    • Le site du naufrage de 2200 av. J.-C. : rien à voir sous l’eau, mais on nage au-dessus du plus ancien naufrage connu de la planète.
    • Le kastro byzantin : enceinte à trois tours et trois portes, citernes et basilique, détruit par les Arabes à l’automne 673 après quarante ans d’existence.
    • L’église d’Agios Ioannis Theologos : bâtie sur les fondations visibles d’une basilique à trois nefs du VIIe siècle, juste sous le kastro.
    • Le phare de pierre de 1923 : une tour ronde de neuf mètres à l’est de l’île, point de repère de la montée vers le sommet.
    • Le sommet à 308 mètres : vue plongeante sur Hydra, le golfe Argolique et la côte de l’Ermionide, exactement l’Aperopia des Anciens.
    • Le cap Myti Kommeni : promontoire nord occupé sans interruption de l’Helladique ancien aux temps mycéniens tardifs.
    • Le hameau de Kastelli : une poignée de fermes basses au-dessus de la baie, rouvertes quelques semaines par an par leurs propriétaires.
    • La crique d’Agios Ioannis : entaille étroite au nord-est, six ou sept bateaux au maximum, silence garanti en fin de journée.
    • Les oliveraies retournées à l’état sauvage : elles couvrent presque toute l’île et racontent une économie agricole disparue en deux générations.
    • Les chèvres et les ânes en liberté : seuls véritables occupants permanents d’une île officiellement peuplée de dix-huit habitants.
    • La façade ouest tournée vers Ermioni : la plus belle eau de l’île, accessible uniquement par la mer et sans aucun aménagement.

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