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Zagori et Zagorochoria : villages de lauzes, ponts de pierre et gorge de Vikos

Au nord de Ioannina, le Zagori réunit 46 villages de pierre et de lauzes posés sur les pentes du Tymfi et du Mitsikeli, de part et d’autre de la gorge de Vikos. Ce sont les Zagorochoria, littéralement « les villages du Zagori », un nom souvent abrégé en Zagoria. Des chemins pavés, les kalderimia, et une centaine de ponts en arc les relient. En 2023, l’UNESCO a inscrit ce paysage culturel au patrimoine mondial, le premier de ce type en Grèce : une vingtaine de villages forment le bien inscrit, les autres sa zone tampon. Presque tout le territoire est protégé, dans le parc national du Pinde du Nord. Monodendri est à environ 45 minutes de Ioannina. La fréquentation a quadruplé entre 2010 et 2019 et se concentre sur peu de lieux : Papigo, Monodendri et le pont d’Aristi en août, pendant les fêtes et les week-ends d’hiver. Le reste du Zagori, surtout à l’est, se découvre dans le calme presque toute l’année.

Au sommaire

Du Voidomatis aux villages valaques, les quatre visages du Zagori

Le Zagori se lit en quatre ensembles. À l’ouest, Aristi, Vikos et les deux Papigo regardent la sortie de la gorge et le Voidomatis, sous les tours de l’Astraka. Le Zagori central, au sud de la gorge, rassemble Monodendri, Vitsa, Dilofo, Koukouli, Kipoi et les « villages du pain » de Pedina et d’Elafotopos : c’est le pays des ponts. Plus haut, sur le flanc sud du Tymfi, Kapesovo, Vradeto et Tsepelovo forment un balcon au-dessus de la gorge. À l’est, Iliochori, Laista ou Vovousa, villages valaques plus touchés par la guerre, s’ouvrent sur les forêts du Pinde. Ces zones structurent la description, la baignade et les randonnées ci-dessous.

Que voir dans le Zagori ?

Que voir à Papigo, Aristi et Vikos, dans le Zagori occidental ?

Accroché au pied des tours de l’Astraka, Megalo Papigo (📍) est le village le plus célèbre du Zagori. On y monte d’Aristi par une route de quatorze lacets interdite de fait aux grands cars. Mentionné dès 1325, le village garde la basilique d’Agios Vlasios (1852), avec son clocher hexagonal de 15 m, et l’école Kallineios (1897) ; la plupart de ses maisons anciennes, bâties entre 1750 et 1880 par des maîtres maçons de Konitsa et des Tzoumerka, sont devenues des maisons d’hôtes. Une route de 3 km, ou un sentier plus court par le pont de Lakkos (1854), mène à Mikro Papigo, point de départ des randonnées vers l’Astraka et le lac du Dragon. Entre les deux villages, les Ovires ou Kolymbithres, des vasques creusées dans le calcaire par le ruisseau de Rogkovos, attirent les baigneurs. En août, pendant les fêtes et les week-ends de neige, Megalo Papigo se remplit : les voitures restent alors à l’entrée du village. Venez en semaine, au printemps ou à l’automne.

En contrebas, Aristi, vers 650 m, s’organise autour d’une place ombragée par un platane. À dix minutes à pied du pont d’Aristi, le monastère de la Panagia Spiliotissa (1665) se cache dans une forêt de platanes au bord du Voidomatis. À 5 km au nord-ouest, le petit village de Vikos (870 m) termine la traversée de la gorge ; son église Agios Tryfon date de 1871, et un belvédère domine la sortie du canyon.

Que voir à Monodendri, Vitsa, Dilofo et Kipoi, dans le Zagori central ?

Monodendri (📍), vers 1 060 m, est le principal point de départ de la traversée de Vikos. Depuis la place, un chemin de 900 m mène au monastère d’Agia Paraskevi, fondé au début du XVe siècle au bord du vide. Une route de 8 km traverse ensuite la forêt de pierre, des dalles calcaires empilées, jusqu’au belvédère d’Oxya, sans garde-corps : prudence avec les enfants. Le village abrite aussi l’école Rizarios, fondée en 1835, où l’on apprend aujourd’hui le tissage. C’est le village le plus fréquenté par les excursions en car : en milieu de journée, l’été, boutiques de souvenirs et autocars garés le long de la route en gâchent l’approche.

