La vieille ville de Rhodes, la plus ancienne cité médiévale habitée d'Europe
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La vieille ville de Rhodes occupe la pointe nord de l’île, autour du port antique, et s’étend sur 42 hectares ceinturés de remparts. Ce n’est pas un site archéologique clos mais un quartier vivant : environ 6 000 personnes y résident, dans les mêmes maisons que les Chevaliers six siècles plus tôt. Bâtie par les Chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean à partir de 1309 sur une trame urbaine héritée de l’Antiquité, puis remaniée par les Ottomans et par les Italiens, elle superpose quatre couches de civilisation dans le même lacis de ruelles. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1988. La fréquentation y est très inégale : deux ou trois axes commerçants sont saturés de mai à octobre, le reste du périmètre reste étonnamment calme.
Quelle est l’histoire de la vieille ville de Rhodes ?
La ville de Rhodes est fondée en 408 av. J.-C. par la fusion des trois cités doriennes de l’île, sur un plan hippodamien en damier dont le tracé se devine encore dans certaines rues. Les archéologues situent le sanctuaire d’Hélios, dieu poliade de Rhodes, sous les fondations de l’actuel palais. Une première fortification byzantine apparaît dès le VIIe siècle, sur un périmètre restreint.
Tout change avec l’arrivée des Chevaliers Hospitaliers en 1309. Selon l’Éphorie des Antiquités du Dodécanèse, la ville quadruple alors de surface et se déploie en demi-cercle sur 420 000 m² autour du port. L’extension des murailles commence sous le grand maître Antonio Fluvian de Riviere (1421-1437), et l’enceinte extérieure est achevée entre 1457 et 1465, adaptée à l’arrivée de la poudre et de l’artillerie. La ville résiste au siège mamelouk de 1444, puis à celui de Mehmed II en 1480, mais un séisme la rase en 1481. Reconstruite à grands frais, elle finit par tomber devant Soliman le Magnifique en 1522.
Suit une longue période ottomane, jusqu’en 1912 : les églises deviennent des mosquées, des minarets s’élèvent au-dessus des toits, et les chrétiens sont contraints de résider hors des murs. Les Italiens, présents de 1912 à 1943, entreprennent des restaurations massives et parfois discutables, dont la reconstruction complète du palais. La communauté juive, installée là depuis des siècles, est déportée en 1944. Cette page ne prétend pas à l’exhaustivité : la sélection de liens en fin d’article renvoie vers des sources spécialisées.
→ Quelles activités organisées pour La vieille ville de Rhodes ?
Que voir dans la vieille ville de Rhodes ?
Le Kollakio, le quartier des Chevaliers
Un mur intérieur séparait la ville médiévale en deux. Au nord, le Kollakio regroupait le pouvoir : palais, hôpital, cathédrale et résidences de l’Ordre. Son axe est la rue des Chevaliers (Odos Ippoton), voie pavée en montée que les restaurations italiennes ont rendue à son état médiéval et qui reste l’une des rues du XVe siècle les plus intactes d’Europe. De part et d’autre s’alignent les auberges des sept langues de l’Ordre, France, Auvergne, Provence, Italie, Aragon, Angleterre et Allemagne, chacune reconnaissable à ses armoiries sculptées au-dessus de la porte. L’auberge de France, la plus ornée, porte les emblèmes des grands maîtres Pierre d’Aubusson et Emery d’Amboise. Celle d’Italie affiche les armes de Fabrizio del Carretto. La rue se parcourt gratuitement, de jour comme de nuit, et elle est étonnamment calme dès que l’on s’éloigne de son extrémité basse.
À mi-pente, l’église Agia Trias, chapelle du XIVe siècle rattachée à la langue anglaise, porte sur sa façade les armes du Saint-Siège. En haut de la rue, le Palais des Grands Maîtres, que les Rhodiens appellent le Kastello, occupe le point le plus élevé de la ville. Le bâtiment médiéval a été anéanti par l’explosion d’un dépôt de munitions en 1856 ; le gouverneur italien du Dodécanèse l’a fait rebâtir à la fin des années 1930, plus vaste et plus imposant que l’original, pour en faire sa résidence. L’étage expose des mosaïques romaines et paléochrétiennes rapportées de Kos par les Italiens, ainsi qu’un ensemble de mobilier médiéval. Le rez-de-chaussée abrite deux expositions permanentes remarquables, l’une sur Rhodes antique et ses 2 400 ans d’histoire, l’autre sur la période allant du IVe siècle à la conquête ottomane de 1522. Comptez une heure et demie à deux heures pour l’ensemble.
