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Traditions d'Épire : polyphonies, fêtes d'été et forêts sacrées

Dans les montagnes d'Épire, la fête du village rassemble ceux qui sont partis. Le chant polyphonique vit dans les villages du Pogoni, de Konitsa et de Filiates, chacun avec son style, et sa sauvegarde est citée en exemple par l'UNESCO. À Syrrako, la fête du 15 août réunit le village et sa diaspora ; ailleurs dans les Tzoumerka, on danse les kykles ou l'on monte à la grotte d'Agia Paraskevi, au-dessus de Kalarrytes. Les villages du Zagori et de Konitsa protègent leurs forêts sacrées, les Sarakatsanes se retrouvent chaque année à Gyftokampos, et Distrato produit encore le goudron de pin. En ville, Ioannina perpétue l'orfèvrerie d'argent depuis le XVIe siècle, et Arta vit une Semaine sainte intense, de la grande flamme d'Agia Theodora aux épitaphes de la rue Skoufa. Notre façon d'approcher ces traditions est présentée sur Traditions vivantes de Grèce.

Pourquoi l'Épire nous semble-t-elle exemplaire ?

Parce que l'Épire montre qu'un village peut protéger ce qui le fait vivre. Les forêts sacrées ont été préservées par des règles communes, la polyphonie se transmet grâce aux villages qui la chantent encore, et les fêtes d'été restent des retrouvailles avant d'être un spectacle. Le Zagori attire désormais de plus en plus de monde. Aussi nous vous conseillons d'y rester plusieurs jours plutôt que d'y passer en voiture et de découvrir aussi les Tzoumerka ou le Pogoni, moins fréquentés. C'est ainsi que nous aimons voyager dans les montagnes d'Épire.

Quand découvrir les traditions d'Épire ?

Dans les montagnes d’Épire, être d’un village est une fidélité de chaque jour, qui se transmet même chez ceux qui sont partis vivre à Athènes ou à l’étranger, et c’est elle qui donne à la région son caractère. Les traditions ne s’y réduisent donc pas à un calendrier, mais certaines dates marquent l’année et ont été reconnues comme particulièrement représentatives des coutumes locales.

  • Du jeudi gras au Lundi pur, les Bandidoi d’Arta parcourent la ville en chantant des distiques moqueurs, et le gaïtanaki tresse ses rubans.
  • La Semaine sainte est particulièrement forte autour d’Arta : Lazaroudia de Rodavgi, grande flamme du Jeudi saint à Agia Theodora, épitaphes réunis rue Skoufa le Vendredi saint ; à Kopani, près de Ioannina, on chante le lamento de la Vierge de maison en maison.
  • Au printemps et en été, le kagkelari se danse dans les villages de la région d’Arta, à Pâques et pour la fête de chaque village.
  • L’été est la saison des grandes fêtes : Agia Paraskevi à Kalarrytes le 26 juillet, le 15 août à Syrrako et à Vitsa, les kykles le 29 août à Baptistis et le 8 septembre à Chouliarades.
  • Toute l’année, les orfèvres de Ioannina travaillent l’argent à la main.

Quelles traditions découvrir en Épire ?

Choisissez un département pour affiner la liste : Ioannina ou Arta.

16 traditions

Les Bandidoi et le gaïtanaki d'Arta (carnaval)

Bantidoi kai Gaitanaki Artas (paradosiaka dromena ton Apokrion)

ArtaÉpireRegistre 2023

Ces rituels traditionnels du carnaval se déroulent dans la ville d'Arta. Dès le jeudi gras (Tsiknopempti), toute la ville est en effervescence : des groupes d'hommes, les Bandidoi, parcourent les rues, pas tout à fait masqués mais vêtus à leur façon, la veste portée sur un bras, en chantant à pleine voix des distiques moqueurs sur tout le monde. Autrefois, chaque quartier avait les siens. Aux places précises du parcours, on danse les danses consacrées au son de la clarinette, et le gaïtanaki tresse ses rubans autour du mât, jusqu'au Lundi pur.