À 2 km en contrebas, Vitsa (📍), partagée entre Ano et Kato Vitsa, est plus calme : une grande place sous un platane, une quinzaine de chapelles, l’église de la Dormition du XVIe siècle. Dilofo (📍), village classé fermé aux voitures, n’a plus qu’une trentaine d’habitants permanents ; ses trois quartiers s’étagent autour de la demeure Makropoulou, haute de 13,5 m, la plus haute maison du Zagori. Kipoi, ancienne capitale du Zagori, est le village des ponts : celui de Plakida, dit Kalogeriko, aligne trois arches à l’entrée du village depuis 1814, et celui de Kokkori ou Noutsou (1750), une seule arche de 23,6 m, se rejoint sur la route de Koukouli. Celui de Kontodimou (1753) ferme la sortie du ravin de Vikaki, et celui de Kapetan Arkoudas (1806) se cache près de Dilofo. Kipoi conserve aussi le musée folklorique Agapios Tolis, et Koukouli, juste à côté, le musée Lazaridis et sa collection d’herbes du Vikos. Au sud-ouest, Ano Pedina, Kato Pedina et Elafotopos, les « villages du pain » d’une vallée à blé, restent peu visités ; le monastère de l’Evangelistria, à Ano Pedina, garde des fresques de 1793. À l’entrée du Zagori, Aspraggeloi, siège de la commune, a été incendié par l’armée allemande en 1943 ; un monument y honore les femmes du Zagori qui portaient vivres et soins au front de 1940, et le centre d’information du parc national du Pinde du Nord est tout proche.

Que voir à Kapesovo, Vradeto et Tsepelovo, sur le balcon du Tymfi ?

Kapesovo, vers 1 100 m, compte parmi les villages les plus tranquilles : l’ancienne école Paschaleios (1861) y conserve l’un des rares exemplaires de la Charte de Rigas Feraios, et le café Mezaria anime la place. Au-dessus du village, la forêt sacrée de Gradista, que nul ne pouvait couper sous peine d’excommunication, a fourni le bois de l’école ; les forêts sacrées du Zagori et de Konitsa sont inscrites depuis 2015 au registre national du patrimoine immatériel. Plus haut, Vradeto (1 340 m), le village le plus élevé du Zagori, n’avait jusqu’en 1974 aucune route : on y montait par l’escalier de Vradeto, 1 100 marches de pierre (voir la randonnée plus bas). À vingt minutes à pied, le belvédère de Beloi offre l’une des plus belles vues sur la gorge, sans la foule d’Oxya. Tsepelovo (📍), le plus grand village du Zagori, garde l’église Agios Nikolaos, la tombe du poète Ioannis Vilaras et l’ancienne pharmacie Tsoufleios (1874), devenue galerie. À environ 2 km, le monastère de Rogovou, fondé au XIe siècle, abrita une école avant 1821.

Que voir dans le Zagori oriental, d’Iliochori à Vovousa ?

À l’est, les villages ont souffert des destructions de la Seconde Guerre mondiale et l’architecture y est moins homogène. Le paysage, lui, change : forêts de sapins et de hêtres, pâturages, routes presque vides. Iliochori, village valaque à 920 m, est connu pour les cascades de Balta di Striga ; Skamneli pour son platane centenaire. Sur la route de Laista, le plateau de Gyftokampos accueille une bergerie sarakatsane reconstituée, en accès libre, gérée par la fraternité des Sarakatsanes d’Épire, avec une taverne. Tout au bout, Vovousa, coupé en deux par l’Aoos, attire l’été pour son festival. Le réseau mobile est irrégulier dans ce secteur : faites le plein à Ioannina et emportez une carte papier.

Où se baigner et que faire en plein air dans le Zagori ?

Le Zagori n’a pas de mer, mais ses rivières tiennent lieu de plages, dans une eau bien fraiche, même en plein mois d’août.

Dans le Zagori occidental, la grève de galets du pont d’Aristi, sur le Voidomatis, sous les platanes, est le lieu de baignade le plus fréquenté du Zagori : en pleine canicule et autour du 15 août, il faut arriver tôt. Le sentier qui longe la rivière vers le pont de Kleidonia mène à des anses plus calmes. Entre les deux Papigo, les Ovires forment une suite de vasques reliées par de petites cascades ; l’été, les habitants ferment les vannes de petits barrages pour remonter le niveau de l’eau. Dans le Zagori oriental, les trois cascades de Balta di Striga, à Iliochori, la plus haute d’une vingtaine de mètres, se rejoignent par un sentier pavé ; une plateforme en bois et des bancs de pique-nique bordent la grande vasque. Tout le secteur est un parc national et un géoparc de l’UNESCO : ne laissez rien derrière vous, ne cueillez pas les plantes et, si vous vous baignez, évitez la crème solaire.

