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La vieille ville de Corfou, quatre siècles de Venise en Grèce

p>Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2007, la vieille ville de Corfou (Kerkyra) est le seul centre urbain grec classé pour son ensemble architectural, et non pour un monument isolé. Coincée entre deux forteresses, sur un promontoire de la côte est de l’île de Corfou, elle aligne des immeubles vénitiens à cinq étages, des ruelles baptisées kantounia, des escaliers de pierre et une esplanade dessinée par les Français. Quatre siècles de Venise, quinze ans de France et cinquante ans d’administration britannique lui ont donné une allure qui n’existe nulle part ailleurs en Grèce. Comptez une journée pleine. C’est aussi le point le plus saturé de l’île en été, quand les navires de croisière déversent leurs passagers en milieu de matinée.

Quelle est l’histoire de la vieille ville de Corfou ?

La ville antique ne se trouvait pas ici mais à Paléopolis, sur la presqu’île de Kanoni, où les Corinthiens fondèrent une colonie en 735 av. J.-C. Les raids successifs poussèrent la population à se replier vers le promontoire fortifié voisin, la ville byzantine des Koryfo, les deux pics rocheux qui ont donné à l’île son nom occidental.

En 1386, Corfou passe sous contrôle vénitien et le restera 410 ans, jusqu’en 1797. C’est le fait décisif : l’île n’a jamais connu la domination ottomane, malgré plusieurs sièges repoussés. Venise construit le Paleo Frourio puis, après le grand siège de 1537, le Neo Frourio, relie les deux par des murailles et enferme la population dans un espace contraint. D’où ces immeubles hauts et serrés qui frappent encore aujourd’hui, et le déplacement autoritaire de la communauté juive du Campiello vers le quartier de Spilia, décidé par décret en 1525.

Suivent l’occupation française, qui rase les vieilles maisons devant la citadelle pour créer la Spianada et bâtit le Liston, puis le protectorat britannique de 1814 à 1864, qui laisse un palais néoclassique, un système d’adduction d’eau, un terrain de cricket et une limonade au gingembre. La ville souffrira lourdement des bombardements allemands de septembre 1943. Cette page ne prétend pas à l’exhaustivité : la sélection de liens en fin d’article permet d’aller plus loin.

→ Quelles activités organisées pour La vieille ville de Corfou ?

Que voir dans la vieille ville de Corfou ?

Les deux forteresses vénitiennes

Le Paleo Frourio occupe les deux pics rocheux qui ferment la ville à l’est, séparés du reste du promontoire par un canal creusé de main d’homme, le contrafossa. L’ouvrage n’est pas vénitien à l’origine : les Byzantins l’ont entrepris au milieu du XIIe siècle, avant que Venise ne le remodèle. On y monte pour la vue depuis la tour centrale, pour le sanctuaire néoclassique de Saint-Georges et sa colonnade dorique, élevé par les Britanniques dans les années 1840, et pour la collection byzantine près de l’entrée. Le Neo Frourio, entrepris par Venise après le grand siège de 1537, domine le port par un dédale de galeries et de bastions ; il n’ouvre qu’en saison et sa terrasse donne le meilleur point de vue sur les toits de tuiles.

Le Liston et la Spianada

La Spianada, dégagée par les Vénitiens pour laisser le champ libre aux canons de la citadelle, est l’une des plus vastes places d’Europe. À son extrémité nord subsiste le terrain de cricket légué par les Britanniques ; au sud, la rotonde Maitland et la statue de Jean Capodistrias (1776-1831), Corfiote devenu premier président de la Grèce en 1827. Sur son flanc ouest court le Liston, galerie à arcades élevée sous l’occupation française par l’architecte de la rue de Rivoli. Les cafés y sont chers, mais l’endroit reste le théâtre des processions et des concerts des philharmoniques, que l’île compte par dizaines.

Le Campiello, le plus vieux quartier

Sur la colline qui domine le vieux port, le Campiello est le quartier le plus ancien : un écheveau de kantounia, de volta (arches voûtées financées par les familles nobles pour afficher leur puissance) et de skalinades, les escaliers de pierre. Les Vénitiens s’y installèrent pour la brise et la salubrité. Cherchez la place de la Panagia Kremasti et son puits vénitien, et l’église Agios Nikolaos ton Geronton, où fut baptisé Capodistrias. Côté mer, les Mouragia, murailles élevées entre 1577 et 1588, offrent une promenade face à l’îlot boisé de Vido, à 1 200 m de là, où l’on traverse en caïque pour échapper à la ville et voir le mausolée des soldats serbes réfugiés ici entre 1915 et 1918.

Les églises et Agios Spyridon

Corfou n’ayant pas connu l’occupation ottomane, la vieille ville a gardé un nombre d’églises inhabituel, où le byzantin se mêle au catholique : plafonds peints dits ouranies, chœurs accompagnés à l’orgue. La plus vénérée est Agios Spyridon, église du XVIe siècle dont le campanile à coupole rouge sombre domine les toits. Le saint patron de l’île y repose dans un sarcophage d’argent, sorti en procession quatre fois par an : dimanche des Rameaux, Samedi saint, 11 août et premier dimanche de novembre. Chaque date commémore une délivrance attribuée au saint, deux fois de la peste, une fois de la famine, une fois des Ottomans. À voir aussi : la Panagia Faneromeni, dite Vierge des Étrangers, bâtie en 1690 par des réfugiés épirotes, avec l’iconostase baroque dorée la plus spectaculaire de l’île ; et la Mitropolis, cathédrale orthodoxe de 1577 dressée au-dessus du vieux port, dont la façade sobre dissimule une belle iconostase et les reliques de sainte Théodora.

