Apollon Épikourios, un temple inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO oublié dans les monts d'Arcadie
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Le temple d’Apollon Épikourios se dresse à 1 131 mètres d’altitude, sur une terrasse rocheuse du mont Kotilion, dans les montagnes qui séparent l’Élide, l’Arcadie et la Messénie. Il a été élevé entre 420 et 400 avant notre ère par les habitants de Phigalie, cité arcadienne située à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest, en remerciement au dieu qui les avait « secourus » (epikourios) d’une épidémie ou d’un conflit. Pausanias en attribue le dessin à Ictinos, l’architecte du Parthénon. C’est le premier monument grec inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, en 1986. Le site est aujourd’hui abrité sous une vaste tente de protection, ce qui décourage une partie des visiteurs : on y croise rarement plus de quelques voitures, même en août.
Quelle est l’histoire du temple d’Apollon Épikourios ?
Le temple classique n’est pas le premier édifice construit ici. Ses fondations réemploient des blocs d’un sanctuaire archaïque antérieur, et des offrandes votives remontant à l’époque géométrique ont été retrouvées sur place. Le culte d’Apollon Bassitas est donc bien plus ancien que le bâtiment visible.
Après l’Antiquité, le sanctuaire est abandonné, la toiture s’effondre à l’intérieur, mais la colonnade extérieure tient bon. L’isolement le protège pendant près de dix-sept siècles. En novembre 1765, l’architecte français Joachim Bocher, alors employé à Zante, tombe dessus par hasard. La nouvelle circule lentement dans les milieux savants européens.
Le tournant se produit le 25 août 1811, quand une équipe d’antiquaires nord-européens, déjà responsable du démontage des frontons d’Égine, arrive à Bassae. Karl Haller von Hallerstein, Jakob Linckh, Charles Robert Cockerell et John Foster repèrent, grâce à un terrier de renard creusé dans l’amas de pierres du naos, la présence d’une frise sculptée enfouie. Le gouverneur ottoman les stoppe. Ils reviennent en juin 1812 avec l’autorisation de Veli Pacha, achetée à prix d’or, et fouillent deux mois durant avec jusqu’à 120 ouvriers recrutés dans les villages voisins. Les 23 plaques de la frise ionique sont mises au jour, transportées jusqu’à la côte, vendues aux enchères à Zante en 1814 et acquises par le British Museum en 1815.
Les travaux de consolidation commencent en 1902 et n’ont, à vrai dire, jamais cessé. Cette page ne prétend pas à l’exhaustivité : la sélection de liens en fin d’article renvoie vers les publications de l’éphorie des Antiquités d’Élide, qui détaillent chaque campagne.
→ Quelles activités organisées pour Le temple d’Apollon Épikourios à Bassae ?
Que voir sur le site de Bassae ?
Un plan de temple sans équivalent dans le monde grec
Le temple est dorique, périptère et hexastyle : 38,3 mètres de long sur 14,6 de large, posés sur un stylobate à trois degrés. Sa première singularité saute aux yeux dès le parking : il est orienté nord-sud et non est-ouest, comme d’autres sanctuaires arcadiens des environs, sans doute pour des raisons cultuelles locales.
La deuxième est plus discrète. La colonnade compte 6 colonnes sur les petits côtés et 15 sur les longs, une proportion étirée héritée de l’époque archaïque, alors que la règle 6 x 13 s’était imposée partout ailleurs au moment de sa construction. Ictinos, à Bassae, fait délibérément du conservatisme et de l’audace en même temps. La pierre elle-même y contribue : c’est un calcaire gris local, extrait sur place, dont la teinte froide fait corps avec la montagne. Seul le décor sculpté était en marbre.
Le plus ancien chapiteau corinthien connu
L’intérieur constitue le véritable choc. Le naos, très allongé, était bordé de cinq demi-colonnes ioniques de chaque côté, engagées dans des éperons perpendiculaires au mur, la cinquième paire étant placée en diagonale. Entre ces deux dernières se dressait une colonne corinthienne unique, en marbre. Son chapiteau est le plus ancien chapiteau corinthien attesté dans l’histoire de l’architecture. Il a disparu peu après 1812 et n’est plus connu que par les relevés dessinés au XIXe siècle. Le monument réunit donc les trois ordres grecs, dorique, ionique et corinthien, ce qu’aucun autre temple antique ne fait.