Domaines
  • Traditions et expressions orales
  • Arts du spectacle
  • Pratiques sociales, rituels, célébrations, événements
Registre national
Inscrite en 2023

UNESCO, bonne pratique 2020

Le chant polyphonique de l'Épire

Ipeirotiko Polyfoniko Tragoudi

Épire (Pogoni, Mourgkana, Filiates, Konitsa)ÉpireRegistre 2016

Polyphonie aux racines très anciennes, le chant polyphonique de l'Épire est une tradition orale vivante de l'Épire frontalière et de la minorité grecque du sud de l'Albanie, et l'un des exemples majeurs de la polyphonie dans le monde. On le chante dans de nombreux villages du Pogoni, de Mourgkana, de Filiates et de Konitsa, parmi lesquels Dolo, Pogoniani, Pontikates, Chrysodouli, Mavropoulo, Kastaniani, Parakalamos, Tsamantas ou Ampelonas. De l'autre côté de la frontière, il reste vivant dans les villages de Dropoli, du Pogoni supérieur, de Vourkos et de Chimara, comme Polytsani, Dervitsani, Glyna, Divri, Foiniki ou Chimara. Chaque village a son style, transmis de bouche à oreille, lors des fêtes, des mariages et des repas.

Domaines
  • Traditions et expressions orales
  • Arts du spectacle
  • Pratiques sociales, rituels, célébrations, événements
Registre national
Inscrite en 2016
UNESCO
Registre des bonnes pratiques, 2020

La décoration des épitaphioi à Arta

O Stolismos Epitafion stin Arta

ArtaÉpireRegistre 2026

Le Jeudi saint au soir, après l'office de la Passion, les paroissiens de toutes les églises d'Arta, surtout les femmes et les enfants, ornent les épitaphioi de fleurs de saison en chantant les hymnes et les lamentations. La décoration suit une technique propre à la ville, dite pétale par pétale, exigeante et transmise de génération en génération ; les églises Sainte-Théodora, Parigoritissa et Pantokrator en sont les gardiennes. Le Vendredi saint au soir, les épitaphioi se rejoignent dans la rue piétonne principale, la rue Skoufa, pour une procession recueillie ; dans les paroisses éloignées, elle a lieu dans les quartiers et les villages.

Registre national
Inscrite en 2026

La fête du 15 août de Vitsa, Zagori

Paradosiako Panigyri Dekapentavgoustou tis Vitsas Zagoriou

Vitsa (Zagori)ÉpireRegistre 2023

À Vitsa, village du Zagori, la fête de la Dormition dure trois jours autour du 15 août. Elle commence par une veillée à l'église, puis l'icône de la Panagia est portée en procession avant la bénédiction des eaux. La fête et les danses se tiennent ensuite sur la place centrale, autour du platane centenaire, où l'on danse en cercle ; le 17 août, à l'aube, les Xechorismata, les adieux, referment la fête. Autrefois, on célébrait aussi les mariages à cette occasion. Des photographies de 1928 à aujourd'hui montrent la continuité d'une fête qui réunit chaque été les habitants et ceux qui ont quitté le village, et qui reste au cœur de la mémoire et de l'identité de Vitsa.

Registre national
Inscrite en 2023

UNESCO 2022

La fête traditionnelle de Syrrako

To paradosiako panigyri tou Syrrakou

Syrrako (Tzoumerka du Nord, Ioannina)ÉpireRegistre 2016

La fête traditionnelle de Syrrako, village de pierre des Tzoumerka du Nord, dans le département de Ioannina, est une pratique rituelle et une manifestation musico-chorégraphique que tous les Syrrakiotes reconnaissent comme le cœur de leur patrimoine. Plusieurs fêtes rythmaient l'année selon le même rituel, mais la plus importante a toujours été celle de la Panagia, le 15 août : par son déroulement, ses figures de danse et son style, elle rassemble les Syrrakiotes du village et de la diaspora autour d'une identité commune. Le village, classé village traditionnel en 1975, a connu son apogée à la fin du XVIIIe siècle grâce à l'élevage, à l'artisanat et au commerce, dont témoignent ses maisons de maître, ses fontaines et sa place.

Domaines
  • Arts du spectacle
  • Pratiques sociales, rituels, célébrations, événements
  • Autre
Registre national
Inscrite en 2016
UNESCO
Liste représentative, 2022

Les forêts sacrées des villages du Zagori et de Konitsa

Iera dasi ton chorion tou Zagoriou kai tis Konitsas

Zagori, KonitsaÉpireRegistre 2015

Dans presque chaque village du Zagori et de Konitsa subsiste une forêt sacrée, le plus souvent à la lisière des dernières maisons, qu'elle protège parfois des glissements de terrain. Une forêt devenait sacrée lorsqu'on la dédiait à l'église du village ou à une chapelle située dans ses limites ; certaines étaient même frappées d'anathème, menace d'exclusion des sacrements pour tout contrevenant. L'interdit de coupe reposait surtout sur la crainte de punitions surnaturelles. Ces forêts appartiennent rarement à l'Église : ce sont surtout des terrains communautaires ou publics. Exemple célèbre, la forêt de Gradista, à Kapesovo, a fourni une partie de ses arbres pour construire l'école Paschaleios, en 1861.