Les musées

Le palais Saint-Michel-et-Saint-Georges, résidence du haut-commissaire britannique, abrite la salle du trône, celle du Sénat ionien, et surtout le musée d’Art asiatique, unique en Grèce, né de la collection du diplomate corfiote Grigorios Manos (1850-1929) : masques de théâtre nô, estampes, armes de samouraïs, pièces de Chine, du Japon, du Tibet et de Thaïlande. Le musée archéologique, rouvert en 2018, expose plus de 1 600 objets, dont le fronton de la Gorgone, long de 17 mètres, provenant du temple d’Artémis à Paléopolis, et le lion funéraire de Ménécrate. Le musée byzantin Antivouniotissa, dans une basilique du XVe siècle aux Mouragia, réunit fresques, mosaïques de Paléopolis et cinq siècles d’icônes heptanésiennes. Ajoutez la pinacothèque municipale, le musée des Billets de banque et la maison de Dionysios Solomos, auteur de l’hymne national grec, qui étudia à l’Académie ionienne de Corfou.

L’Ovriaki, l’ancien quartier juif de Corfou

Sous le Neo Frourio s’étend l’Ovriaki, où la communauté juive fut assignée par décret vénitien en 1525, entre les rues Velissariou, Palaiologou et Agias Sofias, après avoir vécu sur la colline du Campiello. Les ruelles y sont si étroites que le soleil n’atteint pas les étages bas. La communauté comptait environ 2 000 membres en 1941 ; en juin 1944, presque tous furent déportés à Auschwitz-Birkenau. Il en reste une soixantaine. La synagogue Nuova, rue Velissariou, se visite : si elle est fermée, demandez aux commerces voisins. À côté, la maison natale d’Albert Cohen ; place du Neo Frourio, le mémorial de la Shoah.

Comment visiter la vieille ville de Corfou : organisation, accès et billets

Une journée complète permet de voir l’essentiel : les forteresses le matin, les musées l’après-midi, le Campiello en fin de journée quand la lumière descend dans les ruelles. Depuis l’aéroport, comptez quinze minutes en taxi ; les bus verts KTEL et les bus bleus urbains arrivent tous à quelques minutes à pied de la Spianada. La circulation en ville est pénible : si vous logez ailleurs, laissez la voiture au parking du Neo Frourio.

La règle la plus utile concerne les horaires. Les navires de croisière débarquent vers 10 h et repartent en fin d’après-midi. Entre ces deux moments, les rues Nikiforou Theotoki et Agiou Spyridonos deviennent difficilement praticables en juillet et en août, tandis que le Campiello et l’Ovriaki restent respirables. J’y retourne toujours avant 10 h ou après 17 h, en gardant les musées pour le milieu de journée. Un billet combiné couvre le musée archéologique, le musée de Paléopolis, le musée Antivouniotissa, le musée d’Art asiatique et le Paleo Frourio : c’est nettement plus économique que les entrées séparées. Prévoyez de bonnes chaussures, les skalinades et les pavés étant partout.

Horaires d’ouverture des principaux sites de la vieille ville de Corfou, saison 2025-2026
Site Été (1er avril au 31 octobre) Hiver (1er novembre au 31 mars)
Paleo Frourio Tous les jours, 8 h à 20 h Tous les jours, 8 h 30 à 15 h 30
Neo Frourio Sauf mardi, 8 h 30 à 15 h 30 Fermé
Musée d’Art asiatique Tous les jours, 8 h à 20 h Sauf mardi, 8 h 30 à 15 h 30
Musée de Paléopolis (Mon Repos) Sauf mardi, 8 h 30 à 15 h 30 Sauf mardi, 8 h 30 à 15 h 30

Source : éphorie des Antiquités de Corfou, ministère grec de la Culture, saison 2025-2026. Dernière entrée 20 minutes avant la fermeture.

Visite guidée ou visite libre ?

La vieille ville se prête très bien à la marche libre : c’est un lieu habité, pas un site archéologique, et se perdre dans le Campiello fait partie de l’expérience. Un plan et un peu de lecture préalable suffisent pour l’essentiel.

La visite guidée apporte cependant quelque chose de réel sur deux points. D’abord la lecture des façades et des iconostases, où se reconnaît l’école ionienne née au XVIIIe siècle avec Panagiotis Doxaras, qui rapporta de Venise le naturalisme et la peinture à l’huile : blasons, volta, plafonds à poutres, palette de couleurs, tout cela raconte une hiérarchie sociale que rien n’explique sur place, faute de signalétique. Ensuite l’histoire du quartier juif, difficile à saisir seul alors qu’elle est centrale dans l’histoire de la ville. Si vous ne devez faire qu’une chose accompagné, choisissez l’Ovriaki.

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Questions fréquentes pour la visite de La vieille ville de Corfou

  • Oui, mais de façon très localisée dans le temps et l’espace. La saturation vient des croisières et se concentre entre 10 h et 17 h sur deux ou trois rues commerçantes. Le Campiello, l’Ovriaki et les forteresses restent praticables même en août. Notre index du surtourisme situe Corfou par rapport aux autres îles.

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Où dormir pour visiter la vieille ville ?

Loger dans la vieille ville même est l’option la plus agréable pour un séjour axé sur le patrimoine : on est sur place avant l’arrivée des croisiéristes et on profite du quartier le soir, une fois les rues rendues aux habitants. Les maisons d’hôtes installées dans d’anciennes demeures vénitiennes et néoclassiques y sont nombreuses, à tous les niveaux de prix, avec une réserve à connaître : les chambres donnant sur le Liston ou sur les rues à bars peuvent être bruyantes jusque tard. Notre sélection détaillée, ville et reste de l’île, se trouve sur la page où dormir à Corfou.