Aucune base de statue de culte n’a été retrouvée dans le naos, ce qui a nourri l’hypothèse que cette colonne corinthienne tenait lieu de représentation aniconique du dieu. Pausanias, lui, rapporte qu’une statue d’Apollon en bronze fut transférée en 369 avant notre ère vers l’agora de Mégalopolis et remplacée par une statue acrolithe. Des fragments d’extrémités d’une statue colossale ont bien été exhumés dans l’adyton en 1812.
La frise ionique, aujourd’hui au British Museum
La frise qui courait au-dessus des demi-colonnes mesurait 31 mètres et comptait 23 plaques de marbre : douze consacrées à l’Amazonomachie, onze à la Centauromachie. L’éphorie des Antiquités d’Élide l’attribue au sculpteur Paionios. Elle est exposée depuis 1815 dans la salle 16 du British Museum, à quelques mètres des marbres du Parthénon. Sur place, il ne reste donc rien de la sculpture : les métopes du pronaos, qui figuraient le retour d’Apollon du pays des Hyperboréens, et celles de l’opisthodome, consacrées à l’enlèvement des filles de Leukippos par les Dioscures, ne subsistent qu’à l’état de fragments. Savoir cela avant d’arriver évite une déception.
Les sanctuaires du mont Kotilion, à quinze minutes de marche
Cent mètres plus haut, au sommet du Kotilion, à 1 226 mètres, subsistent les vestiges de deux petits temples fouillés en 1902 et 1903 par Panagiotis Kavvadias et Konstantinos Kourouniotis. Le plus grand et le plus au sud a été identifié comme le sanctuaire d’Artémis Orthasia, protectrice des jeunes enfants, grâce à une inscription d’affranchissement gravée sur plaque de bronze. Le second, quelques mètres au nord, est celui d’Aphrodite du Kotilos, mentionné par Pausanias, où l’on a recueilli des miroirs de bronze et des bustes féminins en terre cuite. Ces deux constructions rustiques, fondées au VIe siècle avant notre ère par des Phigaliens pauvres installés à Bassae, ont été abandonnées à la fin du IIIe siècle. Un sentier raide et mal marqué y mène en un quart d’heure. Peu de visiteurs le prennent, et c’est de là que l’on comprend le mieux pourquoi les Anciens ont bâti ici.
Comment visiter le temple de Bassae : organisation, accès et billets
Le site est ouvert 359 jours par an. Du 1er avril au 30 octobre, tous les jours de 8 h à 20 h ; du 1er novembre au 31 mars, tous les jours de 8 h à 15 h. Fermeture le 1er janvier, le 25 mars, le dimanche de Pâques, le 1er mai, les 25 et 26 décembre. Le billet plein tarif coûte 10 euros, le tarif réduit 5 euros, ce dernier s’appliquant à tous les visiteurs entre le 1er novembre et le 31 mars. La billetterie en ligne n’existe pas : on paie au guichet, sur place.
Une heure suffit largement, une heure et demie si vous montez au Kotilion. Le parking est gratuit et à quelques pas de l’entrée ; les personnes à mobilité réduite ont intérêt à téléphoner en amont au 26260 22275 pour que les facilités prévues soient préparées. Il n’y a ni café ni cantine sur le site : prévoyez eau et en-cas, à consommer dans les espaces extérieurs aménagés. Les chaussures fermées sont utiles pour le sentier du sommet. À 1 131 mètres, le vent est fréquent et la température nettement plus fraîche qu’en plaine : j’y ai eu franchement froid un matin de juin, alors qu’Athènes suffoquait. La photographie à main levée est autorisée, le trépied et l’éclairage nécessitent une autorisation de l’éphorie, et les animaux ne sont pas admis sous l’abri.
Visite guidée ou visite libre à Bassae ?