Domaines
  • Traditions et expressions orales
  • Pratiques sociales, rituels, célébrations, événements
  • Connaissances et pratiques concernant la nature et l'univers
Registre national
Inscrite en 2015

La grande flamme du Jeudi saint à Agia Theodora, Arta

To ethimo tis megalis fotias ti Megali Pempti stin Agia Theodora Artas

Agia Theodora (Arta)ÉpireRegistre 2025

À Agia Theodora, village de la région d'Arta, on commence à ramasser le bois un mois avant Pâques. Le matin du Jeudi saint, les habitants dressent un grand bûcher conique sur la place, face à l'église byzantine. Le soir, pendant l'office de la Passion, à la lecture du sixième Évangile et au son du glas, on y met le feu, en souvenir des feux allumés devant le prétoire de Pilate. La coutume associe un travail collectif, la collecte et le montage du bûcher, au temps liturgique de la Semaine sainte. Elle a été inscrite au registre en décembre 2025.

Registre national
Inscrite en 2025

Le kagkelari d'Arta, danse rituelle

Kangelari, choreftiko dromeno stin Arta (Ipeiros)

ArtaÉpireRegistre 2023

Le kagkelari est une danse en cercle chantée, sans instruments, pratiquée dans vingt-neuf villages de la région d'Arta, comme Agnanta. On la danse au printemps et en été, à Pâques et lors de la grande fête de chaque village. Hommes et femmes se tiennent bras dessus bras dessous, coudes pliés ; les femmes dansent derrière les hommes ou, dans certains villages, en un cercle intérieur. Les anciens ont la priorité dans la ronde. Le meneur, ou les hommes, entonnent chaque vers, que les autres reprennent, et les danseurs donnent eux-mêmes le rythme. Expression de l'identité et de la cohésion des communautés, la danse se transmet de génération en génération.

Registre national
Inscrite en 2023

Les kykles, danse en cercle

Kykles (paradosiakos kyklikos choros)

Chouliarades et Baptistis (Tzoumerka du Nord, département de Ioannina)ÉpireRegistre 2020

Danse en cercle chantée sans instruments, propre à deux villages des Tzoumerka du Nord : Chouliarades et Baptistis. Elle se danse le dernier jour de la fête du village, le 29 août à Baptistis (saint Jean-Baptiste) et le 8 septembre à Chouliarades, sur la place en pierre. Les hommes lancent le chant, que les femmes reprennent en alternance, sur deux rangs, l'un intérieur et l'autre extérieur. La danse débute au coucher du soleil et le prêtre du village la mène. Jusqu'en 1946, seule Chouliarades avait sa fête ; Baptistis a organisé la sienne dès 1947 et l'a fixée au 29 août en 1970. La tradition la rattache à l'époque ottomane, sans témoignage à l'appui. En 1987, 1 740 personnes ont été comptées à Chouliarades.

Domaines
  • Pratiques sociales, rituels, célébrations, événements
Porté par
  • Confrérie de Baptistis
  • confrérie et groupe de danse de Chouliarades
Registre national
Inscrite en 2020

Le lamento de la Vierge à Kopani, Ioannina

Moiroloi tis Panagias stin Kopani Ioanninon

Kopani (Ioannina)ÉpireRegistre 2023

Chaque Vendredi saint, à Kopani, village de montagne au pied du mont Tomaros, dans la commune de Dodone (région de Ioannina), les habitants chantent de maison en maison des chants pascaux qui racontent le deuil de la Vierge pour son fils unique. En costume traditionnel, ils forment trois groupes de dix à quinze personnes, autant que les quartiers du village. La coutume, interrompue après la guerre de 1940, a été relancée en 2006 par l'association Filoproodos Kinisi Kopanis, à la demande des plus âgés. Tout le village y participe.

Domaines
  • Traditions et expressions orales
  • Arts du spectacle
  • Pratiques sociales, rituels, célébrations, événements
Registre national
Inscrite en 2023

Les Lazaroudia de Rodavgi, Arta

Lazaroudia Rodavgis Artas

Rodavgi (Arta)ÉpireRegistre 2025

À Rodavgi, village de la région d'Arta, les Lazaroudia sont les chants du samedi de Lazare. Chaque année, le vendredi soir, veille de la fête, grands et petits, jeunes et anciens, se retrouvent sous le porche couvert, le chagiati, de l'église historique de Sainte-Paraskevi, pour chanter une trentaine de chants traditionnels. Autrefois, la coutume se pratiquait dans toutes les maisons du village. Elle se perpétue aujourd'hui grâce à l'association culturelle de Rodavgi, avec la paroisse, la communauté et l'association des femmes. Le même village a fait inscrire au registre ses tiganites, beignets servis à la fête de la châtaigne.