En bas de la rue, l’ancien hôpital des Chevaliers, gothique à touches Renaissance achevé en 1489, accueille le Musée Archéologique. La grande salle des malades, longue nef voûtée où l’on soignait les pèlerins, se visite telle quelle. Les collections rassemblent les trouvailles de tout le Dodécanèse : la galerie des statues hellénistiques, l’Aphrodite dite de Rhodes sortie de la mer en 1929, et les stèles funéraires de la nécropole antique en sont les pièces fortes. Le jardin intérieur, planté et doté d’un café, est l’un des rares endroits ombragés du quartier. Juste à côté, l’église Panagia tou Kastrou, aux fondations du XIe siècle, résume à elle seule l’histoire du lieu : byzantine, regothicisée par les Chevaliers, transformée en mosquée par les Ottomans, aujourd’hui salle d’exposition d’art byzantin. En face, le musée d’Art populaire et décoratif occupe l’ancienne armurerie de l’Ordre et présente boiseries, céramiques et costumes des îles.
Le Bourgo, la ville des habitants
Au sud du mur intérieur, le Bourgo était la ville civile : marché, ateliers, maisons, synagogues et paroisses. C’est là que vit encore l’essentiel de la population, et c’est de loin la partie la plus étendue. On y compte une trentaine d’églises médiévales, souvent minuscules et fermées, dont la Panagia tou Bourgou du XIVe siècle, réduite à trois absides à ciel ouvert au milieu d’une place, et Agios Fanourios, à demi enterrée, dont les fresques du XIVe siècle se devinent dans la pénombre. La place Hippocrate et sa fontaine forment le carrefour du quartier ; au sud s’ouvre la Porte de la Mer, encadrée de deux tours massives qui donnaient autrefois directement sur l’eau.
La rue Sokrates monte de cette place vers la mosquée de Soliman, reconstruite au XIXe siècle sur des fondations du XVIe, coiffée d’un minaret rose et flanquée de la bibliothèque ottomane de 1794, qui conserve des manuscrits coraniques enluminés. Autour s’étend le quartier turc, avec ses encorbellements de bois, ses fontaines et le hammam de Soliman sur la place Arionos, toujours en activité. C’est la partie la plus dépaysante de la vieille ville, et l’une des moins parcourues : on peut y marcher un quart d’heure sans croiser un visiteur.
La rue Sokrates elle-même est une autre affaire. Boutiques de souvenirs en enfilade, éponges et magnets, elle concentre le tourisme de masse. Le basculement se produit vers 17h, quand les jeunes remontent des plages de la côte est : plusieurs bars servent alors la bière dans des bottes en verre de un à trois litres, facturées entre 16 et 30 euros, et l’ambiance devient celle d’une station balnéaire installée sur un site classé. C’est le principal reproche que l’on peut faire à la vieille ville aujourd’hui, et il est très circonscrit : il suffit de bifurquer dans une ruelle transversale pour retrouver un quartier habité, avec du linge aux fenêtres et des chats sur les seuils.
Le quartier juif et les remparts
À l’est, le quartier juif s’organise autour de la place des Martyrs juifs, reconnaissable à sa fontaine aux hippocampes de bronze et ainsi nommée en mémoire des quelque 2 000 Juifs de Rhodes déportés en juillet 1944, dont une poignée seulement revint. La synagogue Kal Kadosh Shalom, fondée en 1577, est la plus ancienne encore en activité de Grèce ; son sol en galets noirs et blancs, sa bimah centrale et son petit musée retracent l’histoire d’une communauté séfarade venue d’Espagne après 1492 et qui a marqué la ville pendant cinq siècles. Sur le côté nord de la place subsiste le palais des Amiraux, résidence de l’archevêque orthodoxe avant la conquête ottomane.
Restent les fortifications, qui sont le monument le plus impressionnant de l’ensemble. Le double rempart atteint par endroits douze mètres d’épaisseur, résultat d’un siècle d’adaptation à l’artillerie à poudre ; chaque section était confiée à une langue de l’Ordre, dont les armoiries sont encore scellées dans la pierre. Plusieurs portes le percent, dont la Porte d’Amboise de 1512, la plus monumentale, franchie par un pont sur la douve. Cette douve sèche, large de trente mètres et jamais inondée, se parcourt aujourd’hui à pied sur une grande partie du périmètre : c’est un accès libre, gratuit et presque toujours désert à l’échelle réelle de la place forte, et le meilleur endroit pour comprendre pourquoi la ville a résisté aux sièges de 1444 et 1480. Le chemin de ronde, en revanche, se visite depuis la Pyli Kanonion avec un billet distinct et des horaires très restreints. Enfin, la Tour de l’Horloge, dans le Kollakio, offre pour quelques euros la meilleure vue plongeante sur les toits, les minarets et le port.
Comment visiter la vieille ville de Rhodes : organisation, horaires et billets
Il n’y a ni entrée ni billet pour la vieille ville elle-même : on y circule librement, jour et nuit. Ce sont les monuments intérieurs qui sont payants, et ils relèvent de billetteries différentes. Comptez une demi-journée pour un premier tour avec le palais et le musée, une journée complète pour y ajouter la douve, la synagogue et une flânerie dans le Bourgo.
