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Mystras, la dernière capitale byzantine au pied du Taygète

Mystras s’étage sur une colline de 634 m, contrefort du Taygète, à 5 à 7 km à l’ouest de Sparte, au-dessus de la vallée de l’Eurotas. Fondée en 1249 par un prince franc, la cité devint au XIVe siècle la capitale du despotat de Morée et l’un des derniers foyers de l’Empire byzantin. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1989, elle est le seul site du Péloponnèse qui raconte le Moyen Âge grec plutôt que l’Antiquité : un château, un palais, des maisons de notables et des églises aux fresques parmi les plus fines de l’art paléologue.

Vide d’habitants depuis 1953, hormis quelques religieuses à la Pantanassa, elle se parcourt sur des ruelles pavées très pentues. Mystras ne connaît pas la cohue de Mycènes ou d’Olympie, mais les cars d’excursion envahissent le village de Neos Mystras en journée, au printemps et en été : arriver à l’ouverture change la visite.

Quelle est l’histoire de Mystras ?

Après la prise de Constantinople par la quatrième croisade, en 1204, le Péloponnèse revient aux Villehardouin, fondateurs de la principauté d’Achaïe. En 1249, Guillaume II de Villehardouin fait bâtir un château au sommet de la colline de Myzithras, qui commande la vallée de l’Eurotas. Capturé par les Byzantins à Pélagonia en 1259, il cède pour sa rançon Monemvasia, le Magne et Mystras, remis en 1262. Les habitants de Lacédémone viennent s’abriter sur les pentes, et la ville compte bientôt, selon le Rough Guide, quelque 20 000 habitants.

En 1349, Mystras devient la capitale du despotat de Morée, confié à Manuel Cantacuzène, fils de l’empereur Jean VI, puis, à partir de 1383, aux Paléologues. Le philosophe Georges Gémiste Pléthon, admirateur de Platon, y enseigne. Despote de Mystras de 1443 à 1448, Constantin XI Paléologue y est proclamé empereur en 1449, avant de mourir lors du siège de Constantinople en 1453.

En 1460, Démétrios Paléologue remet la ville aux Ottomans sans combat. Jusqu’en 1540, elle est l’un des grands centres de la soie de la Méditerranée orientale. Après une parenthèse vénitienne (1687-1715), elle est ravagée en 1770, lors du soulèvement d’Orloff, puis incendiée en 1825 par l’armée d’Ibrahim Pacha. La fondation de la Sparte moderne, en 1834, la vide peu à peu ; expropriée par l’État, elle perd ses derniers habitants en 1953.

Ce résumé ne prétend pas à l’exhaustivité : les liens en fin de page permettent d’aller plus loin.

→ Quelles activités organisées pour Mystras ?

Que voir à Mystras ?

Le site se lit sur trois niveaux : le château franc au sommet, la ville haute autour du palais, et la ville basse, la plus riche en églises, le tout protégé par deux enceintes et, au sud, par la falaise.

Le château des Villehardouin

Une vingtaine de minutes de montée depuis l’entrée haute mènent à la forteresse de 1249. La vue y est la plus large du site : la plaine de Sparte à l’est, les ravins et les sommets souvent enneigés du Taygète à l’ouest, et toute la ville byzantine en contrebas.

Le palais des Despotes

Sur le seul replat de la colline, c’est le seul ensemble palatial byzantin conservé en Grèce. Agrandi jusqu’au début du XVe siècle, il associe l’aile des Cantacuzène à la grande aile nord des Paléologues, percée de fenêtres d’inspiration gothique. Sa salle du trône, d’environ 36 m sur 10, était chauffée par huit cheminées dont les conduits saillent encore du mur ouest.

Agia Sofia

Fondée au milieu du XIVe siècle par Manuel Cantacuzène, dont les monogrammes ornent les chapiteaux, cette église du quartier du palais garde un sol de marbre polychrome et des fresques, dont un Christ Pantocrator, préservées sous le badigeon posé quand les Ottomans en firent une mosquée. En contrebas, la porte de Nauplie commandait l’accès à la ville haute, et le Palataki, ou petit palais, est l’une des plus anciennes demeures du site.

Le monastère de la Pantanassa

Consacrée en septembre 1428 à l’initiative de Jean Frangopoulos, dignitaire du despotat, la Pantanassa superpose, selon le type propre à Mystras, une basilique à trois nefs et une église à cinq coupoles, avec un clocher aux touches gothiques. Les scènes de la vie du Christ peintes à l’étage au XVe siècle comptent parmi les dernières grandes œuvres de l’art byzantin. Quelques religieuses y vivent encore, seul lieu habité du site, et vendent leur artisanat.

La Péribleptos

Adossée au rocher au sud-est de la ville basse, l’église de la Vierge Péribleptos fut fondée au milieu du XIVe siècle, probablement par Manuel Cantacuzène et son épouse Isabelle de Lusignan. Son cycle de fresques, le plus complet de Mystras, suit la hiérarchie byzantine : Pantocrator dans la coupole, Vierge dans l’abside, vie du Christ en haut des murs, prophètes et saints en bas.

La Métropole Saint-Démétrios et le musée

Près de l’entrée basse, Saint-Démétrios, fondé vers 1270, est la plus ancienne église de Mystras. Un aigle bicéphale sculpté dans le dallage marque l’endroit où, selon la tradition, Constantin XI reçut l’investiture impériale ; le narthex conserve un grand Jugement dernier. Le petit musée voisin expose sculptures, icônes, monnaies, tissus, et même la tresse de cheveux d’une dame de l’époque.