Le rafting sur le Voidomatis est l’activité phare : environ 1 h 15 de descente en eaux calmes, du pont d’Aristi au pont de Kleidonia, accessible aux familles et aux débutants, avec des prestataires installés à Aristi et dans les environs, comme Papigo Adrenaline ou Rafting Athletic Center. Ce dernier propose aussi le canyoning dans le ravin de Rogkovos, entre rappels le long des cascades et toboggans naturels. À Ioannina, Trekking Hellas organise rafting, VTT, canyoning et river trekking aux sources du Voidomatis, seul moyen de voir ce tronçon de la gorge. Les grimpeurs trouvent des voies à l’Astraka et à la Gamila, et plus récemment dans la gorge du Voidomatis et sur les rochers du pont de Kokkori. L’hiver, les plateaux du Tymfi, au-dessus de 2 000 m, se prêtent au ski de randonnée. Enfin, à une vingtaine de kilomètres d’Aristi, Konitsa ajoute monoraft, river trekking sur l’Aoos et une via ferrata avec No Limits. Partez toujours avec un prestataire : les débits changent vite selon la saison et la météo.

Quelles randonnées faire dans le Zagori ?

La traversée de la gorge de Vikos (📍), sur le sentier balisé O3, est la grande randonnée de la région : une dizaine de kilomètres de Monodendri au village de Vikos, environ 4 h 30, ou 6 h jusqu’aux Papigo. La descente dans le lit de la rivière est raide, le terrain caillouteux, et la seule eau se trouve à la source de Klima, à mi-parcours. Évitez avril et le début de mai, quand la fonte des neiges noie l’entrée côté Monodendri, et prévoyez le retour en taxi.

Depuis Mikro Papigo, le sentier du lac du Dragon (Drakolimni, 2 050 m) représente environ 8 km et 4 h 30 de montée, pour plus de 1 000 m de dénivelé. Le refuge de l’Astraka, à 1 950 m, une cinquantaine de places, ouvert surtout de mai à octobre, permet de couper l’effort et de gagner le lac en une heure le lendemain. Le lac, qui abrite le triton alpin, peut être presque à sec en été : fin du printemps et début de l’automne sont les meilleures périodes. On ne s’y baigne pas.

Plus courtes, les escaliers pavés racontent le Zagori d’avant les routes. L’escalier de Vradeto déroule 1,5 km, 1 100 marches et 39 virages pour 250 m de dénivelé : comptez environ 1 h de descente et 2 h 30 aller-retour. L’escalier de Vitsa, bâti en 1868, descend en une demi-heure jusqu’au pont de Misiou (1748) ; on peut continuer jusqu’au pont de Kokkori, environ 1 h 30 depuis Vitsa, un parcours accessible aux enfants. Une boucle facile autour de Kipoi relie quatre ponts. Le long du Voidomatis, le sentier d’Aristi au pont de Kleidonia se fait en 2 h à 2 h 30.

Le parc national Vikos-Aoos, créé en 1973, est intégré au parc national du Pinde du Nord et au réseau Natura 2000. L’Epirus Trail balise environ 360 km d’itinéraires dans la région (📍). Les cartes Anavasi sont les plus précises. Méfiez-vous des chiens de berger et, dans les forêts, des ours. Meilleures saisons : mai-juin et septembre-octobre. Voir aussi nos conseils randonnée en Grèce.

La carte de l’Épire

Comment venir et se déplacer dans le Zagori ?

La porte d’entrée est Ioannina : son aéroport (IOA) est relié à Athènes en une heure environ, et l’on peut aussi arriver par Corfou, Preveza ou Thessalonique (voir les aéroports de Grèce). Par la route, Megalo Papigo est à environ 460 km d’Athènes (plus de 5 h 30) et 310 km de Thessalonique (environ 4 h). Depuis Ioannina, Monodendri est à environ 45 minutes et Dilofo à 34 km. Des bus KTEL relient Ioannina à Monodendri, Vitsa, Dilofo et aux Papigo, mais certains jours seulement : vérifiez à la gare routière. Sur place, une voiture de location est indispensable. Les routes sont étroites et sinueuses, les stations-service rares et le réseau mobile absent par endroits. À Dilofo et, en haute saison, à Megalo Papigo, on laisse la voiture à l’entrée du village. Voir aussi conduire en Grèce.

Quelles spécialités goûter dans le Zagori ?

