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Les Montagnes Blanches et les gorges de Samaria
Dans la partie ouest de la Crète, les Montagnes Blanches occupent le coeur de la région de Chania, véritable barrière naturelle entre le nord et le sud. Le massif est strié d’impressionnantes gorges, dont les plus célèbres sont les gorges de Samaria.
Lefka Ori : pourquoi les Montagnes Blanches ?
Lefka Ori, en grec, se traduit littéralement par Montagnes Blanches. On pourrait penser que le massif fut nommé ainsi en raison de la neige qui le recouvre entièrement l’hiver, mais non : c’est la roche qui compose ces montagnes, du calcaire de couleur claire, qui est à l’origine de ce nom.
Des montagnes aux origines sous-marines
Des forces titanesques sont à l’origine de la formation des Montagnes Blanches. Plus au sud, dans les abysses de la mer de Libye, la plaque tectonique africaine entre en collision avec la plaque européenne, creusant une fosse de 5000m de profondeur… Par un phénomène de subduction, la première passe sous la seconde, soulevant ainsi les imposants reliefs crétois.
Long de 30km et large de 20km, ce gros bloc calcaire dépasse ainsi les 2000m en de nombreux sommets, pour atteindre 2453m en son point culminant, le Pachnes. D’impressionnantes gorges comme Samaria entaillent profondément le massif : sur les parois à pic, il est possible d’apercevoir d’étranges fossiles marins… ils rappellent en effet que le calcaire crétois, formé sous la mer à l’origine, fut soulevé à la surface par la force tectonique de la Terre.
Rebelles crétois et chèvres des montagnes
Longtemps, les Montagnes Blanches ont servi de refuge aux rébelles crétois. Vénitiens et Ottomans ont par exemple dû se contenter de quelques forteresses côtières surveillant le débouché des gorges de Samaria, sans jamais y pénétrer. On raconte ainsi que la région de Hora Sfakion, qui couvre le sud-est des Montagnes Blanches jusqu’à la mer, n’a jamais été soumise par aucun envahisseur.
Aujourd’hui, le massif est très peu peuplé, et reste le domaine quasi exclusif des bergers et de leurs chèvres. Un peu partout dans les montagnes, on trouve des mitatos, huttes de pierre construites par les bergers pour passer la nuit, servant à l’occasion de refuge aux trekkeurs.
Les gorges de Samaria
Les gorges de Samaria sont la principale attraction touristique des Montagnes Blanches. Elles sont protégées au sein du Parc national de Samaria, et attirent chaque année des milliers de visiteurs. On comprend facilement pourquoi : le spectacle est magnifique tout du long des gorges.
Une superbe balade, de la montagne à la mer
L’entrée des gorges se fait au niveau du plateau d’Omalos, au lieu-dit Xiloskalo, signifiant “échelle de bois”. Avant l’aménagement du sentier actuel, on descendait effectivement les 600m de dénivelé par des échelles de cordes et de bois avant d’atteindre le fond des gorges !
Il faut ensuite parcourir 13km pour ressortir des gorges de Samaria. Le chemin est très bien aménagé, parfois en aplomb de la rivière, parfois directement dans le lit, en franchissant des ponts en rondins de bois. L’eau fraîche, verte et claire coule parfois en surface, disparaît sous terre, puis réapparaît. Les chaos d’éboulis de roches témoignent de ce que peut charrier la rivière de Samaria au plus fort de l’hiver.
Le décor évolue fortement au fil des 1200m de dénivelé à parcourir, et notamment la flore : l’ombre de cyprès, parfois millénaires comme à Agios Nikolaos, accompagne la descente au fond des gorges, puis apparaissent le pins, les chênes et les oliviers, qui prennent le relais.
On croise en chemin l’ancien village de Samaria, abandonné en 1962 lors de la création du Parc national. Les habitants de Samaria vivaient notamment de la découpe du bois, les troncs étant acheminés par la rivière.
Dans la seconde moitié des gorges, le spectacle minéral des parois érodées, façonnées par l’écoulement de l’eau, est fascinant : par endroit, les falaises nous dominent à plus de 800m de hauteur, et de l’ouverture entre deux crêtes de montagne, on entrevoit le Pachnes dominant l’ensemble.