La signalétique sur place est sommaire et une vidéo présente les travaux de restauration, mais aucun dispositif n’explique vraiment ce qui fait la singularité du bâtiment : l’orientation nord-sud, la proportion archaïsante, la place de la colonne corinthienne, la logique de la frise disparue. Sans préparation, on voit des colonnes grises sous une bâche. Avec une demi-heure de lecture préalable, on voit un manifeste d’architecte.
La visite libre reste donc parfaitement valable, à condition d’arriver documenté : un bon guide papier ou les pages de description de l’éphorie, listées plus bas, suffisent amplement. Un guide francophone se justifie surtout si Bassae s’inscrit dans un circuit archéologique plus large avec Olympie et Mégalopolis, où l’accumulation de sites finit par brouiller les repères. Dans ce cas, passer par une agence locale permet de caler chauffeur et guide sur la même journée.
Questions fréquentes pour la visite de Le temple d’Apollon Épikourios à Bassae
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Oui. Un abri temporaire a été installé en 1987 pour protéger le monument du gel et de l’humidité, après la pose d’un échafaudage antisismique en 1985 et d’une protection contre la foudre en 1986. On entre sous la toile et on circule au pied des colonnes, ce qui permet de voir la structure de très près, à l’ombre et au sec. La perte esthétique est réelle vue de l’extérieur ; l’expérience à l’intérieur ne l’est pas.
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Aucune date n’est annoncée. L’abri doit être démonté une fois les travaux de consolidation achevés. La stabilisation de la face nord a été menée de 2001 à 2015, une première phase sur les longs côtés de 2019 à 2023, et une troisième phase de 3,1 millions d’euros, financée par le programme européen « Grèce occidentale 2021-2027 », a été validée en mars 2026 ; elle porte notamment sur l’abri de protection lui-même.
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Le site est petit, plat et abrité, ce qui le rend praticable avec de jeunes enfants, mais il n’offre ni jeu, ni maquette, ni parcours pédagogique. La montée au Kotilion, en revanche, est trop raide pour les plus petits. Le trajet en lacets peut éprouver ceux qui ont le mal des transports.
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Andritsena, à 14 km, mérite un arrêt pour sa place ombragée d’un platane centenaire et sa bibliothèque Nikolopoulos, qui conserve un moulage d’une plaque de la frise de Bassae. Les vestiges de l’antique Phigalie et le village d’Ano Figaleia se trouvent une quinzaine de kilomètres au sud-ouest, sur une route en partie non revêtue.
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Au sommaire
Quelques liens pour aller plus loin
- Site officiel du monument, éphorie des Antiquités d’Élide
- Horaires, tarifs et accès, page officielle de visite
- Fiche UNESCO du temple d’Apollon Épikourios
- British Museum, salle 16 : la frise de Bassae
- Notice détaillée sur les 23 plaques de la frise
- Éphorie des Antiquités d’Élide, portail régional
- Ressource pédagogique grecque sur l’architecture des temples
- Odysseum, portail francophone des humanités antiques
- KTEL Élide, horaires des lignes locales vers Andritsena
- Travel.gr, le site vu par les Grecs
- World Heritage Journeys, présentation en français
- Article encyclopédique francophone sur le temple
Où dormir pour visiter le temple d’Apollon Épikourios ?
Il n’existe aucun hébergement au sanctuaire même. Trois bases sont pertinentes, du plus proche au plus pratique.
Theoxenia Hotel, Andritsena. À 14 km du site, dans le bourg de montagne qui sert de porte d’entrée historique. Bâtiment des années 1960 signé par un architecte grec, chambres avec balcon et vue sur les montagnes, parking gratuit, jardin. C’est l’adresse abordable de cette sélection, et la seule qui permette de partir au temple en vingt minutes.
Abeliona Retreat, Ambeliona. Une poignée de kilomètres au sud du temple, dans le village natal du cinéaste Theo Angelopoulos. Vingt et une chambres en pierre de style arcadien, cheminée, table qui travaille les produits de la ferme et des producteurs locaux. Gamme intermédiaire à haute, et l’option la plus intéressante si vous restez deux nuits dans la région.
Hotel Pelops, Olympie antique. À une heure quinze de route, utile si vous couplez Bassae avec Olympie. Hôtel familial à quinze minutes à pied du site archéologique, dans un quartier calme, avec parking gratuit devant.