Le point le plus utile est l’existence d’un billet combiné du ministère de la Culture, valable pour quatre sites de l’Éphorie des Antiquités du Dodécanèse. Il se prend au guichet du palais ou en ligne sur hhticket.gr. Les autres lieux ont leur propre billetterie.
| Billet | Ce qu’il couvre | Tarif plein |
|---|---|---|
| Billet combiné du ministère de la Culture | Palais des Grands Maîtres, Musée Archéologique, Panagia tou Kastrou et collection d’arts décoratifs | 20 euros |
| Billets individuels | Chacun des quatre sites ci-dessus, séparément | Variable selon le site et la saison |
| Synagogue Kal Kadosh Shalom | Synagogue et musée de la communauté juive | Billetterie propre, sur place |
| Chemin de ronde des remparts | Accès au sommet des murailles depuis la Pyli Kanonion, horaires très restreints | Billetterie propre, sur place |
Le palais est ouvert tous les jours de 8h à 20h du 1er avril au 31 octobre, et du mercredi au lundi de 8h30 à 15h30 le reste de l’année, fermé le mardi. La douve et la rue des Chevaliers restent accessibles en permanence et sans billet. Prévoyez de bonnes chaussures : les pavés ronds sont glissants et irréguliers, et l’ombre est rare sur les places. Un mot sur l’heure de visite : je suis passé cette année en fin d’après-midi, et la rue Sokrates était déjà occupée par des tablées de jeunes attablés devant des bottes de bière géantes. Le contraste avec le quartier turc, deux ruelles plus loin et totalement vide, résume assez bien la ville.
Visite guidée ou visite libre de la vieille ville ?
La vieille ville se prête très bien à la visite libre : les rues sont sûres, le périmètre est limité, et se perdre dans le Bourgo fait partie de l’intérêt. Pour la promenade, un plan et un peu de lecture préalable suffisent largement.
La visite guidée se justifie sur un point précis : la lecture des strates. Distinguer un mur byzantin d’un appareil hospitalier, repérer une abside d’église sous une façade ottomane, comprendre pourquoi telle auberge porte les armes de la langue d’Auvergne, tout cela est difficile sans accompagnement, car la signalétique in situ est pauvre et souvent uniquement en grec et en anglais. Un guide de deux heures sur le Kollakio change réellement la perception du lieu. Pour le reste, la flânerie libre reste la meilleure approche.
Questions fréquentes pour la visite de La vieille ville de Rhodes
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En saison : tôt le matin avant 10h, ou après 18h une fois les excursionnistes et les passagers de croisière repartis. La ville change alors complètement de rythme. En saison, les journées d’escale de plusieurs paquebots sont les plus chargées. Hors saison, la visite est bien plus calme et agréable.
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Oui, mais de façon très localisée dans l’espace et dans le temps. La rue Sokrates, la place Hippocrate et les abords du palais sont saturés de mai à octobre, avec un pic en soirée. Le sud du Bourgo, le quartier turc et la douve restent calmes à quelques dizaines de mètres de là.
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Oui, à condition de prévoir de bonnes chaussures et de l’eau. Les pavés ronds sont difficiles en poussette. La Tour de l’Horloge, la douve et les remparts fonctionnent bien avec des enfants, le Musée Archéologique moins.
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Oui, plusieurs demeures médiévales ont été converties en petits hôtels de caractère. Les voitures n’entrent pas librement dans l’enceinte : les établissements récupèrent les bagages aux portes.
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Les trois entrées les plus pratiques sont la Porte d’Amboise au nord-ouest, la Porte de la Mer côté port et la Porte d’Eleftherias vers Mandraki. Toutes trois débouchent à quelques minutes des principaux monuments.
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Quelques liens pour aller plus loin
- Éphorie des Antiquités du Dodécanèse, service archéologique compétent
- Fiche officielle du Palais des Grands Maîtres, ministère de la Culture
- Billetterie en ligne des sites archéologiques grecs
- Fiche Unesco de la cité médiévale de Rhodes
- Monuments grecs Unesco, notice illustrée en français
- Notice du Palais des Grands Maîtres, musées archéologiques grecs
- Synagogue Kal Kadosh Shalom et musée juif de Rhodes
- Site officiel de la municipalité de Rhodes
- KTEL Rhodes, bus au départ des portes de l’enceinte
- Musée d’Art Grec Moderne, collections municipales de Rhodes
- Kastra.eu, notice détaillée sur les fortifications de Rhodes
- Odysseum, ressources pédagogiques sur le monde grec
Où dormir pour visiter la vieille ville ?
Dormir à l’intérieur des remparts est la meilleure option pour profiter de la ville tôt le matin et le soir, quand elle se vide. Nos adresses vérifiées, dans l’enceinte comme ailleurs sur l’île, sont détaillées sur notre page où dormir à Rhodes.