Les Portes de Fer, passage large de 3 mètres seulement, est l’un des sites les plus marquants. Ce goulet, facilement défendu par les rebelles Crétois, était réputé infranchissable, faisant de Samaria un sanctuaire à l’abri de tout envahisseur.
A la sortie des gorges, il reste 3km à parcourir pour conclure la balade à Agia Roumeli, village de bord de mer avec sa grande plage de sable. Avant de repartir (en bateau uniquement, ou à pied !), vous avez le temps d’une bonne baignade, ou de vous tremper dans l’eau très fraîche de la rivière de Samaria, qui termine aussi sa course ici.
L’excursion de Samaria, comment ça marche ?
Avec voiture : prenez la route jusqu’à Omalos, et laissez la voiture à Xiloskalo. En bas des gorges, à Agia Roumeli, la bateau Anendyk part à 17h30 pour Sougia. Prenez un ticket au petit comptoir dans le village.
A Sougia, des bus attendent le bateau des gorges, pour vous ramener à votre véhicule, sur le plateau (arrivée vers 19h30).
Sans voiture : prenez le bus KTEL depuis la gare routière de Chania, direction Omalos, tôt le matin. Le bus vous dépose à l’entrée des gorges.
Au retour, prenez le bateau à Agia Roumeli à 17h30, vers Sougia ou Sfakia, au choix. Dans les deux cas, le bus attend les passagers du bateau pour repartir vers Chania, pour une arrivée autour de 20h30.
Nos conseils pratiques pour visiter les Gorges de Samaria
- Les gorges de Samaria sont ouvertes de mai à octobre .Elles ferment dès que le temps est pluvieux pour éviter de se retrouver coincé dans les gorges.
- La balade complète fait 16km, et se parcourt en 4h30 en moyenne pauses incluses.
- Inutile de partir trop tôt : les gorges sont bien ombragées, et vous laissez filer le gros des visiteurs en arrivant vers 10h par exemple.
- Autre méthode : remonter les gorges, pour apprécier la partie basse, la plus belle, sans personne le matin. L’ascension est plus dure, comptez 6h et 1200m de dénivelé positif.
- L’entrée coûte 5€/personne (2021). Gardez votre billet, il sera contrôlé pour ressortir.
- Pas la peine de se surcharger en eau : les gorges sont bien aménagées, avec des points d’eau réguliers.
- Baignez-vous dans la rivière uniquement au niveau de Agia Roumeli. Dans les gorges, c’est strictement interdit, et les gardes ne plaisantent pas.
- Même si la balade est facile dans l’ensemble, prenez de bonnes chaussures pour les passages caillouteux voire glissants.
Le krikri, symbole des Montagnes Blanches et des Gorges de Samaria
Krikri est le nom donné à la chèvre sauvage des Montagnes Blanches : l’animal en est devenu le symbole.
De son vrai nom “agrimi”, le krikri fut baptisé ainsi par le président américain Harry Truman himself ! Ce dernier reçut en effet une chèvre sauvage en cadeau de remerciement de l’aide militaire américaine durant la Seconde Guerre mondiale : agrimi étant trop difficile à prononcer, la chèvre devint Krikri, et ce nom s’imposa également en Crète.
Animal au pelage brun, le krikri ressemble à des bouquetins au corps plus fuselé ; le mâle est reconnaissable à ses imposantes cornes. Son agilité est légendaire, et il évolue dans les parties les plus inaccessibles des montagnes.
En voie de disparition, encore braconné pour ses cornes et sa viande, il est rare de voir un vrai krikri sauvage. Il est parfois possible de surprendre une bande de krikri en train de boire à la rivière, au fond d’une gorge, à Agia Irini ou Eligia, à condition d’être silencieux durant la marche.
On croise également quelques individus dans les gorges de Samaria : certains rôdent dans le village de Samaria auprès des touristes pour de la nourriture facile, d’autres apparaissent après le passage du gros des troupes à Agios Nikolaos, pour se désaltérer en amont des gorges.