Le Zagori est le pays des pites, tourtes salées nées d’une économie pastorale où rien ne se perdait. L’alevropita (αλευρόπιτα), fine galette de pâte et de feta cuite au four, se goûte à Monodendri ; la kreatopita zagorisia (κρεατόπιτα ζαγορίσια) associe viande, trahanas et herbes. Les tables servent aussi provatina (προβατίνα), brebis mijotée, chevreau, champignons sauvages et herbes de montagne en infusion. Chez Astra, à Megalo Papigo, on trouve le skotobriamo (σκωτομπρίαμο), abats d’agneau aux aromates et au riz cuits au four.

Côté produits, le galotyri (γαλοτύρι) et la feta sont des fromages AOP produits en Épire. L’IGP viticole Metsovo couvre aussi le Zagori oriental, et l’AOP Zitsa, plantée de debina, est à une demi-heure de Ioannina. Le tsipouro accompagne les mezzés.

Quelques adresses : Lithos, dit « chez Takis », à Dilofo, pour ses pites et son pain ; Mikri Arktos, à Tsepelovo, et son plat de l’ours (porc, miel, fruits secs) ; Kanela kai Garyfallo, à Vitsa, pour les champignons ; Virginia, à Aspraggeloi ; Dias, à Mikro Papigo, pour la cuisine du jour. Pour un café, Sterna à Megalo Papigo, Mezaria à Kapesovo et Vikogiatros à Koukouli.

Nos road trips en Grèce continentale

Quelles fêtes et quels événements dans le Zagori ?

  • Carnaval : tzamales, feux allumés sur la place de chaque quartier jusqu’au matin du Lundi pur, Vitsa.
  • Juillet : Zagori Mountain Running, courses en montagne organisées depuis 2011, Zagori.
  • 20 juillet : fête du Prophète-Élie, Kapesovo.
  • 26 juillet : fête d’Agia Paraskevi, Skamneli.
  • 6 août : fête d’Agios Sotiris, Elafotopos.
  • 15 août : panigyri de la Dormition, trois jours de fête inscrits au registre national du patrimoine immatériel, Vitsa.
  • Été : festival de Vovousa.
  • 8 septembre : fêtes de la Nativité de la Vierge, Papigo, Vradeto, Kipoi.
  • Début novembre : distillation du tsipouro, Vitsa.

Que ne faut-il pas rater dans le Zagori ?

  • Le belvédère d’Oxya, au bout de la forêt de pierre, tôt le matin, avant l’arrivée des excursions en car de Monodendri.
  • La descente de l’escalier de Vradeto, puis la marche jusqu’au belvédère de Beloi, la vue la plus calme sur la gorge de Vikos.
  • Le pont à trois arches de Plakida, à l’entrée de Kipoi, et le pont de Kokkori, rejoints à pied par la boucle des ponts.
  • Une soirée à Dilofo, village classé sans voitures, quand les visiteurs de la journée sont repartis et que la place retrouve son calme.
  • La traversée de la gorge de Vikos en mai ou en septembre, de Monodendri à Vikos, avec un taxi réservé pour le retour.
  • Une nuit au refuge de l’Astraka et le lac du Dragon au petit matin, au milieu des pâturages du Tymfi.
  • Le monastère de la Panagia Spiliotissa, sous les platanes du Voidomatis, à dix minutes à pied du pont d’Aristi.
  • Une descente en rafting sur le Voidomatis, en eaux calmes, jusqu’au pont à une arche de Kleidonia, idéale avec des enfants.
  • Les cascades de Balta di Striga à Iliochori, en semaine ou en septembre, quand les baigneurs de l’été sont partis.
  • Une alevropita sur la place de Monodendri ou une pite chez Takis à Dilofo, avec un verre de tsipouro.

Questions fréquentes sur le Zagori

  • Trois jours suffisent pour Monodendri et Oxya, les ponts de Kipoi, Dilofo et Papigo. Comptez quatre à cinq jours pour ajouter la traversée de la gorge de Vikos, l’escalier de Vradeto et une journée de rafting, et une semaine si vous montez au lac du Dragon ou explorez le Zagori oriental.

Liens utiles sur le Zagori
  • Villages : 46, dont une vingtaine dans le bien inscrit à l’UNESCO
  • Superficie de la commune : environ 992 km², l’une des plus vastes de Grèce
  • Population : environ 3 400 habitants (2021)
  • Point culminant : Gamila (Tymfi), 2 497 m
  • Gorge de Vikos : plus de 900 m de profondeur
  • Ponts de pierre : environ une centaine
  • Hébergement : environ 200 établissements et 3 000 lits
  • Protection : parc national Vikos-Aoos (1973), géoparc UNESCO (2010), paysage culturel UNESCO (2023)
  • Depuis Ioannina : Monodendri à environ 45 minutes
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