Porté par
Association culturelle de Rodavgi
Registre national
Inscrite en 2025

L'orfèvrerie d'argent de Ioannina

Gianniotiki argyrochoia, argyrotechnia

IoanninaÉpireRegistre 2023

L'orfèvrerie d'argent est un art emblématique de Ioannina, développé dans la ville à partir du XVIe siècle et toujours vivant. Les orfèvres y façonnent à la main des objets religieux, profanes et décoratifs, ainsi que des bijoux. Après l'inscription au registre en 2023, la municipalité, l'association des orfèvres de Ioannina et le Musée de l'orfèvrerie de la Fondation culturelle du groupe Piraeus ont annoncé la création d'une école d'orfèvrerie, avec l'École des beaux-arts de l'université de Ioannina, et une démarche en vue d'une inscription à l'UNESCO.

Porté par
Association des orfèvres d'Ioannina
Registre national
Inscrite en 2023

La production traditionnelle de goudron végétal (katrami), Distrato

Paradosiaki technologia paragogis katramiou

Distrato (Konitsa, Ioannina)ÉpireRegistre 2025

Le goudron végétal (katrami) s'obtient en brûlant sans oxygène de vieux pins résineux dans un four à goudron, le katramokamino. Pratiquée dans le Pinde du XIXe siècle aux années 1970, surtout à Distrato, près de Konitsa, mais aussi en Piérie, dans les monts Geraneia, dans le sud-est de la Crète et à Thasos, cette technique ne survit qu'à Distrato, chez quelques producteurs. Le goudron servait à l'élevage, à la médecine populaire, à la construction navale et à la protection du bois.

Registre national
Inscrite en 2025

Le rassemblement annuel des Sarakatsanes d'Épire, à Gyftokampos (Zagori)

Etisio Antamoma Sarakatsanaion Ipeirou sti Sarakatsaniki Stani ston Gyftokampo Zagoriou

Gyftokampos (Zagori)ÉpireRegistre 2024

Les Sarakatsanes sont des éleveurs autrefois transhumants, qui menaient leurs troupeaux entre les pâturages d'été de la montagne et ceux d'hiver de la plaine, organisés en groupes de familles associées. Chaque année depuis 1979, les Sarakatsanes d'Épire, rejoints par ceux de toute la Grèce, se retrouvent à Gyftokampos, dans le Zagori, au-dessus de Ioannina, dans un campement reconstitué autour d'une bergerie traditionnelle. Le rassemblement fait revivre leur mode de vie pastoral à travers les costumes, les chants, les danses et les récits des anciens. Il réunit des familles que la sédentarisation a dispersées et transmet aux plus jeunes la mémoire d'une société entièrement organisée autour du troupeau et de ses déplacements saisonniers.

Registre national
Inscrite en 2024

Les tiganites de Rodavgi, Arta

Tiganites Rodavgis Artas

Rodavgi (Arta)ÉpireRegistre 2026

À Rodavgi, village de la région d'Arta, les tiganites sont des beignets de farine, d'eau tiède, de sel et de tsipouro du village, frits dans l'huile et servis au sucre ou au miel. On les prépare pour la fête annuelle de la châtaigne, à Noël, aux mariages et pour les jeunes accouchées. La maîtresse de maison en fait aussi pour accueillir une visite, car la pâte se prépare vite. Il en existe des versions salées, aux œufs, à la feta ou au lait. Le dossier a été porté par l'association culturelle de Rodavgi, qui a aussi fait inscrire les Lazaroudia du village.

Registre national
Inscrite en 2026

Le vignoble et les traditions viticoles de Metsovo (Katogi Averoff)

O ampelonas kai oi ampelooinikes paradoseis tou Metsovou, Katogi Averof

Metsovo (Ioannina)ÉpireRegistre 2024

À Metsovo, bourg de montagne de l'Épire, la vigne fait partie de la culture des Valaques du Pinde. Le vignoble, abandonné au début du XXe siècle puis ravagé par le phylloxera dans les années 1940, a été replanté à la fin des années 1950 par Evangelos Averoff, qui fonda le domaine Katogi Averoff. C'est aujourd'hui un vignoble de montagne. Les installations actuelles produisent des vins de qualité et demeurent un repère pour les habitants comme pour les visiteurs du bourg. L'élément réunit la culture de la vigne de montagne, la vinification et les usages sociaux du vin, liés à l'histoire et à l'identité valaque de Metsovo.

Registre national
Inscrite en 2024

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