Le Vrontochion et l’Hodegetria

Au nord-ouest de la ville basse, le monastère du Vrontochion réunit les Saints-Théodore, élevés peu avant 1296 sur un plan octogonal, et l’Hodegetria, dite Aphentiko, décorée au XIVe siècle par des peintres venus de Constantinople ; une chapelle abrite la tombe du despote Théodore Ier. En chemin, la petite Évangélistria se distingue par son décor sculpté.

Les maisons byzantines

Exceptionnellement bien conservées, avec un rez-de-chaussée de service et un ou deux étages d’habitation, les maisons Laskaris et Frangopoulos et leurs balcons donnent la meilleure idée de la vie des notables du despotat.

Comment visiter Mystras : entrées, horaires et billets

Le site a deux entrées, à environ 2 km l’une de l’autre, et le billet vaut pour les deux toute la journée. L’entrée basse ouvre sur la Métropole et le musée, avec toilettes et café ; l’entrée haute, ou porte du château, se trouve sur la route, avant l’embranchement vers Pikoulianika. Le plus confortable est de commencer par le haut, puis de descendre vers le palais et la ville basse, avant de remonter à pied ou en taxi. Comptez trois heures au minimum, une demi-journée pour tout voir.

Le billet coûte 20 € (10 € en tarif réduit), musée compris, et s’achète aux deux portes ou en ligne. Le site ouvre tous les jours de 8 h à 20 h d’avril à fin août, avec une fermeture avancée en septembre et octobre (18 h à partir du 16 octobre), et de 8 h 30 à 15 h 30 de novembre à mars. Il ferme le 1er janvier, le 25 mars, le 1er mai, le dimanche de Pâques et les 25 et 26 décembre ; en été, le palais n’ouvre qu’à 11 h le mardi. Plusieurs journées sont gratuites, dont le dernier week-end de septembre et le 28 octobre.

Pavées et très raides, les ruelles demandent de bonnes chaussures et de l’eau. Pour les personnes à mobilité réduite, seul le palais est accessible, en semaine, par un véhicule adapté, sur demande auprès de l’éphorie des antiquités de Laconie. J’aime y arriver à l’ouverture : la lumière rase sur les coupoles, la fraîcheur, et la ville pour soi avant les groupes de la mi-journée.

Visite guidée ou visite libre à Mystras ?

La visite libre fonctionne très bien : le service archéologique a installé sur tout le parcours des panneaux bilingues qui expliquent les monuments, l’organisation de la ville et la vie quotidienne sous le despotat. Un guide apporte en revanche une vraie lecture des fresques, dont l’iconographie est dense, et du contexte politique de la Morée byzantine. Pour un séjour qui combine Mystras, le Magne et Monemvasia, une agence locale peut assembler hébergements, guide et itinéraire.

Quand venir à Mystras, que goûter et où marcher ?

Le printemps et l’automne sont les meilleures saisons : températures douces, Taygète encore enneigé en avril, collines dorées en octobre. L’été, la chaleur rend la montée pénible en milieu de journée et les groupes arrivent en fin de matinée : visez l’ouverture ou la fin d’après-midi. L’hiver offre un site presque désert, mais fermé dès 15 h 30.

Les villages du pied du Taygète ont gardé une cuisine de montagne : sigklino (σύγκλινο), porc salé et fumé, kagianas (καγιανάς), œufs brouillés à la tomate, ou pitaroudes (πιταρούδες), petites galettes frites. Sur la place de Neos Mystras, O Ellinas sert une cuisine soignée en terrasse ; à Parori, la taverne Oi Ores grille l’agneau à la broche sous les platanes ; à Trypi, sur la route de la Langada, Vozolas est une adresse classique pour le chevreau du Taygète.

Pour marcher, un ancien chemin pavé monte en une heure (2,1 km) du nouveau Mystras au village de Taygeti, face au rocher de la cité. Depuis Parori, une boucle passe par la chapelle troglodyte de la Panagia Lagkadiotissa, du XIIe siècle, où Constantin XI aurait entendu la messe avant de partir pour Constantinople. Le sentier européen E4 part aussi de Mystras vers le Taygète. Fin août, Neos Mystras célèbre son paniyiri, une semaine de fête avec musique live. Voir nos conseils randonnée.

Questions fréquentes pour la visite de Mystras

  • Trois heures au minimum, une demi-journée pour voir le château, le palais et les églises de la ville basse sans se presser. Les pentes sont raides : prévoyez des pauses.

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Où dormir pour visiter Mystras ?

Dormir à Neos Mystras, le village moderne, ou sur les hauteurs, à Pikoulianika, permet d’être au pied du site à l’ouverture et de profiter du calme du soir. Sparte, plus animée, offre davantage de choix et sert de base pour le reste de la Laconie.

  • Pyrgos of Mystra (Mystras, intermédiaire) : onze chambres dans une demeure de 1850, décor soigné, accueil familial et petits-déjeuners réputés.
  • Mazaraki Guesthouse (Pikoulianika, intermédiaire) : chambres en pierre et vue superbe sur la vallée, bonne base pour le site et les sentiers du Taygète.
  • Mystras Inn (Neos Mystras, intermédiaire) : quatorze chambres en pierre et bois sur la place du village, calme le soir une fois les cars repartis.
  • Acropolis Mystra Guesthouse (Pikoulianika) : petite maison d’hôtes au calme, à moins de 2 km du site, avec restaurant de cuisine grecque et parking.